Rapport sur la situation économique et politique internationale présenté à l’Assemblée Mondiale du Réseau CADTM à Dakar en novembre 2021

14 novembre par Eric Toussaint


Nous publions la version écrite du rapport présenté par Éric Toussaint lors de l’Assemblée mondiale du réseau CADTM réalisée à Dakar du 13 au 16 novembre 2021

 1. Contexte économique général

Avant la pandémie du Coronavirus, les éléments d’une nouvelle crise financière internationale étaient réunis et la croissance économique avait fortement faibli au niveau international

  • Avant la pandémie du Coronavirus, les éléments d’une nouvelle crise financière internationale étaient réunis et la croissance économique avait fortement faibli au niveau international.
  • La pandémie qui a touché de plein fouet la Chine en décembre 2019– février 2020 , puis l’Europe occidentale à partir de fin février 2020 et rapidement les États-Unis à partir de mars 2020, a provoqué un confinement dans de nombreux pays industrialisés, ce qui a produit des ruptures de chaînes de production et d’approvisionnement en produisant une chute brutale de la production dans les économies asiatiques, européennes et nord-américaines. Ensuite le phénomène s’est reproduit en Australie-Nouvelle Zélande, au Japon, en Amérique latine, en Afrique du Sud, en Afrique du Nord, en Inde et dans d’autres pays d’Asie.
  • Cela a entraîné la plus grande crise économique depuis celle de 1929 et des années 1930.
  • Dans les pays du Nord (y compris la Chine) les gouvernements et les banques centrales ont réagi en augmentant fortement les dépenses publiques financées par l’endettement, au lieu de taxer les riches et les grandes entreprises.
  • Les dettes publiques ont très fortement augmenté partout dans le monde, en particulier dans les pays du Nord.

La pandémie a provoqué un confinement dans de nombreux pays industrialisés, ce qui a produit des ruptures de chaînes de production et d’approvisionnement en entraînant une chute brutale de la production

  • Les dettes privées de classes populaires ont également fortement augmenté et les conditions de vie d’une grande partie des populations ont été dégradées.
  • On n’assiste pas encore à une nouvelle crise majeure des dettes publiques, il n’y a pas de nombreux défauts de paiement. Mais il est certain que le prétexte du remboursement va être encore plus utilisé qu’au cours des dernières années pour justifier de nouvelles attaques anti sociales, de nouvelles privatisations, des suppressions d’emplois dans la fonction publique, des mesures qui vont dégrader les services publics…
  • En conséquence, la lutte contre les dettes illégitimes tant publiques que privées est une lutte centrale.

 2. La pandémie du coronavirus et la crise sanitaire mondiale

Le prétexte du remboursement va être utilisé une nouvelle fois pour justifier de nouvelles attaques anti sociales

La pandémie est une manifestation de l’évolution du système capitaliste globalisé et mondialisé.

La marchandisation et l’accaparement des terres, les atteintes systématiques à la nature et aux biens communs de la part du système capitaliste sont la cause de la multiplication de maladies virales provoquées par la transmission de virus du monde animal sauvage vers l’espèce humaine. Quarante années de dégradation des services publics de santé voulues par les gouvernements et les institutions qui promeuvent les politiques néolibérales ont créé une situation telle qu’il est difficile de faire face à ce type de pandémie.

Le virus peut atteindre les riches comme les pauvres mais les pauvres en meurent beaucoup plus que les riches pour des raisons liées aux conditions d’existence qui leur sont imposées par le système capitaliste. Jusqu’ici on compte plus de 5 100 000 décès provoqués par le coronavirus (chiffre communiqué le 14 novembre 2021 par https://www.worldometers.info/coronavirus/). Selon certaines sources, le chiffre réel pourrait atteindre 10 millions.

Quarante années de dégradation des services publics de santé voulues par les gouvernements et les institutions qui promeuvent les politiques néolibérales ont créé une situation telle qu’il est difficile de faire face à la pandémie

En août 2021, moins de 2 % des 1,3 milliard d’Africains étaient entièrement vaccinés contre plus de 60 % des populations d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord. A la date de juin 2021, un quart des 2,3 milliards de doses administrées dans le monde l’ont été dans les pays du G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. , qui hébergent seulement 10 % de la population mondiale. Selon les données collectées par un groupe de chercheurs de l’université d’Oxford, en septembre 2021, seuls 2,1 % de la population des 27 pays à faibles revenus ont reçu une dose d’un vaccin contre le COVID [1]. Environ 700 millions de personnes vivent dans les pays à faible revenus.

