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Libérez Omar Radi et tous les journalistes emprisonnés au Maroc
par Free Koulchi Paris
24 décembre 2020

A l’occasion du premier anniversaire des démêlés du journaliste Omar Radi avec la justice marocaine, alors qu’il termine son 6èmemois de détention et au moment où une nouvelle audience de son procès est prévue ce 24 décembre, portant sur l’accusation d’« atteinte à la sûreté de l’État », #FreeKoulchi Paris vous fait parvenir le communiqué suivant :

Libérez Omar Radi et tous les journalistes emprisonnés au Maroc

Voilà maintenant tout juste un an, le 25 décembre 2019, le journaliste marocain Omar Radi était arrêté sur la base d’un tweet datant du mois d’avril 2019 dans lequel il protestait contre la lourdeur des peines infligées aux prisonniers du Rif. Devant la vacuité de l’accusation et l’importante solidarité qu’il a reçue tant au Maroc qu’à l’étranger, Omar Radi est mis en liberté provisoire, moins d’une semaine après son arrestation. Le 7 mars 2020, il sera malgré tout condamné à 4 mois de prison avec sursis. Mais ses démêlés avec la justice ne vont hélas pas s’arrêter là.

Déjà habitué aux pressions continues qui l’avaient empêché depuis 2011 de collaborer avec un grand nombre d’organes de presse désireux de profiter de sa bonne plume de journaliste – ce n’est que récemment qu’Omar Radi avait pu retrouver une situation professionnelle lui permettant d’obtenir à nouveau sa carte de presse –, Omar commence à faire l’objet d’une campagne de diffamation à partir du mois d’avril 2020, de la part d’une presse de diffamation aux ordres du pouvoir marocain. Il s’était à ce moment-là solidarisé avec le journaliste Soulaiman Raisssouni, poursuivi pour une affaire de mœurs.

Puis le 22 juin, Amnesty International publie une enquête qui affirme que le téléphone mobile de Omar Radi a été la cible d’une attaque via le programme Pegasus développé par le groupe israélien NSO.
Le gouvernement marocain réagit de façon virulente à cette information. Quant à Omar, dès le 25 juin, il va être convoqué pour une série de 10 interrogatoires dans les bureaux de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire de Casablanca. Il se présentera à toutes les convocations et répondra à toutes les questions qui lui sont posées, au sujet de son implication présumée dans une affaire d’obtention de financements étrangers en relation avec des services de renseignement. Malgré ses gages de bonne volonté, le 29 juillet 2020, le Juge d’instruction de la Cour d’appel de Casablanca décide le placement en détention et l’inculpation d’Omar Radi pour « atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État ».

Comme si cela ne suffisait pas, et pour faire bon poids, deux autres affaires vont lui être imputées :

  • Le 5 juillet 2020, Omar Radi et son collègue Imad Stitou sont pris à partie à la sortie d’un restaurant à Casablanca par un journaliste du site Chouf TV, accompagné de sa femme. Après une nuit au poste, ils sont poursuivis pour « ivresse sur la voie publique » et « enregistrement vidéo d’une personne contre son gré », en plus de « faits de violence » pour Omar Radi .
  • Le 23 juillet 2020, une plainte est déposée au bureau du Procureur général du roi auprès de la Cour d’appel de Casablanca contre Omar Radi pour des faits de viol par Mme Hafsa Boutahar, une collègue du site ledesk.ma. Voilà donc Omar imputé d’une nouvelle inculpation, celle de viol et attentat à la pudeur. Les journaux Mediapart et l’Humanité ont fait un travail d’enquête minutieux pour montrer les dessous d’une telle accusation. A plusieurs reprises des féministes marocaines ont dénoncé l’instrumentalisation des luttes des femmes contre le viol et les violences à des fins politiques et sécuritaires.

A ce stade, il est légitime de se demander quelle sera la nouvelle accusation que le parquet marocain va pouvoir sortir de son chapeau contre Omar Radi, dans ce qui ressemble fort à du harcèlement judiciaire. Qu’a donc fait Omar pour s’attirer les foudres du Makhzen ?

