5 octobre

Foix, France

Nos vies valent plus que leurs crédits // Rencontre avec Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen

Rencontre avec Camille Bruneau et Christine Vanden Daelen autour de Nos vies valent plus que leurs crédits
Le Cachalot Librairie
9 rue Lazema, 09000, Foix (France)
Mercredi 5 octobre 2022 à 18h30
Évènement Facebook ici

La dette, une arme patriarcale

Dettes et féminismes : deux mots qui déclenchent des réactions presque allergiques chez de nombreuses personnes. Deux mots qui, pour d’autres, ne suscitent rien du tout. Pourtant dettes et féminismes constituent deux des plus grands défis croisés de notre temps.

Partout dans le monde, les femmes subissent les décisions sexistes et colonialistes d’États et d’institutions se préoccupant plus du remboursement des dettes que du sort des humain·es et de la planète. Austérité et incitation à l’endettement privé touchent plus fortement les femmes, sabrent les droits sociaux, paupérisent et accentuent les inégalités aux dépens des conquêtes féministes.

Les autrices explorent les luttes actuelles qui souhaitent « remettre la vie au centre » et s’en inspirent pour déployer un argumentaire implacable pour un non-paiement féministe des dettes, publiques comme privées. Une analyse écoféministe indispensable pour insuffler un nouvel élan à l’économie et privilégier la durabilité de la vie à celle des marchés.

Rentrer dans les cases n’a jamais été simple pour Camille Bruneau, ni son ambition d’ailleurs. Les milieux punks et plusieurs voyages en Afrique l’ont vite amenée à questionner le système dominant occidental, se révolter face aux inégalités et rechercher des alternatives hors-norme. S’ensuivent des études critiques en anthropologie, sociologie rurale et « développement » en parallèle à une vie en squats et occupations, habitats légers et écolieux où elle rencontre les milieux anarcha-féministes et antispécistes. Elle s’implique aussi dans des dynamiques associatives telles que le CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes), à l’origine de nombreuses synergies et rencontres militantes, en Europe et ailleurs. Ces mobilisations et expériences collectives et autogérées ont été le lieu de remises en question bénéfiques, notamment grâce au dialogue avec des féministes queer ou décoloniales, tout autant que de répression et frustrations. Nourrie des écoféminismes et de l’anarchisme, elle s’intéresse aux logiques communes aux dominations, et est convaincue de la nécessaire pluralité des autres possibles et modes de résistance.

Après avoir été serveuse, factrice, ouvrière dans une usine de confection de médicaments, Christine Vanden Daelen commence des études en Sciences politiques en Belgique où elle née. Suite à sa confrontation à d’autres réalités que celles vécues en Europe, elle bifurque vers un cursus en coopération au développement. Au Sénégal, elle constate que les ONG reproduisent les inégalités qu’elles prétendent combattre ? : impossible dès lors de les intégrer. Sa volonté de s’atteler depuis là où elle vit aux entraves à l’émancipation lui fait rencontrer le CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes). Échanger et se former auprès des femmes des Suds lors de blocages, contre-sommets, forums sociaux mondiaux lui fait prendre conscience que ce qui relevait encore chez elle d’un discours conceptuel était pour ces militantes un obstacle quotidien ancré dans leurs vécus, ressenti dans leurs corps. Ce «  ?déclic féministe ? » et l’arrivée de l’austérité en Belgique l’amènent à travailler, en collaboration avec des associations féministes, la question de l’endettement avec des femmes des milieux populaires. Mère d’un petit garçon, elle a été accompagnée par les féminismes dans une volonté de toujours questionner, repenser les rapports aux autres, au monde, au marchand… mais aussi à soi. Cette déconstruction perpétuelle est à ses yeux essentielle pour faire exploser les structures de domination et ouvrir un futur révolutionnaire.


À venir