Le CADTM s’est prononcé pour

  1. La suspension des brevets privés sur toutes les technologies, connaissances, traitements et vaccins liés à la Covid-19.
  2. L’élimination des secrets commerciaux et la publication d’informations sur les coûts de production et les investissements publics utilisés, de manière claire et accessible à l’ensemble de la population.
  3. La transparence et le contrôle public à tous les stades du développement du vaccin.
  4. L’accès universel, libre et gratuit à la vaccination et au traitement.
  5. L’expropriation et la socialisation sous contrôle citoyen de l’industrie pharmaceutique privée comme base d’un système public et universel de santé qui favorise la production de traitements et de médicaments génériques.
  6. L’augmentation des investissements et des budgets publics alloués aux politiques publiques de santé et de soins de proximité, incluant une augmentation de l’embauche, des salaires et une amélioration des conditions de travail du personnel de ces secteurs.
  7. L’introduction de taxes sur la richesse (patrimoine et revenus du 1 % les plus riches) pour financer la lutte contre la pandémie et assurer une sortie socialement juste et écologiquement pérenne des différentes crises du capitalisme mondial.
  8. La suspension du paiement des dettes pendant la durée de la pandémie et l’annulation des dettes illégitimes et de celles contractées pour financer la lutte contre le virus.

 3. Crise climatique et environnementale en cours

En août 2021, moins de 2 % des 1,3 milliard d’Africains étaient entièrement vaccinés contre plus de 60 % des populations d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord

Les effets sur les populations

Augmentation du nombre d’événements météorologiques extrêmes entraînant : décès, blessures, maladies, destruction d’infrastructures, en particulier dans des communautés déjà appauvries et marginales.

Une des conséquences, avec de nombreux autres facteurs (voir plus loin), est l’augmentation du nombre de réfugiés/ées climatiques (internes et transfrontaliers).

Croissance de la fréquence et de la propagation des incendies - résultant de la combinaison du changement climatique en tant que tel, mais aussi de l’abandon des pratiques de gestion traditionnelles, de l’expansion urbaine, de la monoculture Monoculture Culture d’un seul produit. De nombreux pays du Sud ont été amenés à se spécialiser dans la culture d’une denrée destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide, tabac, etc.) pour se procurer les devises permettant le remboursement de la dette. et de l’élevage au détriment des forêts, les landes.

Salinisation / désertification / inondations résultant du changement climatique, combinées à la monoculture (entraînant l’érosion), l’agriculture industrielle ayant des conséquences particulièrement graves pour les communautés rurales et de pêcheurs.

Augmentation de la pollution atmosphérique, particulièrement dans les villes - combinaison à la fois du changement climatique en soi, des incendies, des transports - en particulier du diesel - et de l’expansion industrielle. Dans une série de mégalopoles en particulier dans les pays dits en développement, augmentation de la pollution de l’air (grandes villes chinoises, indiennes, africaines…) avec une augmentation de la mortalité due à la pollution

Dépossession de territoires des peuples autochtones.

A plusieurs endroits de la planète, on assiste à des mobilisations croissantes sur la problématique du climat, de l’environnement et des biens communs

Pollution des océans, inondations et expansion du tourisme ayant un impact sur les communautés de pêcheurs.

Délocalisation des déchets les plus sales et toxiques, stockés et gérés ailleurs sans protection pour diminuer les coûts, délocalisation également des pollutions et des émissions de gaz à effet de serre par la délocalisation de la production.

Une évolution positive : A plusieurs endroits de la planète, on assiste à des mobilisations croissantes sur la problématique du climat, de l’environnement et des biens communs

Le CADTM soutient l’appel international pour la justice climatique qui déclare entre autre
« Les réparations climatiques impliquent que ceux qui ont une plus grande responsabilité dans la crise climatique doivent payer une compensation aux peuples des régions les plus affectées pour les dommages et les pertes de moyens de subsistance, d’infrastructures et de vies des communautés causés par les impacts du changement climatique (…) ce qui commence par l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. C’est le strict minimum que les pays du Nord doivent faire afin de payer leur dette pour les dommages et les traumatismes causés dans les pays du Sud. » [2]

 4. L’augmentation des formes autoritaires ou/et dictatoriales de gouvernement à l’échelle planétaire

Ceux qui ont une plus grande responsabilité dans la crise climatique doivent payer une compensation aux peuples des régions les plus affectées. Ce doit commencer par l’annulation de la dette

On assiste à l’échelle planétaire à un renforcement des formes autoritaires de gouvernement sans que, jusqu’ici, cela prenne la forme de la mise en place de dictatures militaires sauf en Birmanie en 2020 et au Soudan en 2021. Les libertés démocratiques fondamentales sont réduites y compris par voie légale, les moyens des forces de répression ont fortement augmenté ce qui permet une intrusion accentuée dans la vie des personnes et des organisations. Le recours aux arrestations préventives se répandent y compris dans les « vieilles » démocraties bourgeoises.

