Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde
CADTM

Belgique

Les chômeurs saignent l’État ou l’État saigne les chômeurs... ?

2 octobre 2013 par CAC Liège

Groupe de travail sur la sécurité sociale du comité liégeois d’audit citoyen de la dette Dette - Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.

- Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.

- Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique en Belgique.

La presse papier est en crise. Les hebdomadaires se plient en quatre pour arriver à se vendre. Du coup, Marianne Belgique a fait fort avec sa ligne éditoriale « indépendante, intelligente et irrévérencieuse » : Les chômeurs saignent l’État, tel est le titre du dossier, signé Pierre Jassogne, de son numéro du 21 septembre. Mais ne nous inquiétons pas, ce jeune journal veut fournir une information nuancée à ses lecteurs et lectrices : malgré eux apparaît en sous-titre ! Et ceux qui ouvriront le journal – et vogue la galère pour l’écrasante majorité des personnes qui ne verront, et ne retiendront, que le titre racoleur de la couverture croisée furtivement dans leurs libraires – pourront y lire une analyse bienveillante tentant de démontrer que ce n’est pas le coût des allocations de chômage qui est directement visé ici mais le coût... de leur inactivité. Il nous est apparu important d’apporter, à notre tour, certaines « nuances ».

« Les chômeurs saignent l’État, malgré eux », ah oui ?

Le magazine nous prévient d’emblée : attention aux idées reçues et prétend poser une question dérangeante et subversive. Celle du coût réel des chômeurs, non pas de leurs allocations de chômage (plus ou moins 7 milliards d’euros par an, pour un PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
de près de 370 milliards environ, soit moins de 2% !) mais bien, grosse différence qui mérite réflexion, de ce qu’entraîne leur situation de non-emploi (plus ou moins 13 milliards d’euros, soit près de deux fois plus, un peu moins de 3,5 % du PIB) : c’est-à-dire les pertes de rentrées supposées en cotisations de sécurité sociale et en impôts prélevés par le fisc sur leur salaire potentiel. On apprend alors que le coût annuel moyen d’un demandeur d’emploi serait de 33.443€ alors que ce que donne l’État a un demandeur d’emploi (frais d’accompagnement et administratifs compris dans ce « don ») s’élèverait à 11.176€ par an. Et d’en conclure que l’étude d’IDEA Consult |1| devrait pourtant mettre tout le monde d’accord : l’emploi doit être une priorité, quitte à le subsidier . CQFD.

Tout le monde d’accord ? Suivant cette lecture de la question, on pourrait d’abord être tenté de dire que ce coût, du chômage, devrait être assumé par les seuls employeurs puisqu’ils sont à l’origine du non-emploi. Dans notre régime économique, c’est eux qui sont censés le créer, l’emploi, et ils le revendiquent, ils disent même qu’ils créent des entreprises pour ça ! Or, le taux de chômage officiel en Belgique est de 8,7% de la population active, soit 610.893 demandeurs d’emploi (août 2013). Bon, en réalité, il y a en fait dans ce pays plus de 1.000.000 de personnes totalement ou partiellement sans emploi |2| (ce qui donnerait un taux proche des 15%). Personnes à qui on exige de courir après de l’emploi qui n’existe pas, de mille et une façons, plus ou moins humiliantes selon les cas. Il y a en Belgique de 60 à 70 000 offres d’emplois par mois en moyenne (dont des emplois à temps partiels, intérimaires, à durée limitée, ou même comme... indépendants), soit 1 offre pour 14 personnes en moyenne.

On devrait alors conclure que l’État doit mettre en place, pour des emplois utiles, sains, convenables et émancipateurs, une réduction collective du temps de travail (RTT) – avec embauches compensatoires et sans pertes de salaire – puisque la productivité du travail ne cesse d’augmenter, qu’une partie toujours plus grande de celui-ci est effectuée par des machines et que nous sommes nombreux-ses à pouvoir participer à « l’effort » collectif utile. Mais les employeurs ne seront pas d’accord, leur objectif est d’accumuler du profit privé, pas de répartir le travail utile entre tout le monde. Le dossier propose pourtant de renforcer les subsides à l’emploi privé (financés en partie par les propres caisses de la sécurité sociale !), sans exigence ni d’embauche ni de qualité de travail, alors que tant et tant de ces cadeaux sont déjà offerts aux employeurs, depuis plus de trente ans... Sans aucun effet en termes de réduction du chômage mais avec de multiples effets en termes de dégradation continue des conditions d’emploi...

