Le G8 ? Illégitime !

7 juin 2005 par Attac France


Dans le cadre de la mobilisation internationale contre le sommet du G8 qui se tiendra en juillet en Ecosse, à Gleneagles, nous publions un texte qui reprend quelques-uns des éléments d’analyse du livre d’ATTAC paru en 2003 (aux Editions Mille et une Nuits) : Le G8 illégitime.

Depuis 1975, les sept pays les plus riches du monde, (États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Canada et Italie, plus depuis 1997 la Russie), se retrouvent tous les ans pour discuter des problèmes du monde dans un cadre confidentiel (les entretiens personnels à huis clos sont privilégiés). A l’origine, il s’agissait d’améliorer la coopération entre pays capitalistes : le système monétaire international Système monétaire international
SMI
Le SMI est un système de règles et de mécanismes institué par les États et les organisations internationales pour favoriser les échanges internationaux et assurer la coordination des politiques monétaires nationales. Celui qui est utilisé actuellement, est issu des accords de la Jamaïque (1976). Il a profondément amendé le système précédent organisé par les accords de Bretton Woods (États-Unis) en 1944.
entrait en crise, la suspension par les Etats-Unis de la convertibilité Convertibilité Désigne la possibilité légale de passer d’une monnaie à une autre ou d’une monnaie à l’étalon dans laquelle elle est officiellement définie. Dans le système actuel de taux de change libéralisés (c’est l’offre et la demande de devises qui détermine leurs cours respectifs - taux de change flottants), les monnaies flottent autour du dollar (étalon-dollar). en or du dollar en 1971 provoquant le flottement généralisé des monnaies. Les membres du G7 G7 Groupe informel réunissant : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. détiennent la majorité du capital de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, mais ils ont rapidement voulu indiquer à ces institutions les conduites économiques à suivre, au premier rang desquelles figure la libération des échanges commerciaux. La volonté d’accélérer les négociations du GATT GATT Le G77 est une émanation du Groupe des pays en voie de développement qui se sont réunis pour préparer la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à Genève en 1964. Le Groupe offre un forum aux PED pour discuter des problèmes économiques et monétaires internationaux. En 2021, le G77 regroupait plus de 130 pays. , puis de l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
, est constamment réaffirmée dans les communiqués. Le potentiel financier du FMI doit être accru et ses actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
encouragées. Les actions de l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupait en 2002 les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les USA et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. La Turquie est le seul PED à en faire partie depuis le début pour des raisons géostratégiques. Entre 1994 et 1996, deux autres pays du Tiers Monde ont fait leur entrée dans l’OCDE : le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995 et 2000, se sont ajoutés quatre pays de l’ancien bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie. Puis d’autres adhésions se sont produites : en 2010, le Chili, l’Estonie, Israël et la Slovénie, en 2016 la Lettonie, en 2018 la Lituanie et, en 2020, la Colombie est devenue le trente-septième membre.

Site : www.oecd.org
sont décrites de façon élogieuse.

Car s’il ne décide officiellement de rien, le G 7 est une jet set des plus influentes : en 2000, les 7 pays, représentant 12% de la population, totalisaient 45% de la production mondiale . Les dépenses militaires de ces pays représentaient 60% des dépenses totales dans le monde. Dans cet ensemble, la part des États-Unis demeure prépondérante (près de la moitié de la production et 60% de l’armement du G7).

Le G7/G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , auquel s’associe la Commission européenne, n’est pas un gouvernement mondial, d’autant qu’il n’existe pas de peuple mondial, mais non plus un simulacre. Avec ses réunions périodiques des chefs d’Etat et des ministres, ses « sherpas », conseillers permanents qui en assurent le secrétariat, sa mobilisation très large d’experts de toute nature, ses relais dans toutes les institutions internationales, son accès permanent à l’ensemble des médias, il fonctionne comme une institution mondiale permanente. Or, ce petit groupe de chefs d’Etat représentant les privilégiés de la planète s’arroge le monopole de décider pour tous. Certes, les dirigeants du G8 ont été élus démocratiquement pour conduire leur pays, mais nul ne les a mandatés pour gouverner le monde : leur prétention à jouer ce rôle est donc illégitime.

Lire derrière les mots

L’une des grandes difficultés de l’appréciation du rôle du G7/G8 réside dans la confusion possible entre la parole et l’action, entre ce qui est dit dans les communiqués et la part que prennent les sommets dans la conduite des affaires du monde. On sait ce que dit le G7/G8 et non ce qu’il fait. Il faut donc lire derrière les mots.