Le pouvoir législatif se réduit dans de très nombreux endroits au profit du pouvoir de l’exécutif.

 5. Offensive du Capital contre le Travail / Offensive patriarcale également Offensive générale contre toutes les catégories d’opprimés/mées

Dans le monde entier, l’offensive capitaliste contre les travailleurs·ses se poursuit et s’aggrave. Les femmes sont les plus durement touchées, avec les personnes de couleur, les autochtones, les immigrés et les jeunes travailleurs. Dans le cas de toutes les catégories ci-dessus, l’offensive résulte en partie de la position de ces catégories sur le marché du travail, par exemple dans des emplois historiquement les plus mal payés. Les femmes des classes populaires et les travailleurs handicapés subissent encore plus que les autres catégories l’offensive contre les services publics. Les femmes, qui, même en période de prospérité, ont toujours eu la responsabilité majeure de s’occuper des enfants, des malades et des personnes âgées sont touchées par les fermetures dans ces services – ce qui a souvent pour effet de les contraindre à des emplois encore plus précaires ou à renoncer à leur vie professionnelle. Les personnes handicapées qui dépendaient de la disponibilité de certains services pour travailler ou vivre de manière indépendante subissent le même impact.

Cela étant dit, à part une catégorie très minoritaire dont les salaires sont très élevés -ce qui en fait des alliés de la classe capitaliste-, toutes les catégories de salariés/riées sont visées par l’offensive du capital y compris les secteurs qui avaient historiquement réussi à acculer d’importants droits que ce soit dans les secteurs de l’industrie, dans les services publics, dans le secteur financier (banque, assurance) et dans le secteur commercial. Les exemples :

  • précarisation des conditions et des contrats de travail ;
  • facilitation des licenciements ;
  • stagnation ou chute du pouvoir d’achat des salariés/riées et des secteurs populaires en général ;
  • augmentation de l’âge de la retraite avec stagnation ou baisse des retraites ;
  • baisse de l’accès et de la qualité des services publics ;
  • réduction du nombre de salariés protégés par des conventions collectives ;
  • attaques contre les droits des syndiqués et du droit à la syndicalisation ;
  • limitation du droit de grève ;
  • augmentation de l’endettement des ménages populaires partout sur la planète (dettes de consommation : dettes hypothécaires, dettes étudiantes ; dettes fiscales ; microcrédit de survie
  • les femmes représentent plus de 80 % des 120 millions de personnes qui recourent au microcrédit à l’échelle planétaire- ;
  • augmentation des dettes des paysans/nes non seulement dans des pays comme l’Inde où le phénomène a pris des proportions dramatiques mais aussi dans les pays du Nord (que ce soit en France, en Italie ou aux États-Unis)

Les femmes des classes populaires et les travailleurs handicapés subissent encore plus que les autres catégories l’offensive contre les services publics

Résumé sur l’offensive patriarcale

  • Précarisation du travail : augmentation des temps partiels imposés surtout pour les femmes dans les services (nettoyage, horeca, soins à la personne)
  • Destruction des services publics tels que les transports en commun, les garderies des enfants : augmentation de la charge de travail non payé pour les mères de famille
  • Retraites des femmes structurellement très basses à cause des années non travaillées ( car nécessité de soins pour les petits enfants à la maison)
  • Mesures discriminatoires dans le régime du chômage, moins de revenus pour les « non chefs de famille » = en majorité les femmes
  • Harcèlement sexuel des femmes dans de nombreux secteurs et dans les emplois précaires (pouvoir des hommes dans l’embauche de femmes, voir nombreux exemples dans #MeToo)
  • Recul des droits à l’avortement et à la contraception : aux États-Unis aussi bien au niveau local (les maires) qu’au niveau des États ; fermeture des centres de planning familial ; non remboursement de la contraception, manque d’éducation sexuelle dans les écoles ; montée des groupes religieux anti-avortement aussi bien aux E.-U. qu’en Amérique latine avec l’exemple terrible du Brésil ; la Pologne est un petit espoir avec des mobilisations massives contre une restriction encore plus grande du droit à l’avortement ; autres exemples positifs : le parlement argentin qui a dépénalisé l’avortement en 2020.
  • Montée des fondamentalismes en Inde, au Bangladesh, punitions publiques de femmes « adultères » ou de jeunes femmes ayant des contacts sexuels non approuvés ; mais aussi révolte des femmes jeunes contre le régime familial extrêmement dur, ex. Arabie Saoudite
  • Croissance de l’industrie du sexe au niveau mondial : vente de femmes en Libye, esclavage des femmes immigrées, pornographie en prostitution en expansion etc.
  • Inégalité des femmes paysannes même dans les petites exploitations familiales, voir les rapports de Via Campesina
  • Violences contre les femmes : féminicide, violences intrafamiliales, harcèlement des femmes dans la rue etc.