Mais changeons de lecture. Finalement, la question de l’emploi est-elle une question (un problème) d’employeur ou de salaire, de reconnaissance de la valeur économique de ce que nous produisons ? Le chômeur, comme le retraité, ne coûtent pas, ils produisent de la richesse hors emploi, et leur allocation/retraite sont la reconnaissance collective de cette production. Travail domestique, soins aux personnes âgées, éducation des enfants, travail bénévole dans l’associatif ou partout ailleurs, potagers collectifs, friperies, ateliers de récup’ et de réparation en tout genre, animation de réseaux et de sites d’informations, créations et diffusions artistiques, ou tout autre travail souvent invisible – car non rémunéré dans le cadre d’un emploi – mais qui produit de la valeur d’usage. On ne pourrait qu’inviter ici l’auteur à aller relire, ou revoir, toute la connaissance existante sur la distinction entre emploi (capitaliste) et activité productive.

Pourtant, en Belgique comme ailleurs, on attaque les chômeurs (et la sécurité sociale en général) par différentes mesures d’austérité. Pour remplir les caisses d’une collectivité exsangue ? Pas vraiment... En PIB par habitant, la Belgique se classe 17e mondiale, et 10e au niveau européen. Le gouvernement Di Rupo a estimé le gain lié à sa mesure de dégressivité des allocations de chômage à 167 millions d’euros... À titre de simple comparaison, cela représente moins d’1 % des impôts sur les sociétés que celles-ci ne paient pas – légalement – chaque année (voir plus bas). Non, ce qui pose problème avec la sécurité sociale, pour les réformateurs libéraux et leurs alliés sociaux-démocrates actuels, pour Marianne aussi visiblement, ce n’est pas son coût pour la collectivité (inexistant) mais son coût pour les capitalistes : les 50 milliards d’euros de cotisations sociales, collectés directement sur la valeur ajoutée produite collectivement, qui échappent donc au profit et qui rémunèrent du travail produit « hors emploi », donc hors contrôle capitaliste. Partout, les périodes de crise sont l’occasion pour le capital d’attaquer cette institution anticapitaliste qu’est la sécurité sociale et de s’en approprier chaque fois plus le contenu.

L’État saigne les chômeurs, volontairement

Non, les chômeurs ne saignent pas l’État, ils produisent de la richesse hors emploi. Par contre, oui, l’État saigne les chômeurs, et consciemment, main dans la main avec le patronat – qui, rappelons-le, a besoin d’une armée de chômeurs mal rémunérés et « activés » pour pouvoir faire pression sur les salaires et les conditions de travail. La dégressivité des allocations de chômage est un moyen, cette mesure permet de rendre plus grande la différence entre le salaire et l’allocation de chômage (Daphné Valsamis, auteure de l’étude)... Voici donc l’intelligence que voulait nous faire partager Marianne Belgique. Il ne s’agit donc pas de RTT, d’augmenter collectivement les salaires (allocations de chômage comprises) en diminuant la part revenant au capital ou de conditionner les cadeaux fiscaux faits aux entreprises par de la création d’emplois utiles, non, il s’agit de diminuer une partie des allocations de chômage et de limiter dans le temps une autre partie (allocation dite d’insertion)... La première mesure est déjà entrée en application. La seconde portera, elle, ses effets au 1er janvier 2015 et touchera 35.000 personnes dans un premier temps |3|... En 2011, le taux de pauvreté officiel en Belgique était de 15,3 %, il était de 37,8 % chez les chômeurs. Avec cette mesure, ce taux va irrémédiablement exploser (particulièrement chez les « chômeuses »). Malgré cela, on préfère détruire des milliers de foyers et communautés et renforcer la pression du sacro-saint « marché de l’emploi » sur toute la population plutôt que d’aller voir du côté de ce qui saigne vraiment les caisses de l’État.

Ce simple graphique montre ce qui représente réellement un gouffre financier en Belgique : un cinquième du budget de l’État est dédié aux comptes en banques des créanciers de la dette Dette - Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.

- Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.

- Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique. Le service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. constitue en fait la première dépense de l’État (45 milliards par an), dont 13 milliards d’euros – le même chiffre que le soit-disant coût du « non-emploi » des chômeurs – pour les seuls intérêts.

