FSM Dakar 2011

Un grand succès pour le CADTM lors de la marche d’ouverture du FSM

7 février 2011 par Pauline Imbach


Le CADTM a marqué de sa présence la grande marche d’ouverture du Forum Social Mondial de Dakar qui a rassemblé plus de 60 000 personnes. Cette manifestation constitue un vrai succès en termes de mobilisation. Pendant plus de 4h, de nombreuses organisations ont défilé, rassemblant notamment un grand nombre de femmes et de jeunes. Les sénégalais-e-s étaient également largement mobilisé-e-s. A la fin de la marche, un concert de Didier Awadi, artiste engagé, a clôturé cette première journée.

Le groupe du CADTM, malgré une place en fin de cortège, a connu une très grande visibilité et a attiré une grande sympathie. Plus de 150 personnes, en grande majorité jeunes, étaient présentes dans ce bloc comprenant les membres des organisations du réseau venus avec la caravane, les organisations qui ont rejoint le CADTM à Dakar ainsi que de nombreux-ses manifestant-e-s. Ainsi le Togo, le Burkina Faso, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Mali, le Sénégal, la Mauritanie, la RDC, le Congo Brazzaville, le Maroc, la Tunisie, le Pakistan, l’Argentine, la France, la Belgique et la Pologne représentaient le réseau international du CADTM.

Devant le cortège, une grande banderole de 6 mètres sur 4 mètres annonçait la couleur ! Une camionnette équipée d’une sono ouvrait également la marche du groupe CADTM : à son bord le mouvement hip hop qui a réalisé avec le CADTM la compilation « Globalisons les résistances » lancée le 29 janvier 2011 par un concert auquel ont assisté 5000 personnes [1]. Les artistes Fou malade, Keurdi, Matadore et d’autres ont animé avec fougue le cortège du CADTM. 
L’album très engagé a été diffusé tout au long de la marche attirant la jeunesse qui levait le poing et scandait « annuler la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 » au rythme de la musique. Durant les interludes musicaux, Rasmane Zinaba d’Attac/CADTM Burkina faisait vibrer le cortège par des slogans forts repris en cœur par les participant-e-s : « Camarades !, à bas la dette, A bas !, A bas le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, à bas !, a bas la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, à bas !, ...
 » ; « Elle tue, elle pille, elle assassine, refusons, refusons, refusons la dette  » ;« Est ce que l’Afrique doit encore ? NON !  » ; « Solidarité avec les femmes du monde entier » ...

La détermination et la révolte face aux diverses formes d’oppressions dénoncées par le CADTM étaient au rendez-vous. Le groupe soudé a su porter haut et fort les messages altermondialistes qui ont été largement entendus durant cette marche.
Notons également qu’une vingtaine de banderoles avaient été placées en amont sur tout le parcours de la manifestation, ce qui a incontestablement renforcé la visibilité du groupe.
En somme, il est certain que cette marche a été pour le CADTM une grande réussite qui lui a conféré une place importante pour la suite du Forum.

Le CADTM s’est fixé pour objectif de contribuer activement à ce que le Forum Social Mondial de Dakar soit une grande réussite, à la hauteur des défis que doivent porter les mouvements sociaux. En effet le contexte international marqué par de nombreuses crises interconnectées (crise alimentaire, crise financière, crise économique, crise migratoire, crise sociale, crise écologique ... ) engendre pour les peuples du Sud comme du Nord la nécessité absolue de mettre en place partout des résistances au système capitaliste et de proposer des alternatives cohérentes qui remettent radicalement en question celui-ci en proposant la construction d’un autre monde basé sur le respect des droits humains fondamentaux et non le profit.

Le contexte régional augmente également le défis pour les mouvements sociaux. Le continent africain connaît pour la première fois depuis les indépendances des révoltes populaires porteuses de réels projets émancipateurs pour les peuples. Après la révolution tunisienne qui a mis à bas Ben Ali, l’Egypte, l’Algérie, mais aussi le Yemen dans la partie asiatique du Moyen-Orient, connaissent de larges mouvements qui doivent bénéficier d’une grande solidarité et d’actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
coordonnées de la part du FSM pour aider les peuples à se libérer ou pour consolider leur victoire.

Pour finir, le contexte local connaît également son lot de mobilisations qui doivent trouver un écho au sein du Forum. En effet, dans l’optique de privatiser la société nationale d’électricité sénégalaise (SONELEC), Dakar connaît depuis des mois des délestages. Les Dakarois-es sont ainsi quotidiennement privé-e-s d’électricité, parfois pendant plus de 12 heures. Karim Wade (« Karim dollars », comme l’appelle le mouvement hip-hop de Keurgi «  Y en a marre »), fils du président Abdoulaye Wade («  Wade milliard ») et ministre, entre autre, de l’énergie, a évidement des intérêts colossaux dans cette privatisation.

Les jeunes des quartiers se sont organisés depuis quelques semaines pour bloquer les grands axes de la ville en brûlant des pneus pour contester les coupures incessantes d’électricité. La semaine dernière, la maison familiale de Wade a également été mise à sac.


Durant la marche, sur la camionnette du cortège CADTM, on pouvait lire sur des pancartes réalisées par le mouvement hip-hop « non au délestage et à la privatisation de la SONELEC » ainsi que « Audit du FESMAN et de L’ANOCI  » village construit pour accueillir le festival des arts nègres.

Le CADTM continuera tout le long du Forum à porter les revendications de la jeunesse sénégalaise.

C’est dans ce contexte que le FSM s’ouvre, et il est clair que les enjeux sont de taille. L’organisation jusqu’à présent chaotique ne va pas faciliter la tâche. Le programme du forum est sorti seulement lors de la première journée en fin de matinée. Une grande partie des salles qui devaient accueillir les ateliers ne sont pas disponibles, ce qui fait que pour la première matinée, sur 150 activités prévues, 110 ont été annulées.

Quoi qu’il arrive le CADTM tiendra ses activités, quitte à les faire en plein air, non loin des salles initialement indiquées ou aux alentours de son stand, lui aussi improvisé sous des arbres, faute de place dans les espaces prévus à cet effet.




Notes

[1Lire Le mouvement hip hop monte au créneau pour l’annulation de la dette du tiers monde, http://www.cadtm.org/Le-mouvement-hip-hop-monte-au

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