printer printer Cliquer sur l'icône verte à droite
Mali
Forum des peuples à Niono
par Sékou Diarra
31 octobre 2011

Allocution du Président du Forum des peuples et de la CAD-MALi

Mesdames et Messieurs.

Au nom de la Coalition des Alternatives Africaines Dette et Développement (CAD Mali) et des mouvements sociaux, partie prenantes du Forum des peuples, c’est un honneur pour moi de vous souhaiter la bienvenue à la 10e édition du Forum des peuples à Niono, que nous organisons en marge du sommet du G20 (les pays puissants du G8 , les 11 pays émergents et l’Union européenne) à Nice, en France les 3,4 et 5 novembre 2011.

Comme Mouvement social d’alternatives populaires panafricaines, nous organisons depuis 2002 le Forum des Peuples, un espace ouvert, démocratique et populaire en opposition à l’espace fermé, répressif et anti démocratique du G8. Le forum des peuples est partie prenante du Forum social Africain et Forum social mondial.

Depuis la crise financière de 2008 et la récession mondiale de 2009, le G8 s’est métamorphosé en G20, devenu le centre de débats des dominants sur des solutions aux impasses interconnectées crées par le Consensus de Washington.

Une des légitimités du Forum des peuples est sa tenue en milieu rural depuis 2002 sur des questions d’atteinte du droit à la vie et vivre ensemble.

Si en 2002 et 2003, dans le village de Siby nous avons pointé du doigt les politiques « anti rurales et de dépaysanisation » caractérisées par la misère paysanne, leur exode massif et leur transformation en des sans terres, en des ouvriers agricoles ; en 2004 à Kita et 2005 à Fana, nous avons présenté respectivement des alternatives à la logique prédatrice de privatisation de la Régie de chemin de fer et de la Compagnie malienne des textilles (CMDT) sous le masque du partenariat public- privé du trio OMC, Banque mondiale et FMI, en 2006 à Gao, le Forum des peuples en plus de la revendication des droits humains, a levé le voile sur les questions sécuritaires et base arrière militaire au Nord.

À Kouikoro, en 2007, les revendications du droit humain, de l’Eau et de l’Assainissement ainsi que la protection et la sauvegarde du Fleuve Niger, notre patrimoine commun, ont eu des échos politiques, le village de Sikasso et le Plateau Dogon ont accueilli respectivement en 2008 et 2009 le rassemblement des peuples indignés. Comme forces de propositions, les alternatives sur les questions de souveraineté alimentaires, agro-écologie et économie politique des agricultures paysannes, résolutions des conflits ruraux, adduction d’eau ville Bandiagara,

En 2010, - face à la mutation du G8 en G20 et à l’incapacité des puissants de ce monde à Séoul de stabiliser le système financier international ; d’enrayer les changements climatiques et l’exploitions des inégalités sociales ; de définir quel monde post-pétrole ? ; de comment nourrir la planète ; comment apporter les réponses politiques aux défis globaux dans un monde multipolaire ? - nous avons organisé une journée de manifestation populaire le 27 juin sur le terrain « Shaba Sangaré » à Lafiabougou, en Commune 4 de Bamako, en lieu et place du Forum des peuples. Une pétition contre l’accaparement des terres et une déclaration contre ont été adressées aux pouvoirs publics du Mali.

Chères participantes, chers participants

En refusant de nous dérober de notre devoir et droit d’être des sujets politiques de notre devenir, un citoyen, de participer, nous avons de façon démocratique choisi de se rassembler à Niono, chez les penseurs d’expression orale en milieu rural pour proposer des réponses – alternatives citoyennes cohérentes et durables aux impasses globaux sus-mentionnés. En outre la revalorisation du métier de paysans et l’amélioration de façon continue de la qualité de vie en milieu rural ; et l’obligation de lever haut notre voix citoyenne contre le phénomène injuste de spéculation (d’accaparement ) des terres africaines par des investisseurs étrangers - au mépris des couches rurales et du bien être du continent, ont aussi été parmi les arguments du choix de l’ Office du Niger.

Le focus sur les questions d’accaparement des terres africaines et de souveraineté des peuples n’est pas gratuit, car l’avenir de la planète (échecs Copenhague 2009 et de Cancun 2010) est menacé et l’économie mondiale est en danger. On ne peut laisser la clé de notre devenir commun à des intérêts financiers privés. Rester citoyen passif, indifférent, c’est signer notre retrait de notre responsabilité politique, de l’histoire de l’humanité, c’est notre mort.

En nous inscrivant dans le « rêve du contrat social mondial », revendiqué par les marches des indignés à travers le monde en octobre 2011, nous soutenons la solidarité des peuples (pactes social, environnemental et sanitaire- liens - et partage), symbolisant une autre narration de l’Afrique, celle des peuples, - qui est l’illustration des rêves/visions des Présidents Nkwame Nkrumah « l’Afrique doit s’unir », Modibo Keita « la décolonisation de l’Économie de l’Afrique », Amilcar Cabral « la décolonisation de l’esprit de la jeunesse Africaine », Thomas Sankara « Produisons ce que nous consommons et consommons ce que nous produisons), Juluis Nyerere « Faut-il que nous laissons mourir de faim pour pouvoir payer nos dettes » ; Mohamed Kadhafi (Fonds monétaire de l’Afrique ) ; du jeune leaders estudiantin Steve Biko « la conscience noire » ; le penseur paysan d’expression orale de KOLODUGU Issouf DEMBELE Planteur « la route qui mène au grenier est plus courte que celle qui mène au marché ».