Parlant d’intérêts, demandons-nous si les taux d’intérêts sur la dette que la Belgique paie ne saignent pas également les caisses de l’État ? Pour rappel, l’architecture européenne impose aux pays de la zone euro de passer par les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. A côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimum.
pour s’endetter
, et non plus par leurs banques nationales. Les marchés financiers empruntent, eux, à la Banque centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes "reconnus". Ses statuts la veulent "indépendante" politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
à des taux d’intérêts bien moins élevés (0%-1%) et empochent ainsi la différence. Sur la période 1992-2011, l’État belge a remboursé, en intérêts de la dette uniquement, un montant équivalent à 313 milliards d’euros (s’il avait pu emprunter auprès de sa banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. à un taux de 1% il aurait alors économisé 250 milliards d’euros... ) |4|.

Parlant de marchés financiers, les banques n’ont-elles pas saigné les caisses de la collectivité avec leur crise – qui a fait passer la dette publique belge de 285 milliards d’euros en 2007 à 395 milliards aujourd’hui) |5| – et le renflouement inconditionnel de leurs propres dettes par la même collectivité (33 milliards d’euros injectés dans Fortis, Dexia, KBC et l’assureur Ethias jusqu’à maintenant) ?

Si d’après ce dossier nos chômeurs sont les plus chers d’Europe (et comment retourner le discours en nous expliquant qu’il faut être gênés de cette conquête... ), c’est aussi en Belgique – paradis fiscal Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
faut-il le rappeler – que les patrons coûtent particulièrement... cher. Pour ne citer qu’un exemple de tous les cadeaux concédés à la partie la plus riche de la population, et ce depuis des décennies, le contournement de l’impôt sur les sociétés (qui est officiellement de 33,99%) représente une perte annuelle pour l’État de plus ou moins 20 milliards d’euros |6| (et on ne parle même pas ici de l’évasion fiscale illégale). Mais bon, il paraît que ces cadeaux fiscaux aux grosses entreprises ont pour but de créer de l’emploi. Combien ? On n’en sait trop rien puisque ce n’est pas une condition. Par contre, on sait que les 50 sociétés qui ont bénéficié des plus grosses déductions fiscales en 2009 ont diminué leurs emplois de 2.504 équivalents temps plein... (comme Arcelor Mittal qui, la même année, a payé 496 euros d’impôts pour un bénéfice de 1,39 milliards) |7|. Rappelons également que les exonérations de cotisations sociales, accordées aux entreprises sans retours non plus en termes d’emploi, saignent – elles – la sécurité sociale : entre 6 et 7 milliards par an... !

Enfin, lorsque l’on se pose cette question dérangeante et subversive d’ « où va l’argent ? », il n’est pas inutile de rappeler qu’en Belgique, les 20 % les plus riches de la population se partagent plus de 60 % du patrimoine national, alors que les 20 % les plus pauvres, eux, s’en partagent 0,20... |8| ? Les impôts sur les grosses fortunes qui n’ont pas arrêté de baisser dernièrement accentuent de fait ces inégalités. L’ensemble de la valeur ajoutée produite collectivement en Belgique (le PIB, avec tous les défauts que cet indicateur contient par ailleurs) est de plus ou moins 370 milliards d’euros par an. La richesse ne vient pas de nulle part. Toutes les richesses accumulées ont, un jour, été produites par les producteurs, or elles sont de plus en plus accaparées par les détenteurs de capitaux (et non par le « non-emploi » des chômeurs... ).

Et si au lieu de saigner jusqu’à en crever...

Ce sont les employeurs et les actionnaires qui coûtent cher à la collectivité, pas l’inactivité imaginaire, très minoritaire en tout cas et fort bien entretenue (ne serait-ce que par les termes officiels d’« inactifs », d’« inoccupés ») du chômeur stéréotypé, davantage à plaindre qu’à jalouser, oisif dépressif, vautré dans son divan, devant sa télé, canette à la main.

