IIIe Forum social mondial

Le Réseau international CADTM se réunit à Porto Alegre

février 2003 par CADTM


Les délégués internationaux du CADTM, quand ils se rendent à des événements comme le FSM, ont du pain sur la planche. Certains sont prévus comme orateurs et oratrices dans différents débats et conférences, certains participent à l’élaboration des textes du FSM, d’autres ont des rencontres bilatérales avec des organisations partenaires pour avancer dans la stratégie globale (Jubilé Sud, Via Campesina, le CRID...). Les uns préparent des interventions dans les conférences, dans les assemblées des mouvements sociaux..., d’autres s’occupent de la diffusion des publications... Bref, on court de tous les côtés.

Cela n’a pas empêché le CADTM de trouver le temps de trois réunions en vue d’échanger les expériences entre pays, de consolider le fonctionnement du réseau, de mettre au point nos prochains rendez-vous.

La délégation était composée d’une vingtaine de personnes venant de France, de Suisse et de Belgique, du Burkina Faso, du Burundi, de Côte d’Ivoire, du Mali, du Niger et du Sénégal. D’autres contacts (de Russie et d’Argentine) se sont joints à l’une de ces réunions.

Ce n’est pas le lieu ici de retranscrire des comptes-rendus de réunions mais l’occasion plutôt de mettre en exergue quelques moments forts de notre intervention.

Prises de parole

Dès le premier jour, Eric Toussaint a pris la parole à la conférence « Récupérer la souveraineté économique par l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 »
. Il était accompagné à la tribune par Beverly Kenne (Jubilé Sud Argentine), Demba Dembelé (Jubilé Sud Sénégal).

Le 25 janvier, il intervenait au séminaire sur l’Argentine organisé par les « Barrios de pie », les quartiers débout. Salle trop petite où se bousculaient plus de 200 personnes pour des débats cruciaux, des jeunes assis par terre, des familles dans le couloir...

Lors de la grande conférence organisée conjointement par Jubilé Sud et le CADTM (une journée et demi qui a rassemblé un public de 1.200 personnes dans une des grandes salles de la PUC), Eric Toussaint, Hugo Ruiz Diaz, Aminata Barry et Denise Comanne sont intervenus aux côtés de Joao Machado (économiste brésilien), Guillermo Gigliani (économiste de gauche d’Argentine), Juglio Gambina (Attac Argentine), Alexander Buzgalin (Alternatives, Russie), etc. Les thèmes :
Par la suite, Hugo Ruiz Diaz est intervenu sur le thème de ??? dans un séminaire organisé par le CRID tandis qu’Eric Toussaint prenait la parole au séminaire organisé par le syndicat brésilien des employés du fisc. Salle comble (plus de 350 personnes) pour faire le lien entre la situation d’endettement et la fiscalité où comment rétablir la justice fiscale.

Bref, le CADTM a exploité à fond les occasions de faire passer le message en partenariat avec les multiples organisations avec lesquelles il travaille par ailleurs quasi au quotidien.

Diversité des interventions et des travaux

Aminata Barry (CAD/Mali) nous a représentés lors de la rencontre du Forum et de Lula. Celui-ci, après avoir raconté son histoire de syndicaliste et d’homme politique, semble avoir joué la prudence en rappelant qu’il n’avait somme toute que quatre ans de mandat pour faire face à la foule de problèmes sur lesquels les mouvements sociaux lui demandent d’agir...

Alain Saumon (CADTM France) a participé à toutes les réunions de rédaction de la Déclaration des mouvements sociaux. Gros travail en parallèle de toutes les activités du Forum, fastidieux parfois mais très important pour souder les différentes composantes du mouvement. Cette année, la Déclaration comporte un chapitre très clair sur la dette et, d’une manière générale, retranscrit le principe adopté en assemblée générale de la mise en place d’un réseau international permanent (Réseau Social mondial).

Le CADTM sélectionné par la Préfecture de Porto Alegre

Dès le premier jour, le CADTM a été contacté par la Préfecture. Celle-ci avait sélectionné quelques composantes du Forum pour réaliser des échanges avec les assemblées de quartier qui participent à l’élaboration du budget participatif. Quatre membres de la délégation (Solange Koné de Côte d’ivoire, Charles Owens du Sénégal, Hugo Ruiz Diaz de Belgique et Claude Quémar de France), ont donc passé une journée entière à rencontrer chacun de leur côté plusieurs assemblées de quartier et leurs animateurs. Echanges bien sûr sur le travail du CADTM, sur le budget participatif mais aussi des foules de questions sur les pays d’origine : « comment ça se passe chez vous la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
et l’altermondialisation ? »

Le point sur l’intervention du Réseau international

Nous avons passé en revue les différents chantiers en cours : l’Atelier d’Afrique de l’Ouest sur les Cadres Stratégiques de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) dont la première réunion prévue s’est tenue en mars, le sommet alternatif France Afrique (février), le Forum Social de Belgique (10 mai), la mobilisation contre le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. (29 mai au 1er juin) qui sera suivie d’une nouvelle réunion du réseau international CADTM, le 2e Forum Social Européen (Paris - St Denis en novembre), le séminaire « Dette et économie en Amérique latine » à Bruxelles (mai), le fonctionnement du réseau international... Tous ces rendez-vous

Des informations

Alexander Buzgalin, du mouvement Alternatives en Russie, est en contact avec le CADTM depuis de nombreuses années (1995, précisément). Il a participé à plusieurs de nos rencontres internationales à Bruxelles. La mise en réseau international du CADTM permet de travailler plus étroitement avec les mouvements d’Europe de l’Est. Il nous a expliqué qu’Alternatives existe depuis 10 ans et que ce réseau d’organisations et d’individus est présent dans une cinquantaine de villes en Russie ainsi qu’en Moldavie, en Ukraine, au Kazakhstan et en Biélorussie. Les activités d’Alternatives tournent autour de la réflexion théorique sur la gauche alternative, des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
communes avec les syndicats indépendants, des actions avec le mouvement no global contre l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
, la guerre...Alexander Buzgalin a proposé un cadre d’activité en commun avec le réseau CADTM : des campagnes peuvent être menées simultanément, des séminaires et conférences, des publications communes, des contributions scientifiques. Voici donc un nouveau pan d’activités qui s’ouvre pour le CADTM.

En ce qui concerne l’Argentine, Guillermo Gigliani (du Groupe des Economistes de Gauche né en 2002) et IsaacRudnik (Mouvement piquetero Barrios de pie) sont également très intéressés à renforcer des liens déjà existants avec le CADTM. Isaak constate, que dans la situation complexe de l’Argentine, la dette n’est pas suffisamment prise en compte par les acteurs sociaux comme obstacle majeur à la solution de la crise argentine. Guillermo participera au séminaire du CADTM sur l’Amérique latine organisé en mai à Bruxelles et invitera le réseau à une rencontre d’économistes en octobre à Buenos Aires. Il est intéressé à la structure internationale du CADTM ; il est donc attentif à établir des contacts également avec les délégués d’Afrique et d’autres pays dépendants.




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