En lien avec cette renaissance culturelle – changement radical, ce pan africanisation des luttes pour la libération de l’Afrique de la logique néolibérale d’économie de plantation et d’extraction minière, nous nous sommes engagés à nous mobiliser contre les décisions unilatérales et anti démocratiques du G20, qui a l’ambition à se transformer en un nouveau directoire multipolaire sur l’avenir de la planète.

Nous n’avons pas d’autre choix, car le monde de 2011 n’est que le prolongement de celui des années 1970, celui du Consensus de Washington : le bafouement des droits humains à travers la croissance de la marchandisation de la vie et des biens communs, l’attaque contre l’État social, contre le salaire, contre le droit des travailleurs.

Les manifestations récentes des indignés à travers le monde, les émeutes de la faim de 2007-2008, la grève de la faim des travailleurs de Huicoma 2009 -2010, et les impasses de la dette aux USA, en zones euros sont les évidences que le capitalisme mondial de marché de croissance prend de « l’eau » de tous les cotés.

Le système a prouvé son incapacité de promouvoir le village planétaire et d’assurer la régulation des relations entre les peuples, les sociétés, les États dans l’intérêt général. Il a aussi démontré sa capacité de faire la guerre (culturelle, économique et militaire), un état permanent du système, et d’avoir tout marchandise, y compris la connaissance et la vie.

Plus grave, les agricultures paysannes n’ont pas été épargnées, car le même système déterministe de développement : désinvestissement public dans l’agriculture, la libéralisation commerciale et la modernisation forcée du paysannat. Cette situation s’est traduite dans tous les pays africains par la détérioration de leurs souverainetés nationales et de leurs capacités d’auto-promotion endogène. Cette érosion du droit à l’auto détermination, au contrôle des richesses et ressources naturelles affecte le droit démocratique, les libertés civiques des citoyens, en un mot : leur droit au travail et à la vie. En nous mobilisant contre ces injustes et inégalités sociales inacceptables, le G20 et alliés n’hésitent à nous taxer de « fauteurs de troubles »

Cependant, nous notons aussi que c’est un monde d’espoir : la déclaration de l’Assemblée mondiale des mouvements sociaux à Dakar et les soulèvements populaires dans le monde arabe et africain contre les dictatures en sont des évidences.

Face aux thèses d’intoxication sur la fin de l’histoire, des luttes des classes et de l’inexistence d’alternatives au système capitaliste de l’économie mondiale de marché ; nous avons plus que besoin de construire de nouvelles actions de solidarité internationale des peuples et de convergences des luttes.

Car la solution ne viendra que d’en bas et les alternatives existent – et mêmes repris en compte par les dominants :

  • À long terme, la construction d’un autre Mali, d’une autre Afrique fondée sur l’auto détermination, l’intérêt général, la primauté du droit à la vie et du vivre ensemble et de la réintégration de l’économie dans la société.
  • À moyen terme, l’annulation des dettes odieuses et illégales, l’élimination des paradis fiscaux ; l’établissement d’une fiscalité juste, d’une démocratie respectueuses des valeurs africaines et de la volonté des peuples ; du respect de la diversité culturelle….
  • À court terme, une régulation de l’économique par les pouvoirs publics, la taxation des fortunes fortes, la ré-nationalisation des sociétés et des entreprises d’État privatisées….

De nos jours, au Mali et ailleurs en Afrique les élections 2012, le déficit démocratique et l’actualité post politico- électorale sont des questions qui méritent d’être posées par les citoyens. Car l’actualité post électorale est faite de boycott passif ou actif, de division de l’opposition, des élections sans électeurs, de guerre… Pour permettre une participation populaire à l’exercice du pouvoir en 2012, les citoyens doivent se mobiliser pour donner la primauté à la voix du peuple contre la voix de l’argent.

Nous devons nous poser la question si nous devrions continuer à nous mobiliser de la même façon comme à Siby en 2002 et 2003, Kita en 2004, Fana en 2005, Gao en 2006, Sikasso en 2007, Koulikoro en 2008 et Bandiagara en 2009.

Non, nous devrons voir le monde autrement – ce monde du droit d’ingérence humanitaire – en violation des dispositions réglementaires de l’ONU et de propositions politiques l’UA – prendre conscience de l’urgence de changements radicaux et de convergence des luttes des forces sociales alternatives réunies autours d’objectifs communs. Comme mouvement social altermondialiste, nous pensons que le lien entre l’action des citoyens organisés et les forces politiques est fondamental et crucial dans toute transformation sociétale.

Le point de convergence de cette lutte sociale populaire est sa spécificité par rapport à la pertinence des thèmes et activités culturelles abordés dans le programme scientifique du Forum et qui constituent les préoccupations fondamentales de nos peuples.

Des débats et échanges en Symposium, conférences populaire paysannes, conférences plénières, ateliers , Thé politique et manifestations culturelle, espace des élus communaux…en relation avec le droit à la vie pour tous et du vivre ensemble, et les propositions alternatives qui sortiront seront consignées dans une déclaration soumisse aux autorités publiques du Mali et publiée par la presse. En souhaitant plein succès à nos travaux, je déclare ouverte la 10é édition du Forum des peuples à Niono en alternatives aux décisions asymétriques du sommet du G20 de Nice/France .
Je vous remercie.

Bamako, le 31 octobre 2011
Le Président de la CAD Mali
Sékou DIARRA


Sékou Diarra

ex-président de la CAD Mali (la Coalition des Alternatives africaines « Dette et Développement » - membre du réseau CADTM).
Sekou Diarra est diplômé en politique économique et sociale, Membre du Collectif de Soutien de l’Association malienne des expulsés (AME).