Communiqué de presse du CADTM

Pascal Lamy à l’OMC : vers un nouveau tour de vis néolibéral

16 mai 2005 par CADTM


Le CADTM dénonce l’élection de Pascal Lamy comme directeur général de l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
(OMC) et appelle à une mobilisation massive lors du sommet du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , qui se réunira début juillet à Edimbourg (Ecosse), et à l’occasion du Conseil général de l’OMC, le 26 juillet et le 19 octobre à Genève (Suisse).

Avec cette nomination, les populations qui subissent la logique néolibérale depuis plus de 25 ans ne risquent pas d’observer la moindre inflexion des politiques imposées aux forceps par les institutions multilatérales, bien au contraire. La victoire de Pascal Lamy contre les trois candidats du Sud pour la direction générale de l’OMC va inévitablement impliquer un nouveau tour de vis dans un sens encore plus favorable à la finance mondiale et aux sociétés transnationales. Libéral socialiste sans complexes, il est parvenu à être à la fois membre du Comité directeur du Parti socialiste français et un fervent adepte de la religion du marché. Ancien bras droit de Jacques Delors à la Commission européenne, dont il a contribué à faire un puissant moteur néolibéral, il a été un des hauts responsables du Crédit Lyonnais qu’il a conduit à la privatisation, et s’est fait connaître, entre 1999 et 2004, comme un commissaire européen au Commerce particulièrement arrogant et méprisant envers l’intérêt des populations les plus fragiles. De surcroît, officier de l’Ordre du mérite gabonais, il est intéressant de noter qu’il s’est fait une place dans les réseaux françafricains.

Son élection, qui doit être entérinée le 26 mai, marque une étape supplémentaire dans le renforcement de l’emprise des Etats-Unis et de l’Union européenne sur les institutions internationales. Elle vient s’ajouter à une longue liste très significative : élection de Rodrigo Rato (ex ministre des Finances du gouvernement espagnol de José Maria Aznar) à la tête du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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en avril 2004 ; élection de Ann Venneman (ex ministre de l’Agriculture du gouvernement Bush) à la tête de l’Unicef en janvier 2005 ; élection de Paul Wolfowitz (ex numéro 2 du Pentagone) à la tête de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
en mars 2005.

Les quelques membres de pays du Sud qui obtiennent de telles responsabilités sont eux aussi parfaitement coulés dans le moule néolibéral : le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi est passé de l’OMC à la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC).
Site web :
) ; le Turc Kemal Dervis, ancien de la Banque mondiale et ancien ministre de l’Economie ultralibéral, vient d’être nommé à la tête du Programme des Nations unies pour le développement PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
(PNUD).

Avec ce fin maillage des postes clés au niveau international, le filet planétaire dans lequel les biens communs, les services publics et les peuples sont piégés va encore se resserrer. En effet, Pascal Lamy a annoncé que sa priorité majeure sera la conclusion rapide des négociations du cycle de Doha entamées en novembre 2001, contre lesquelles se sont mobilisés des centaines de mouvements sociaux à travers le monde. Alors que la production de médicaments génériques est strictement restreinte, l’accord d’importation de ces génériques décroché par les pays pauvres en août 2003 ne doit pas faire oublier que, suite aux pressions des grands laboratoires pharmaceutiques, cette importation n’a été autorisée qu’accompagnée d’une procédure longue et très contraignante, rendant ces médicaments inaccessibles pour la plupart des pays du tiers-monde.

Pire, en mars 2005, cédant aux pressions de l’OMC, l’Inde, le principal fabricant de médicaments génériques anti-sida, a adopté une réforme des brevets très restrictive, qui interdit la copie de médicaments brevetés et va multiplier le prix des médicaments anti-sida disponibles au Sud, empêchant des millions de personnes atteintes du sida d’y accéder.

Dans ces conditions, le CADTM prône l’abandon de l’agenda de Doha, la suppression des accords sur les droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce, l’abrogation de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), et plus généralement l’abandon des politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, imposées via le mécanisme de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’OMC, au bénéfice de quelques-uns. Il est plus que temps de mettre fin à cette funeste logique, qui a largement fait la preuve de son échec en terme de développement humain.




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