Communiqué de La Via Campesina sur la mini-ministérielle de l´OMC - Genève, Juillet 2008

Un charlatan et ses faux remèdes. Pour résoudre la crise alimentaire, l’OMC pousse vers toujours plus de libéralisation : de l’huile sur le feu !

23 juillet 2008 par La Via Campesina


Une quarantaine de ministres du commerce triés sur le volet n’ont aucun mandat pour décider du futur de millions de personnes. La Via Campesina demande un arrêt des négociations de l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
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Les politiques de l’OMC ont dérégulé les marchés alimentaires et agricoles. Elles ont conduit à une privatisation des services et des ressources naturelles et généré une bulle spéculative sur laquelle les gouvernements nationaux n’ont absolument aucun contrôle. En raison de cette spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
sur l’alimentation, le nombre de personnes souffrant de malnutrition grave a atteint près d’un milliard de personnes. La crise mondiale actuelle est une conséquence directe de la libéralisation des marchés et des politiques alimentaires et agricoles. Ce n’est pas une crise de production, mais bien une crise des politiques. Il n’y a jamais eu autant d’aliments sur la planète, mais les inégalités de répartition des aliments ont été accentuées par l’augmentation des prix qui favorisent les multinationales.

La libéralisation des échanges est au cœur du problème. Utiliser comme remèdes les recettes qui ont faillies ne fera qu’accentuer les crises alimentaires et climatiques. Mr Sago Indra, leader paysan de la Via Campesina s’est exprimé en ces termes : « Prétendre résoudre la crise alimentaire ave l’OMC revient s’en remettre à un charlatan avec ses faux remèdes ».

Pendant ce temps, les multinationales ont renforcé leur contrôle sur le marché des aliments, sur les secteurs de la production et de la distribution. Elles saisissent cette crise comme une opportunité pour augmenter leurs profits. Les consommateurs et les petits agriculteurs sont les grands perdants des politiques actuelles. Des prix plus hauts pour les consommateurs et des prix bas pour les paysans et paysannes provoquent la faim dans les campagnes et dans les villes.
Un accord de façade ne cachera pas l’échec de ce soi-disant cycle de développement qui est en réalité le cycle de la crise alimentaire. Les paysans, les petits producteurs d’aliments, les travailleurs agricoles du monde ne sont pas dupes. Pour soutenir les nombreux combats contre l’OMC qui ont lieu partout dans le monde, nous demandons l’abolition de toutes les négociations commerciales au sein de l’OMC.

L’alimentation n’est pas une marchandise !

Nous défendons le droit de produire, de nourrir, et de manger !

L’OMC hors de l’agriculture !

Délégation de la Via Campesina disponible pour des interviews à Genève :

1. Sago Indra : paysan indonésien producteur de riz dans l’ouest de Sumatra, leader de l’Union des Paysans Indonésiens (serikat petani Indonesia/ SPI), membre de La Via Campesina.

2. Jaime Tadeo : producteur de riz, leader de l’organisation des Philippines PARAGOS, membre de la Via Campesina.

3. Jose Luis Hernandez : vice presidente de l’Union Nationale des travailleurs (UNT) et secrétaire de l’Union des producteurs indépendants, membre de la Via Campesina.

Media Contact in Geneva : Tejo Pramono : + 41 788 760 163