Résultats insolents pour les banques américaines

16 octobre 2009 par Mounia Daoudi


La plupart des grandes banques américaines se sont libérées des
contraintes qui pesaient sur les bonus en remboursant en juin dernier
les aides publiques versées par l’Etat.

La plupart des grandes banques américaines se sont libérées des
contraintes qui pesaient sur les bonus en remboursant en juin dernier
les aides publiques versées par l’Etat.

Les grandes banques américaines affichent une insolente prospérité.
Après JP Morgan mercredi 14 octobre, Goldman Sachs a annoncé ce jeudi un
bénéfice trimestriel de plus de trois milliards de dollars, soit
pratiquement quatre fois plus que l’an dernier à la même époque. Moins
spectaculaires, les résultats de Citigroup n’en révèlent pas moins un
retour dans le vert. Le groupe affiche en effet un bénéfice de 101
millions de dollars contre une perte l’année dernière de plus de 2
milliards 800 millions de dollars. Une étude du Wall Street Journal
/révèle par ailleurs que les rémunérations dans les grandes banques
américaines sont en passe de battre des records, faisant craindre un
retour à la finance folle.

Un an seulement après la faillite de Lehman Brothers qui a ébranlé le
système financier mondial et entraîné l’économie de la planète dans une
profonde récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres consécutifs. , les grandes banques américaines renouent avec les
profits. Le plan de sauvetage sans précédent, mis en place par
l’administration américaine, et les centaines de milliards de dollars
injectés dans les banques pour éviter un effondrement du système
financier, n’expliquent pas à eux seuls la prospérité retrouvée. Les
banques ont en effet également profité de la concentration qui s’est
opérée dans le secteur. Les établissements les plus sains ont ainsi
profité de la crise pour avaler les plus fragiles et grossir encore
plus. Cela a notamment été le cas pour JP Morgan qui a fait
l’acquisition il y a bientôt un an de la Bear Stearns.

Après des mois de crise, la bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). a également rebondi et avec elle les
profits. Et à en croire une étude du très sérieux Wall Street Journal,
les vingt-trois plus grandes institutions financières américaines
devraient générer, cette année, un chiffre d’affaires total de 437
milliards de dollars, bien au-delà des 345 milliards enregistrés en
2007, année qui a précédé la crise.

Des bonus record en perspective

Cette même étude révèle également un retour des méga-bonus. Moins d’un
mois après le G20 G20 Le G20 est une structure informelle créée par le G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) à la fin des années 1990 et réactivée par lui en 2008 en pleine crise financière dans le Nord. Les membres du G20 sont : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Union européenne (représentée par le pays assurant la présidence de l’UE et la Banque Centrale européenne ; la Commission européenne assiste également aux réunions). L’Espagne est devenue invitée permanente. Des institutions internationales sont également invitées aux réunions : le Fonds monétaire international, la Banque mondiale. Le Conseil de stabilité financière, la BRI et l’OCDE assistent aussi aux réunions. historique de Pittsburgh, qui devait limiter les excès
du système, les grandes banques et les grands fonds d’investissements
américains devraient en effet distribuer cette année quelque 140
milliards de dollars de bonus. Un record sans précédent puisque ce
montant est supérieur au pic de 130 milliards atteint en 2007. Des
rémunérations que les banques justifient par leurs bons résultats.

Depuis qu’elles se sont empressées de rembourser en juin dernier les
aides publiques versées par l’Etat, la plupart des grandes banques
américaines se sont également libérées des contraintes qui pesaient sur
les bonus. Sans compter qu’à Pittsburgh aucune décision sur le
plafonnement des rémunérations n’a été arrêtée. Les pays du G20 se sont
en effet contentés d’étaler ces rémunérations sur une plus longue
période et de mettre en place un malus, en cas de mauvais résultats.

L’économie réelle toujours en crise

Ce retour à la prospérité pour les grands établissements financiers
américains ne signifie pas pour autant que la crise est finie. Car si
les banques d’investissements renouent avec les profits, les banques de
détails semblent, elles, beaucoup plus fragiles. Mardi 12 octobre,
Daniel Tarullo, un des membres de la FED, la réserve fédérale
américaine, a en effet déclaré s’attendre à des pertes importantes dans
ce secteur. Des pertes principalement liées à des prêts non remboursés
en raison de la mauvaise conjoncture économique.

Car la crise qui frappe l’économie réelle est bien toujours là avec son
lot de licenciements. Et selon les dernières estimations, le chômage aux
Etats-Unis devrait dépasser, dès le début de l’année prochaine, la barre
symbolique des 10%.