Ce fantasme masque le vrai débat : La richesse collectivement produite est accaparée par un petit pourcentage de la population, propriétaire des moyens de production et détentrice des capitaux, nous faisant accepter de baisser la part des salaires (directs et indirects) dans celle-ci depuis des décennies. S’attaquer à la sécurité sociale, c’est en réalité rendre possible l’accaparement, par une toute petite minorité de profiteurs, de la richesse produite hors emploi capitaliste. Mais l’auteur préfère conclure son semblant d’analyse avec une proposition au service du capitalisme : En effet, il faut bien se rendre compte que, face à ces milliards qui pourraient rentrer chaque année dans les caisses de l’État, responsables politiques, partenaires sociaux, patrons devraient s’accorder une fois pour toute, et faire feu de tout emploi, fût-il subsidié... Propos qui seront appuyés par la notre sinistre (sic) de l’emploi « socialiste » Monica De Coninck : Car soyons honnêtes, face aux critiques que l’on peut entendre sur les emplois subsidiés, il faut rappeler que le système qui nous coûte le plus cher, ce sera toujours le chômage ! |9| C’est marrant, nous en penserait plutôt que c’est le système capitaliste qui coûte cher, très cher... En maladies de toutes sortes par exemple, en assuétudes, en burn-out, en suicides au travail, en dépressions, en courses quotidiennes ou amertumes cultivées au plus profond de soi-même qui se paient un jour cash... faut-il rappeler l’Histoire !

Soyons honnêtes, le fait de laisser l’Emploi (c’est-à-dire l’activité, le travail, l’œuvre collective reconnus) être géré par les intérêts privés des détenteurs de capitaux nous envoie droit dans le mur. Si on attend qu’ils nous « offrent » des emplois à tou-te-s |10|, avec des conditions de travail et un salaire convenables, qui ont du sens pour nous, qui ne soient pas nuisibles socialement, ne détruisent pas l’environnement dont nous dépendons, ne nous détruisent pas nous-mêmes au fil des années comme des outils qui s’usent, et bien on n’a pas fini de pleurer... Et n’oublions pas que ce genre de discours coûte également très cher en termes de fracture sociale, car il alimente l’idée selon laquelle ce mur qui se rapproche et les souffrances et injustices déjà bien présentes dans la société seraient le fait de boucs émissaires |11| et non d’un système économique mortifère. Du travail pour tout le monde il y en a, de la tâche à accomplir il y en a, ne serait-ce que pour se donner une chance de vivre une transition écologique viable, nous sortir de la m... où ils nous ont mis en définitive. Mais l’emploi meurt, et nous avec. Le capitalisme se porte mieux que jamais et la richesse produite n’est toujours pas utilisée pour mettre en œuvre les investissements dont la société a urgemment besoin.

Et si au lieu de saigner (à en crever |12|), on arrêtait l’hémorragie en répudiant la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse


- La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.

- Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.

- Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...

- La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
et en reprenant le contrôle de la sécurité sociale ? Celle-ci, avant le Pacte social de 1944, était gérée par les travailleurs eux-mêmes. Depuis, ils ont laissé l’État en prendre le contrôle en très grosse partie. Au regard de ce qui précède, le Pacte social n’est plus respecté, et ce depuis longtemps. Il est donc temps de reprendre le contrôle de ces caisses, de nos caisses, de supprimer ou contrôler totalement des institutions aujourd’hui illégitimes telles que l’ONEM et d’allouer les allocations via un processus démocratique appartenant aux seuls producteurs de richesse que sont les travailleurs dans et hors l’emploi. De manière plus générale, notre audit citoyen sur la sécurité sociale propose non seulement d’analyser la dette illégitime qu’on nous fait payer chaque jour à coup de milliards, mais aussi de reprendre le contrôle de l’orientation économique de toute la richesse produite collectivement. C’est ce à quoi nous conduit une analyse « dérangeante et subversive » du chômage, et de la sécurité sociale dans son ensemble : (re)prendre le contrôle de la production |13|.

BONUS : Extrait du « café serré » de Thomas Gunzig du mardi 24 septembre sur la Première

[…]

Et là, Rudy Demotte qui se lance dans la campagne nous annonçant un truc génial : en 2025, 2025, un gros 10 ans, en Wallonie, eh bien, ce sera le plein emploi. Oui, je sais, la presse en a peu parlé. C’est bizarre parce que c’est pourtant une super nouvelle. Dans 10 ans, plus de chômage en Wallonie.

Alors évidemment, les éternels mauvais coucheurs ont ricané. Et c’est vrai qu’à première vue, c’est ambitieux. 200 000 chômeurs en Wallonie. 13% de la population active. Si on veut le plein emploi, sur 10 ans, il faut donc 20 000 chômeurs trouvant un travail chaque année. Ça veut dire 1666 chaque mois. Ça veut dire 55 par jour pendant 10 ans. Donc, c’est vrai que ça a l’air beaucoup comme ça.