Rappelons d’abord que Omar Radi n’est pas le seul journaliste poursuivi par l’État marocain pour ses activités journalistiques. La liste est longue des journalistes qui ont été mis en procès ou contraints à l’exil pour échapper à des poursuites judiciaires. Pour ce qui est de l’actualité, rappelons le procès interminable intenté, depuis 2014, contre Maati Monjib (président de l’association Freedom now) et de 6 journalistes de l’Association Marocaine des Journalistes d’Investigation. Cela fait maintenant des années que le procès est perpétuellement reporté. Certains des accusés de ce procès ont choisi l’exil, après avoir été eux aussi, menacés de poursuites pour affaires de mœurs, tandis que Maati Monjib, l’un des accusés, se voit, lui et sa famille, harcelés en permanence. Sa famille et lui font l’objet aujourd’hui d’une nouvelle enquête sur des détournements de fonds.

Tawfiq Bouachrine, directeur du quotidien marocain indépendant Akhbar Al-Yaoum, est actuellement en prison. Il purge une peine de 15 ans pour violences sexuelles. Afaf Bernani, salariée du même journal, avait été désignée comme victime de Bouachrine. Sa déposition avait été falsifiée. Après avoir contesté le contenu de sa déposition et porté plainte pour « falsification » contre la police. Elle a été à son tour condamnée à 6 mois de prison et a finalement choisi l’exil.

En prison également le journaliste Soulaiman Raissouni. Il est poursuivi lui aussi pour affaire de mœurs. Signalons qu’à ce jour son procès n’a toujours pas débuté. Quelle que soit la suite que la Justice donnera à cette affaire, il a déjà de fait écopé d’au moins 7 mois de prison ferme.

Sa nièce Hajar, elle aussi journaliste, avait été emprisonnée en 2019 pour avortement illégal et débauche avant d’être graciée par le roi sous la pression d’une mobilisation internationale impressionnante.

Le procès d’Omar Radi, dans sa forme comme dans son fond, n’est pas un cas isolé. Revenons maintenant sur l’accusation d’atteinte à la Sécurité de l’État sur laquelle se penche maintenant le juge d’instruction. Elle repose sur un travail d’audit préalable (due diligence en anglais), d’une société marocaine de transfert d’argent, pour un investisseur soucieux de mieux connaître la société où il envisage d’investir. Il avait réalisé un travail similaire au sujet d’une filiale d’un groupe agro-alimentaire. En somme de petits jobs, très ordinaires pour un journaliste économiste d’investigation, qui ont, à eux deux, rapporté à Omar Radi moins de 2000 euros. On est bien loin d’un travail d’espionnage pour le compte d’une puissance étrangère.

Connu notamment pour ses enquêtes de fonds sur différentes affaires de corruption et de détournement de deniers publics, il travaillait au moment de son arrestation sur la question de l’accaparement des terres collectives au Maroc. Et ce, au moment où le foncier agricole fait l’objet d’une intense spéculation de la part d’investisseurs nationaux et étrangers, et que d’énormes fortunes se bâtissent sur ces accaparements de terre. Il avait obtenu pour ce faire une bourse d’une fondation indépendante basée en Suisse, la Bertha Foundation. De là à l’accuser de financement par un pays étranger, il n’y a qu’un pas, que le Parquet a décidé de franchir. Au mois de décembre 2019, date de sa première arrestation, il revenait précisément d’Algérie où il avait, pour la première fois, fait état publiquement de ses recherches sur l’expropriation des terres tribales au Maroc. Hasard de calendrier ? Cette question semble bien être au cœur des démêlés de Omar Radi avec la justice, les motifs d’inculpation avancés, qui s’ajoutent les uns après les autres, visant à le faire taire, à le délégitimer et à jeter de la poudre aux yeux, sans toutefois prendre le risque de mettre la question des spoliations de terre dans le débat public.

Il est temps que l’État marocain cesse de se ridiculiser en montant des procès invraisemblables, fabriqués de toutes pièces pour faire taire les journalistes qui continuent à faire leur travail en toute conscience et en toute indépendance.

Il est temps que l’État marocain cesse de se déconsidérer en finançant une presse diffamatoire qui fait honte à la profession et en manipulant le combat légitime des femmes contre les viols et les violences sexuelles à des fins de répression de la liberté d’opinion et d’expression.

Il est temps que l’État marocain libère Omar Radi et tous les journalistes emprisonnés et s’engage à respecter l’existence d’une presse libre et intègre, même lorsqu’elle est critique et impertinente. Elle n’accomplit là que son rôle.

Le 23 décembre 2020
#FreeKoulchi Paris


Free Koulchi Paris