Luc Coene l’aura bien méritée !

1er juillet 2014 par Nico Cué


Banque nationale de Belgique

Il y a des gens qui ne changent jamais d’avis, et le patron de la Banque nationale, Luc Coene, est assurément de ceux-là. Libéral flamand notoire, et « bébé » Verhofstadt de toute éternité : il en fut -notamment- chef de cabinet, avant de se voir attribuées les fonctions les plus hautes (vice-gouverneur puis gouverneur) à la Banque Nationale de Belgique.
Depuis toutes ces années, Coene a une marotte principale : la Belgique dépense trop. Et deux marottes accessoires : réduire les dépenses publiques de pension, et les dépenses consacrées par l’Etat aux fonctionnaires et aux allocataires sociaux. En tête desquels bien sûr les chômeurs... L’homme vient de récidiver, s’entourant même pour cela d’un groupe d’experts. Les experts, c’est comme les melons, il suffit de savoir les choisir.

Je sais bien, plus personne ne fera changer Luc Coene d’avis. Les certitudes sont tellement confortables, surtout quand elles sont au service d’un dessin politique précis : réduire la part de l’Etat à tous les étages. On pourrait trouver cela bizarre de la part de celui qui devrait être, au contraire, un des plus grands serviteurs de l’Etat. Mais on suppose que M. Coene est en service commandé.

Avant d’aller au fond, remettons d’abord sur la table quelques chiffres de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique. La BNB, qui déplore tant que les comptes de la Belgique soient à ce point dans le rouge, admet que le gouvernement Di Rupo a « trouvé » 14 milliards d’euros. Elle indique aussi qu’il faudra trouver, d’ici à 2017, 25 autres milliards. 25+14=39. Or, la note du sauvetage des banques, lors de la crise financière, était de 35 milliards. S’il n’avait pas fallu sauver des banques en principe sous la surveillance de Luc Coene (puisque gouverneur de la BNB), c’est seulement 4 milliards qu’il aurait fallu trouver de 2011 à 2017...

Fallait-il laisser tomber les « petits épargnants » ? Sans doute non. Mais il faut bien admettre que la note de « leur » sauvetage leur a été refilée en douce. Le monde financier continue, lui, à vivre comme si de rien n’était.

Venons-en aux pensions. Diminuer la charge des pensions c’est d’une part mettre les gens au travail plus longtemps : la date de la pension effective doit être de 65, puis 67, puis... encore plus. 70 ? Or. Ces dernières années, l’âge de la pension effective en Belgique est passé de 58 à 62 ans, sans que les cris d’effroi de Coene et consorts diminuent. En plus, les experts de M. Coene se fichent comme de colin-tampon d’une autre statistique, celle de l’espérance de vie en bonne santé. En Belgique, elle est de 64,9 ans, soit 3 mois de moins que l’âge préconisé de la pension. Pour M. Coene, il ne devrait donc y avoir de pensionnés que malades. Sans compter qu’il est bien hardi de vouloir faire travailler les gens plus vieux dans une société où, si vous êtes licencié à 47 ou 48 ans, retrouver un boulot tient du miracle... Sans compter enfin que la prolongation de la carrière des travailleurs retardera d’autant l’arrivée des plus jeunes dans le monde du travail. La pension sera payée plus tard, l’allocation de chômage plus longtemps. Peut-être il y a-t-il un bénéfice dans les comptes publics. A coup sûr, il y a cynisme total et destruction d’avenir.

Diminuer la charge des pensions, c’est d’autre part tailler dans les pensions du secteur public. Les idées foisonnent à ce propos. Mais sans jamais prendre en compte que, déjà, le montant de la pension publique a été raboté, puisqu’il est désormais calculé, au lieu des cinq, sur les dix dernières années. Sans oublier que, dans la fonction publique, les pensions ont toujours été présentées comme du salaire différé. Gagner un peu moins au travail pour gagner un peu plus à la retraite. Quel a été le gain de ce deal fonctionnaires-Etat pour les comptes publics ?

Les pensions, telles qu’elles sont, sont payables. Plutôt que de choisir de sabrer dans les dépenses, il y a toutes les pistes d’augmentation des recettes que M. Coene et ses experts n’exposent jamais. Par exemple, ne permettre les réductions de cotisations sociales que lorsqu’elles débouchent réellement sur des créations d’emploi. Ou encore, enfin taxer les mécanismes financiers et les jeux capitalistes.

Mais on sait pourquoi Luc Coene n’en veut pas. Derrière l’épouvantail du non payement des pensions, il y a, sous-jacente, la volonté constante de liquider le système de répartition pour passer à un système de capitalisation, ce qui veut dire confier la gestion du système aux milieux bancaires et financiers, ceux-là même que Coene et ses amis ont dû sauver il y a peu. Il y a la volonté d’accroître encore, à notre détriment, les profits de quelques-uns. Pour ceux-là, s’il y arrive, Luc Coene aura bien mérité sa pension.

Source : http://www.metallos.be/pages/boite-a-outils/editos/01/07/2014/luc-coene-l-aura-bien-meritee