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Endettement de l’Afrique subsaharienne au début du XXIe siècle
L’afrique créancière ou débitrice ?
par Eric Toussaint
10 novembre 2003

Les bulletins de santé publiés par les institutions financières internationales (FMI, Bm), par l’OCDE et par les médias affirmaient tout au long des années 1990 que l’Afrique subsaharienne avait pris un nouveau
départ grâce aux politiques d’ajustement qui y sont appliquées.

Cependant, de l’analyse d’une série d’indicateurs sociaux et économiques ressortait un diagnostic opposé :
la dégradation des conditions d’existence des populations était évidente et les indicateurs économiques,
dans le rouge.

Le PNUD l’avait bien relevé. Selon l’édition 1997 du Rapport sur le Développement humain réalisé par le PNUD : « L’Afrique subsaharienne présente le plus fort pourcentage et la croissance la plus rapide de la pauvreté humaine. (...) De fait, la pauvreté étend résolument son emprise sur l’Afrique subsaharienne (...) : on estime que la pauvreté monétaire touchera la moitié des habitants de l’Afrique subsaharienne à l’horizon 2000 » (PNUD, 1997, p. 2). Prévision malheureusement confirmée, le nombre de personnes qui doivent se contenter de moins d’un dollar par jour pour survivre est passé selon la Banque mondiale de 241 millions à 315 millions entre 1990 et 1999. Selon le Rapport 2003 du Programme des Nations unies pour le développement, « l’extrême pauvreté touche la moitié des Africains et la faim un tiers d’entre eux, tandis qu’un sixième environ des enfants meurent avant l’âge de cinq ans ».

En 2002, l’Afrique subsaharienne comptait environ 29 millions de personnes atteintes du SIDA, soit les deux tiers des victimes de cette maladie dans le monde. Selon le Rapport du PNUD sur la pauvreté 2000 : « Quarante millions d’enfants de cette région perdront leurs parents du fait du SIDA dans les 10 années à venir » (PNUD, Rapport sur la pauvreté 2000, p. 109). D’ici 2010, on prévoit une perte de 17 années d’espérance de vie dans neuf pays d’Afrique (Afrique du Sud, Botswana, Kenya, Malawi, Mozambique, Namibie, Rwanda, Zambie, Zimbabwe). En 2002, dans sept pays d’Afrique australe, l’espérance de vie est passée sous la barre des 40 ans.
La situation de l’éducation est tout aussi désastreuse : " le taux de scolarisation dans le primaire ne dépasse
toujours pas 57% « 
tandis que  » seul un enfant sur trois va jusqu’au bout de la scolarité dans le primaire "(PNUD, 2003).. Des frais de scolarité trop importants (droits d’inscription, salaires des enseignants, etc.)
dissuadent vite les familles qui ne peuvent consacrer jusqu’à 20% du revenu par habitant pour la scolarisation d’un élève, comme au Burkina Faso : le taux net de scolarisation primaire y est de 36%...

En Afrique, l’économie ne va pas mieux que le social. La dette est au cœur de cette tragédie, conséquence
de choix géopolitiques qui en font à la fois un puissant instrument de domination des pays du Sud et un
redoutable mécanisme de transfert de richesses des peuples vers les créanciers du Nord, les classes
dominantes locales prélevant au passage leur commission.

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Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.