Pas explosion des dépenses mais baisse des recettes

22 février 2012 par Angélique Schaller


Un meeting a lancé l’audit citoyen de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
à Marseille. Une opération parmi d’autres d’une manifestation à l’envergure nationale… dont le travail de fourmi n’est pas sans rappeler celui mené à l’occasion du référendum européen en 2005.

Un vrai succès du meeting pour un audit citoyen de la dette organisé ces derniers jours au théâtre Toursky à Marseille. Même si tout reste à faire, comme l’a expliqué Anne-Marie Alary, membre du collectif pour un audit citoyen (CAC) des Bouches-du-Rhône : « il faut y aller, monter des CAC dans sa ville, son quartier, son lieu de travail. Nul besoin d’être un expert mais il faut se former et s’informer. » Ce sont pourtant des « experts » qui sont intervenus à la tribune : du collectif pour abolition de la dette dans les pays du tiers monde (CADTM), militant d’Attac, syndicaliste à la CGT Finances… Mais tous ont cependant montré à quel point le sujet était pourtant accessible.

« Dette, outil d’oppression »
Militant historique de l’abolition de la dette des pays du sud, Damien Millet ouvre le bal. Ses analyses d’hier éclairent la situation actuelle, car « il s’agissait moins, déjà, du Nord contre le Sud mais de ceux qui subissent la dette contre ceux qui en profitent. » Mécanisme de transfert financier vers des créanciers, la dette est aussi « un outil d’oppression contre lequel il faut des solutions financières mais aussi politiques. » Son intervention va surtout montrer qu’un combat contre la dette n’est pas vain, que le remboursement de cette dernière n’est pas obligatoire. Parce que la législation internationale prévoit des cas de « dettes odieuses » ou « illégitimes », mais aussi parce que des combats ont déjà porté leurs fruits. Et de citer quelques exemples, comme celui de l’Equateur où tout part d’un audit, mais décidé par le nouveau gouvernement. « Il a montré une dette entachée de nombreuses illégalités et n’ayant pas été utilisée pour le bien des populations » pose Damien Millet. « Et le gouvernement de décider de ne pas en rembourser une partie. Résultat, les créanciers de cette dette ont vu leurs titres plonger sur les marchés secondaires, perdant 70%. Via une banque européenne, le gouvernement équatorien décide alors de racheter les titres à 25% de leurs valeurs pour clore cette histoire. Résultat, le gouvernement aura économisé 7 milliards. »

« Parler de dettes sans parler d’actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
n’a pas de sens »

Revenant sur le cas français, Damien Millet s’élève contre la tendance à présenter la dette d’un pays comme celle d’un foyer, « le bon père de famille étant condamné à rembourser ». Un propos prolongé par Frédéric Larrivée, de la CGT Finances à Marseille qui s’insurge : « sauf qu’un père de famille n’a aucun moyen d’augmenter les recettes ; un chef d’Etat, si. » Et de pousser plus avant l’analogie familiale pour montrer la perversité de la présentation officielle du sujet. « On ne cesse de nous dire que l’on endette nos enfants. Or, parler de dettes sans parler d’actifs n’a pas de sens. On nous explique parfois qu’un enfant qui naît est déjà endetté à 26 000 euros. Mais on omet de nous préciser qu’il a aussi 40 000 euros à son actif, qu’il va pouvoir bénéficier de soins à sa naissance, puis d’une place en crèche, dans les écoles… Jusqu’à devenir citoyen. » Un propos qui fait écho à ce que dénonce Sonia Mitralia, arrivant d’Athènes pour témoigner de ce qui se vit dans son pays. Parmi les exemples : le refus de laisser des femmes accoucher à l’hôpital sauf à fournir une enveloppe garnie de quelques milliers d’euros. « Faisons attention aux clichés, désormais bien loin de la réalité » clame celle qui est par ailleurs membre d’un collectif pour l’annulation de la dette grecque, « C’est de l’austérité quand les salaires ont baissé jusqu’à 60% ? Quand la classe moyenne est en voie de paupérisation pour ne pas dire disparition ? Quand les nouveaux salaires sont à 417 euros ? Non ! C’est une guerre déclarée du capital contre le monde du travail, des très riches contre tous les autres ! »

Et Christiane Marty, membre d’Attac et représentant le CAC national de surenchérir : « la dette n’est pas due à l’explosion des dépenses publiques mais à la baisse des recettes fiscales à l’œuvre depuis 30 ans en France comme ailleurs. » La progressivité de l’impôt qui diminue, les niches fiscales qui se multiplient… chiffrant en milliards les manques à gagner pour un Etat. « Rien que la loi TEPA, soit disant pour le pouvoir d’achat, a provoqué une perte sèche de 17 milliards d’euros pour l’Etat » illustre encore Frédéric Larrivée.

Forcément, le système mis en place pour financer cette dette a été abordé [1] et de voir arriver la fameuse Banque centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
, BCE. « On ne retrouve dans une situation incroyable : les banques empruntent auprès de la BCE à 1% pour ensuite prêter à 3% à la France, 7% à l’Italie ou au Portugal et encore plus à la Grèce. » Puis de lancer un retentissant : « ce sont les Etats qui nous ont mis dans cette situation de servitude volontaire en ordonnant l’indépendance politique de la BCE. Ce qui a été fait politiquement, peut être défait politiquement ! »

Tous appellent à la construction d’un rapport de force dans un combat qui défie les frontières. Et Sonia Mitralia ne s’y trompe pas quand elle assène : « nous refusons de payer cette dette mais nous refusons aussi de sortir de l’euro. Nous voulons rester pour mener la bataille avec tous, avec vous ; pour foutre en l’ai cette Europe du capital voulue par Sarkozy et Merkel ! » Autant dire que les applaudissements ont mis du temps à s’arrêter.




Notes

[1Voir une très bonne animation réalisée sur la question par la CGT Finances, mise en ligne sur le site : www.audit-citoyen.org