 6. Le niveau des résistances et l’état des mouvements qui conteste le système capitaliste et patriarcal

L’état du mouvement contre les dettes illégitimes

Le CADTM a gagné en crédibilité et en implantation à l’échelle internationale

Les mouvements pour l’annulation des dettes illégitimes réclamées au Sud global maintiennent leurs activités. Malgré des différences d’analyse et de méthodes d’action, ils réussissent généralement à collaborer au niveau international et national. Le secteur qui privilégie le dialogue avec les grandes institutions internationales comme la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
, le Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. En 2019, les membres du Club de Paris détiennent plus de 10 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
poursuit dans sa logique, même si les résultats sont très faibles. Le CADTM a gagné en crédibilité et en implantation à l’échelle internationale.

Les mouvements contre les dettes illégitimes réclamées aux classes populaires ont pris de l’ampleur dans une série de pays du Nord et du Sud

Le mouvement pour la justice climatique est le mouvement qui a connu le plus important développement au cours des dix dernières années ce qui est tout à fait justifié vu l’ampleur de la crise écologique à l’échelle mondiale. Il y a une différence encourageante entre les mouvements de lutte contre les dettes illégitimes et le mouvement pour la justice climatique. Dans ce dernier, la jeune génération y joue un rôle plus important et elle porte une vision plus radicale. C’est le résultat de la prise de conscience de l’urgence des solutions qui doivent être apportées, de l’incapacité ou du refus des gouvernements de prendre les bonnes décisions et du lien évident entre la crise écologique et le système capitaliste en tant que tel.

Le mouvement féministe, au cours des dix dernières années, a connu un important renouveau et un regain d’activité, ce qui est très encourageant.

Le mouvement anti raciste et dé-colonial a aussi connu une extension au cours des dernières années avec une étape très importante atteinte lors du mouvement Black Lives Matter en 2020 qui a surtout touché l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale.

 7. Les Défis pour le CADTM

Dans le mouvement pour la justice climatique, la jeune génération joue un rôle très important et elle porte une vision plus radicale

  • Intégrer systématiquement une approche féministe à notre compréhension de la situation globale et au programme à mettre en avant pour affronter la crise.
  • Mieux insérer les forces du CADTM dans les mobilisations sur le thème du climat. Les membres du CADTM sont actifs sur la thématique de la crise climatique et environnementale
  • Agir encore mieux sur la thématique des dettes publiques et privées

Si on veut intervenir dans les luttes politiques et sociales en étant en phase avec les problèmes tels qu’ils sont vécus par de larges secteurs populaires, il faut plus prendre en compte les questions des dettes privées illégitimes : dettes étudiantes, dettes hypothécaires abusives, dettes paysannes, dettes liées au microcrédit,

Dans la phase actuelle de l’offensive du Capital contre le Travail, l’endettement opère beaucoup plus qu’il y a 50 ans comme un mécanisme de dépossession, d’oppression et de soumission.

En ce qui concerne les dettes publiques, pour intervenir dans la lutte politique dans une grande majorité de pays, il faut se saisir de la question de la dette publique

Ce n’était pas possible d’adopter une stratégie correcte en Grèce à partir de 2010 et en particulier en 2015 sans affronter le problème de la dette. Idem aujourd’hui au Venezuela, en Argentine ou au Mexique. La même chose en Afrique et en Asie du Sud

  • Intégrer la question des banques dans les propositions du CADTM : Dans la plupart des pays de la planète la question des banques est centrale que ce soit en Inde, en Chine, en Europe, en Amérique du Nord, en Afrique, en Amérique latine



Notes

[1Our World in Data, Coronavirus (Covid-19) Vaccinations - Statistics and Research - https://ourworldindata.org/covid-vaccinations Selon les données collectées par l’équipe de l’université d’Oxford qui réalise ce site, voici quelques exemples de pays où le taux de vaccination est inférieur à 2 % en septembre 2021 : 1,6 % de la population en Zambie, 1,6 % au Niger, 1,5 % en Somalie, 1,5 % au Mali, 1,4 % au Soudan, 1,4 % au Cameroun, 1 % au Yémen, 0,69 % à Madagascar, 0,58 % au Tchad, 0,57 % en Tanzanie, 0,11 % en République démocratique du Congo.

[2On September 24, we will strike to demand for intersectional climate justice ! #Uproot The System https://www.cadtm.org/On-September-24-we-will-strike-to-demand-for-intersectional-climate-justice Voir également le site : https://fridaysforfuture.org/

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

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