Son credo est explicitement formulé au début des années 80. Après s’être engagé à contrôler la fluctuation des taux de change et la stabilité des prix, après avoir resserré les rangs face à l’OPEP OPEP
Organisation des pays exportateurs de pétrole
En anglais, OPEC : Organization of the Petroleum Exporting Countries

En 2020, l’OPEP regroupe 13 pays producteurs de pétrole : Algérie, Angola, Arabie saoudite, Congo, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Irak, Iran, Koweït, Libye, Nigeria, Venezuela. Ces 13 pays représentent 40 % de la production de pétrole dans le monde et possèdent plus de 79 % des réserves connues. Créée en septembre 1960 et basée à Vienne (Autriche), l’OPEP est chargée de coordonner et d’unifier les politiques pétrolières de ses membres, dans le but de leur garantir des revenus stables. À cette fin, la production obéit en principe à un système de quota. Chaque pays, représenté par son ministre de l’Énergie et du Pétrole, se charge à tour de rôle de la gestion de l’organisation.

Afin de limiter leur production, l’OPEP est à l’initiative de la création de l’OPEP+, réunissant 10 autres pays producteurs dont 7 PED : Azerbaïdjan, Bahreïn, Brunei, Kazakhstan, Malaisie, Mexique, Oman, Russie, Soudan et Soudan du Sud.

Site : www.opec.org
et aux chocs pétroliers, le G7 affirme sa volonté politique. Au sortir de la récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres consécutifs. de 1982 aux Etats-Unis, la croissance rebondit, ouvrant une ère de triomphalisme néolibéral. Les politiques de Thatcher au Royaume-Uni et de Reagan aux Etats-Unis, la rigueur mise à l’ordre du jour par le gouvernement socialiste en France semblent enterrer les velléités keynésiennes. Curieusement, malgré le rappel du chômage « dans certains de nos pays », de la volonté de faire baisser les taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
, et de la nécessité de la vigilance par rapport aux mécanismes monétaires et financiers, l’optimisme américain s’impose dans les communiqués du G7 . Implicitement, selon l’argumentaire des déclarations, les États-Unis avaient fait la démonstration de la supériorité du néolibéralisme.
Malgré la contraction des taux de croissance, les communiqués de 1991 à 1994 continuent d’affirmer les principaux dogmes du credo néolibéral, en particulier ceux de l’équilibre budgétaire et de la rémunération de l’épargne. Les derniers communiqués, de 2001 et 2002, restent muets sur la récession de 2000-2001 aux États-Unis ou, dans tous les pays, sur la chute de la Bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). . Crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des pays de la périphérie, succession des crises monétaires et financières en Asie, Russie, Turquie et Amérique Latine... Les évènements n’ont pas de prise sur la philosophie du G7 : les pays de la périphérie doivent aller plus avant dans la libération des échanges, des mouvements de capitaux, l’équilibre budgétaire et les réformes structurelles. Dans le communiqué de 1998, la crise asiatique est analysée sans émotion excessive : « Les perspectives mondiales demeurent dans l’ensemble bonnes. Depuis notre dernière rencontre, toutefois, elles ont été temporairement assombries par la crise financière en Asie ». Le credo néolibéral est alors réaffirmé avec la conviction habituelle : 1, la crise est due au manque de transparence et à la mauvaise gestion des affaires publiques ; 2, le plan du FMI est la solution à court terme (le G8 déclarait apprécier le « contrôle exercé par le FMI sur le système monétaire international ») ; 3, à plus long terme, il faut renforcer la liberté du commerce et le libre mouvement des capitaux !

Dès 1998, les mêmes reconnaissaient cependant que la crise avait aussi mis en lumière certaines « faiblesses » au niveau de l’évaluation des risques et, partant, qu’il fallait « réformer les institutions financières internationales ». Il ne s’agit pas de remettre en question les règles, mais d’en contrôler le fonctionnement, compte tenu des dégâts. Dans l’esprit des responsables du G7, ces dégâts ont moins trait à la réduction des taux de croissance de certains pays engagés dans les réformes néo-libérales ou à la croissance des inégalités et de la misère, qu’à l’instabilité monétaire et financière susceptible de compromettre la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
du néolibéralisme.

