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Déclaration à la conférence de presse à l’Assemblée nationale
par [fr]CADTM France [es]CADTM Francia
16 septembre 2011

Pour le CADTM France, il n’y a aucun doute quant au caractère odieux de la dette tunisienne.
Le droit international défini une dette odieuse comme une dette de régime, contractée, non pour satisfaire les besoins de la population mais contre son intérêt et la considère comme une dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée. Elle doit donc disparaître avec la chute de ce régime.

La dette contractée par Ben Ali peut être considérée comme odieuse pour sa majeure partie puisqu’elle n’a pas profité au peuple tunisien, mais a servi à renforcer le pouvoir despotique et à asservir la population, en totale connaissance de cause des créanciers internationaux.
Ces créanciers internationaux, au rang desquels figurent en bonne place la Banque mondiale, le FMI et la Banque européenne d’investissement, ont également une part importante de responsabilité puisque c’est en toute connaissance de cause qu’ils ont établi ces contrats de prêt.

Le clan Ben Ali et les créanciers internationaux sont de fait débiteurs du peuple tunisien et non l’inverse, pour les profits engrangés sur son dos.
Nous trouvons scandaleux que les grandes entreprises européennes et tout particulièrement françaises ont, grâce à la complicité bien rémunérée du dictateur Ben Ali et de son clan, pu engranger pendant de nombreuses années de juteux bénéfices et mettre à sac le pays grâce aux plans d’ajustement structurel, conditionnalités des contrats de prêts.
Plus ce néocolonialisme s’est développé, plus le pays s’est endetté et moins il y a eu de retour pour le peuple tunisien.
On a assisté pendant 23 ans à un véritable hold-up du pays dont la richesse a été confisquée par Ben Ali et ses alliés.
Car bien que la Tunisie soit un pays riche, la population vit dans des conditions de pauvreté grandissante. Le chômage s’est accru et la jeunesse tunisienne voit son avenir compromis. On estime aujourd’hui à plus de 700 000 le nombre de chômeurs, dont près de 200 000 diplômés de l’enseignement supérieur. Cela représente près de 19% de la population active. Le taux de chômage des jeunes diplômés atteint, lui, 32% fin 2010. Les femmes tunisiennes représentent plus de la moitié des chômeurs de ce pays.

La corruption, la précarité et un État non démocratique ont conduit le pays dans une médiocrité soutenue. La fortune de Ben Ali et consorts est estimée à plus de 3,5milliards d’euros.
La dette Tunisienne a profité à une poignée de nantis et est supportée par la majeure partie de la population. Elle doit être annulée. Le peuple tunisien n’en est pas comptable.

Le gouvernement provisoire n’était pas engagé par la loi de finances 2011, loi adoptée sous la dictature, et ne devait pas procéder comme il l’a fait au paiement de la 1re tranche de la dette pour 2011, soit 450 millions d’euros.
Ces fonds doivent être restitués au peuple tunisien ! La 2e tranche qui doit être acquittée courant septembre 2011, doit subir le même sort.
Il est inadmissible qu’après s’être libéré du joug de la dictature, le pays continue à payer les dettes de l’ancien régime.
Le CADTM France s’inscrit pleinement dans la campagne nationale et européenne pour l’abandon des créances européennes envers la Tunisie.
À ce jour, 100 parlementaires ont déjà signé l’appel lancé en ce sens par le réseau CADTM et deux eurodéputées Marie-Christine Vergiat et Gabi Zimmer pour relayer la campagne internationale du RAID, association tunisienne membre des réseaux CADTM et ATTAC. Cette demande a été reprise par le Sénat belge et l’Assemblée parlementaire paritaire UE-ACP.

Nous réclamons l’instauration d’une commission parlementaire d’audit des créances françaises envers la Tunisie et la publication de tous les contrats de prêt et contrats commerciaux qui fondent la dette tunisienne (bilatérale et multilatérale).

Comme mesure immédiate, en attendant les résultats de cet audit qui déterminera la part illégitime de la dette, nous demandons un moratoire total sur le paiement de la dette tunisienne (capital et intérêts).

Le peuple français, ses élus, ne doivent pas se rendre complices de cette spoliation manifeste envers un peuple qui se libère de l’oppression et cherche à construire son avenir économique et politique.
La population française s’interroge, à juste titre, sur la légitimité de sa propre dette publique et une campagne en ce sens commence à voir le jour.
Pour le CADTM, ces 2 campagnes visant à des audits des dettes nationales pour déterminer et annuler la part illégitime de celles-ci, vont dans le même sens : s’affranchir de la dictature des dettes illégitimes et odieuses.
Se mobiliser ensemble, en Tunisie et en France contre ces dettes et créances injustes, est le meilleur outil de la solidarité internationale à opposer aux spoliateurs des populations.

Paris, le 15 septembre 2011


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