Mais en réfléchissant, on se rend compte que ce n’est pas impossible. Quoi ? Vous voulez quelques pistes ? Eh bien, par exemple, sachant qu’en moyenne dans un Carrefour Market, il y a 10 employés, il suffirait d’ouvrir en Wallonie, 5 Carrefour Market par jour. Tous les jours. Pendant 10 ans. Vous voyez ? Par exemple, le lundi, on en ouvre un à Fosse-la-Ville, un à Walcourt, un à Houyet, un à Walhain et un à Gouvy. Et puis le mardi, on en ouvre un à Paliseul, un à Libramont, un à Sombreffe, un à Brugelette et un à Dour. Voilà. Et puis le mercredi, même chose, jusqu’au dimanche. Et le lundi, eh bien on recommence. Tout ça pendant 10 ans tous les jours. Bon, je suis désolé, c’est vrai que c’est du boulot mais ce n’est pas impossible. Il a fallu 20 ans à des Égyptiens en sandales pour faire une Grande Pyramide, on peut bien ouvrir 5 Carrefour Market par jour en Wallonie.

Cela dit, Rudy Demotte n’a jamais dit qu’on allait créer de l’emploi de manière progressive. Peut-être que, dans les 10 ans à venir, ça va rester un peu comme maintenant, un peu sinistre, des petites Rosetta partout. Trainings, caravanes, marché noir. Il pleut, les TEC sont en grève. Et puis, paf, 31 décembre 2024, il se passe un truc, je sais pas quoi et on engage les 200 000 chômeurs d’un coup. Peut-être qu’on a ouvert un super grand Carrefour Market ou alors une énorme intercommunale avec un énorme conseil d’administration. Ou alors on les mange tous pour la Noël, du râble de chômeur. Bon, sans doute qu’à force d’avoir été chassés, la viande sera un peu dure. Mais enfin si c’est pour le plein emploi wallon, il ne faudra pas trop faire la fine bouche.
À demain.

Notes

|1| Étude commandée (ben oui !) par une fédération patronale de travail à domicile : l’EFSI, la Fédération européenne des entreprises de services à la personne, dont le rôle est de représenter et de promouvoir le développement de ce secteur en Europe.

|2| Voir « A tomber mort » de Riposte-CTE

|3| Voir des témoignages portant sur cette mesure ici.

|4| BONFOND Olivier, et si on arrêtait de payer ? 10 questions/réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité, Aden, 2012, p.45

|5| Pour plus d’information, lire « Leur crise, 5 ans après... » du CADTM, septembre 2013.

|6| Pour plus d’information, voir le site Internet du collectif « Dites 33 ! »

|7| VAN HEES Marco, Les riches aussi ont le droit de payer des impôts, Aden, 2013.

|8| Voir Banque nationale de Belgique : « Structure et répartition du patrimoine des ménages », septembre 2013.

|9| Cette idéologie libérale est particulièrement installée en Allemagne, où l’emploi est fortement subsidié et que l’on nous présente souvent comme modèle avec son taux de chômage proche des 5 %. Chez nos voisins, il n’y a pas de salaire minimum. Du coup, 20 % des salariés (soit 5 millions de travailleurs) gagnent un maximum de 400€ par mois... Et les milliers de « bénéficiaires » contraints du système Hartz 4 (travail rémunéré à 1 euro de l’heure) sont retirés des statistiques... Qui dit mieux ?

|10| Rappelons qu’il est illégal pour un chômeur de travailler sans autorisation préalable (autorisation possiblement limitative) de l’ONEM. Vous ne pouvez a priori pas vous livrer à une activité utile aux autres et émancipatrice pour vous mêmes.

|11| À ce sujet, voir la campagne contre la stigmatisation des chômeurs du PAC et des Équipes Populaires « Tous des glandeurs » lancée le 24 septembre 2013.

|12| En Grèce, depuis le début des mesures d’austérité, le taux de chômage est passé à presque 30 % (60 % chez les jeunes) et un tiers de la population n’a plus accès à la sécurité sociale...

|13| Cette vidéo « Pour un statut politique du producteur » du réseau salariat, avec ses défauts et ses qualités, essaie de mettre des images sur cette proposition.

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