Cette préoccupation se double finalement de la prise de conscience de la montée de la contestation et des résistances. Résultat : une place de plus en plus importante est prise par les bons sentiments dans les communiqués, qui se vident ainsi de réelle substance. Au début des années 2000, on pourrait croire que la préoccupation numéro un des gouvernements des principaux pays est désormais la lutte contre la pauvreté, l’amélioration des conditions de vie et la préservation de la planète ! Le zèle néolibéral cède ici largement la place à la propagande, même si personne n’a effectivement intérêt à la perpétuation des aspects les plus choquants des déséquilibres économiques et écologiques mondiaux. Des mesures positives sont d’ailleurs suggérées, comme l’allégement de la dette des plus pauvres (initiative prise à Cologne, en 1998), puis son éventuelle extension (elle concerne aujourd’hui 23 pays). Le FMI reconnaît en effet qu’entre 1980 et 1999, les pays du tiers-monde ont remboursé 3.350 milliards de dollars, soit six fois plus que ce qu’ils devaient en 1980. La dette extérieure totale représentait en 2000 l’équivalent de 37,4 % de leurs produits intérieurs bruts (PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
) cumulés, contre 18,2 % en 1980, et 114,3 % de leurs recettes d’exportation, contre 84,4 % il y a vingt ans.

En 2001, le G8 était enfin obligé de reconnaître que : « Au-delà de l’allègement de la dette », les discussions se sont « concentrées » sur une « plus grande participation des PED au commerce mondial » et sur « l’accroissement des investissements privés » qui n’ont pas donné, jusqu’ici, les résultats maintes et maintes fois annoncés.

Particulièrement dans certaines régions : écrasée sous le poids de la dette, l’Afrique subsaharienne n’attire en moyenne que 4% des investissements directs à destination des pays en développement (dont 60 % se concentrent sur l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Angola). A la veille du sommet d’Evian, Jacques Chirac annonce que la rencontre sera l’occasion de “prouver que le contrat conclu dans le cadre du NEPAD, Nouveau partenariat pour le développement, entre le G8 et l’Afrique est la source d’un nouvel élan et permet la réalisation de projets concrets qui transformeront ce continent”...

Le G8 s’est également engagé à lutter contre le sida, qui touche plus de 40 millions de personnes dans le monde, dont 90 % dans les pays en voie de développement. (95 % des malades d’Afrique subsaharienne n’ont accès à aucun traitement et sont condamnés à mort). Mais force est de constater que les 10 milliards de dollars annuels promis par le G8 en 2001 pour enrayer l’épidémie n’ont toujours pas été effectivement engagés. De plus, le Rapport du PNUD PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
2002 constate que « certains pays industrialisés d’où sont originaires les grands laboratoires pharmaceutiques, exercent des pressions sur les PED pour les dissuader de produire des versions génériques susceptibles de se substituer à ces médicaments sous brevet ». Il n’est donc pas étonnant que le G8 ait cru bon, pour sa part, de réaffirmer sa « détermination à maintenir des droits de propriété intellectuelle forts et efficaces » (2001). Dans ce contexte, il est donc pour le moins exagéré de déclarer que « les mesures prises par l’industrie pharmaceutique » visaient « à rendre les médicaments plus abordables » (2001) (...).

Les positions du G8, à l’égard de la « société civile », sont tout autant ambiguës. Pour préparer le Sommet mondial sur le développement durable d’août 2002 à Johannesburg, le G8 prévoyait de mettre en marche « un processus préparatoire inclusif avec la société civile » (Gênes 2001), alors qu’à l’extérieur de son enceinte, le même sommet excluait cette société en lançant ses troupes contre elle, avec la violence que l’on sait. « Nous ne pouvons pas laisser une minorité violente et irresponsable perturber nos discussions sur les graves questions qui se posent dans le monde ». Minorité qui regroupait cependant plus de 300.000 personnes venues crier leur opposition à des décisions politiques, arrêtées en leur nom sans la moindre concertation. Car le credo « mondialisateur » est, quant à lui, réaffirmé avec la violence usuelle : « Intégrer les pays pauvres dans l’économie mondiale est le moyen le plus sûr de répondre à leurs aspirations fondamentales » (...)

Le décalage est immense entre les intentions affichées du G8 et les politiques menées par ses membres dirigeants, véritable orchestration de l’ordre néolibéral. Face à ce directoire autoproclamé de la planète, un autre monde est possible. C’est pourquoi nous contestons la légitimité du G8 et nous exigeons sa dissolution.




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