Le mouvement hip hop sénégalais et le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) se mobilisent pour le Forum social mondial (FSM) - Dakar 2011

5 janvier 2011 par Olivier Bonfond , Malal Talla « Fou Malade »


Dans un mois, la terranga [1] sénégalaise accueille le prochain Forum social mondial (FSM [2]) , qui se déroulera à Dakar, du 6 au 11 février 2011. Le FSM, espace ouvert de construction d’alternatives à la mondialisation néolibérale, constitue une opportunité et un défi pour tous les mouvements sociaux sénégalais et africains qui luttent contre les injustices sociales.

Dans beaucoup de pays du Nord, la crise frappe durement les populations qui voient leurs conditions de vie se dégrader à grande vitesse. Mais pour les Africains, la crise est loin d’être nouvelle. Ils connaissent et vivent au quotidien une crise structurelle depuis de longues années. Pourtant, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et certains dirigeants affirment que l’Afrique est en « bonne santé », grâce notamment à des taux de croissance économique de l’ordre de 5%. Mais les populations ne vivent pas de taux de croissance. Et une telle croissance ne sert à rien si ses fruits ne sont pas répartis équitablement. Malgré cette croissance, les populations africaines ont-elles accès à une éducation et à des services de santé de qualité ? Peuvent-elles se nourrir en quantité et qualité suffisante ? Peuvent-elles se loger correctement ?

Contrairement à ces discours inconscients et dangereux, l’Afrique est durement touchée par la crise avec une augmentation incessante du chômage, et la santé et l’éducation qui continuent à se dégrader. Cette situation, intolérable humainement et insoutenable écologiquement, doit cesser.

C’est dans cette perspective que la Coalition pour l’Annulation de la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde (CADTM Sénégal [3] ) et le studio youkoungkoung co-produisent, en collaboration avec plusieurs groupes et artistes du mouvement hip hop sénégalais, un album rap qui a pour objectif de sensibiliser les populations, à partir des réalités vécues localement sur les grandes thématiques portées par le mouvement altermondialiste.

La problématique de la dette du tiers-monde est en quelque sorte le fil rouge de cet album. En effet, la dette constitue, depuis les dites indépendances, la nouvelle arme de domination des grandes puissances pour continuer à exploiter les peuples et piller les énormes richesses africaines, pour le plus grand profit des transnationales. Mais, conscients que l’annulation de la dette est une condition nécessaire mais insuffisante pour un réel développement humain, l’album se positionnera également contre toutes les formes d’oppressions, en particulier celles subies par les femmes ; pour l’amélioration des conditions de vie des populations (les inondations et les coupures d’électricité ici au Sénégal) ; pour le respect des droits humains (accès à une bonne éducation et à un travail pour toutes et tous) et des droits de la nature ; pour la liberté de circulation et d’installation ; contre la corruption, la domination des transnationales et le pillage des ressources naturelles, pour la construction d’une vraie démocratie ; pour la souveraineté alimentaire ; …

L’album, « prise de conscience collective », invite également à prendre conscience que pour transformer le monde et donner du contenu au slogan « Un autre monde est possible », il est nécessaire de faire converger les luttes. Il ne s’agit pas d’avoir une vision étroite du développement, mais bien de défendre les intérêts de tous les citoyens et toutes les citoyennes sénégalaises, d’Afrique et du monde. Pour cela, il est très important de favoriser les connexions avec les luttes de tous les peuples opprimés.

Une chose est sûre : la solution ne viendra pas « d’en haut ». Les dirigeants africains, pour leur très grande majorité, profitent du système et sont depuis longtemps soumis à la dictature du grand capital. La Banque mondiale et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, malgré des beaux discours sur la démocratie et la lutte contre la pauvreté, sont avant tout des institutions au service des transnationales et du grand capital. La solution viendra des peuples qui, conscientisés et organisés, mettront une telle pression sur les gouvernements qu’ils n’auront d’autres choix que d’entendre et d’appliquer ses revendications. C’est aux peuples eux-mêmes de relever le défi du changement.

Le mouvement hip hop participant à cette initiative et le CADTM sont convaincus qu’il n’y aura pas de changements révolutionnaires mondiaux sans une multitude de combats locaux. C’est pourquoi la mobilisation locale (quartier, ville, région...), reliée à la dimension internationale, est primordiale. Afin de participer concrètement à cette mobilisation, nous organisons un grand concert à Guediawaye le 29 janvier 2011, où nous présenterons l’album. Nous appelons les rappeurs et les « simples » amateurs de rap, les travailleuses et travailleurs, les citoyennes et citoyens, à se mobiliser pour le Forum social mondial, et ainsi, participer, individuellement et collectivement, au renforcement des mouvements sociaux sénégalais et africain.

Le CADTM Sénégal, membre d’un réseau international présent dans plus de 30 pays répartis sur 4 continents [4], le studio Youkoungkoung et le mouvement Hip hop espèrent de cette manière contribuer positivement à la construction d’une nouvelle Afrique, où la justice sociale ne sera plus un vain mot et où ce ne sera plus la croissance ou les profits mais bien les besoins des populations et le respect de la nature qui constitueront la priorité des priorités.

Malal Talla « Fou Malade » et Olivier Bonfond (CADTM Belgique)
Janvier 2011

Contacts :

Fou malade : malaltalla chez hotmail.fr ; 00221 77 332 84 39

Olivier Bonfond : olivier.bonfond chez gmail.com ; 00221 77 528 64 75

Raoul Latouffe : rlatouffe chez yahoo.fr . 00221 77 523 98 00




Notes

[1Terranga signifiant « hospitalité » en wolof

[2Voir le site du fsm : www.fsm2011.org

[3Pour plus d’infos sur la CADTM Sénégal : rlatouffe chez yahoo.fr rlatouffe chez yahoo.fr

[4Voir la liste des organisations membres et la cartographie du réseau :http://www.cadtm.org/Contacts#carte

Olivier Bonfond

est économiste et conseiller au CEPAG (Centre d’Éducation populaire André Genot). Militant altermondialiste, membre du CADTM, de la plateforme d’audit citoyen de la dette en Belgique (ACiDe) et de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015.
Il est l’auteur du livre Et si on arrêtait de payer ? 10 questions / réponses sur la dette publique belge et les alternatives à l’austérité (Aden, 2012) et Il faut tuer TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde (Le Cerisier, fev 2017).

Il est également coordinateur du site Bonnes nouvelles

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