Communiqué de presse

Le CADTM rejette la décision du FMI sur la dette

22 décembre 2005 par CADTM


Suite aux annonces des huit pays les plus industrialisés (G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. ) en juin
dernier, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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vient d’annoncer qu’il va annuler la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
de 19 pays
pauvres à son égard au début de l’année 2006. Son Directeur général,
l’Espagnol Rodrigo Rato, a qualifié ce moment d’« historique ». Tout laisse
donc à penser que la réduction de la dette est généreuse et que le FMI a
pris la mesure du problème. Ce qui est absolument faux.

Tout d’abord, 17 des 19 pays concernés par l’annonce du G8 sont des pays
pauvres et très endettés (PPTE PPTE
Pays pauvres très endettés
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en plusieurs étapes particulièrement exigeantes et complexes.

Tout d’abord, le pays doit mener pendant trois ans des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement structurel. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire. À la fin de ces trois années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %. Si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allégements de son service de la dette et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période varie entre un et trois ans, selon la vitesse de mise en œuvre des réformes clés convenues au point de décision. À l’issue, arrive le point d’achèvement. L’allégement de la dette devient alors acquis pour le pays.

Le coût de cette initiative est estimé par le FMI en 2019 à 76,2 milliards de dollars, soit environ 2,54 % de la dette extérieure publique du Tiers Monde actuelle. Les PPTE sont au nombre de 39 seulement, dont 33 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter l’Afghanistan, la Bolivie, le Guyana, Haïti, le Honduras et le Nicaragua. Au 31 mars 2006, 29 pays avaient atteint le point de décision, et seulement 18 étaient parvenus au point d’achèvement. Au 30 juin 2020, 36 pays ont atteint le point d’achèvement. La Somalie a atteint le point de décision en 2020. L’Érythrée et le Soudan n’ont pas encore atteint le point de décision.

Alors qu’elle devait régler définitivement le problème de la dette de ces 39 pays, cette initiative a tourné au fiasco : leur dette extérieure publique est passée de 126 à 133 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,5 % entre 1996 et 2003.

Devant ce constat, le sommet du G8 de 2005 a décidé un allégement supplémentaire, appelée IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale), concernant une partie de la dette multilatérale des pays parvenus au point de décision, c’est-à-dire des pays ayant soumis leur économie aux volontés des créanciers. Les 43,3 milliards de dollars annulés via l’IADM pèsent bien peu au regard de la dette extérieure publique de 209,8 milliards de dollars ces 39 pays au 31 décembre 2018.
) qui ont dû réaliser un véritable parcours
du combattant néolibéral : réduction drastique de leurs budgets sociaux,
privatisations massives, ouverture des marchés, libéralisation de leur
économie..., pour le plus grand profit des sociétés multinationales et des
investisseurs internationaux. Mais ce sont autant de coups très durs portés
aux conditions de vie des populations pauvres. Les deux pays non PPTE de la
liste, le Cambodge et le Tadjikistan, se sont déjà pliés eux aussi aux
exigences du FMI. Tous ces pays ont donc déjà payé très cher, en terme de
souffrances humaines, le droit d’être ainsi éligibles.

Le CADTM note l’absence dans la liste de la Mauritanie, alors qu’elle
aurait dû en faire partie. Les décisions prises lors du dernier sommet du
G8 étaient claires : les 18 pays ayant atteint le point d’achèvement de
l’initiative PPTE allaient bénéficier d’une annulation totale de leur dette
envers le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et la
Banque africaine de développement. Le FMI ne l’accorde que pour 17 pays,
excluant la Mauritanie. Dans le communiqué du FMI, il n’en est fait aucune
mention.

Depuis quelques jours, le bruit courait que 6 pays étaient menacés d’être
exclus de la liste, en totale contradiction avec les engagements des pays
du G8 qui règnent en maître au FMI. La forte mobilisation des organisations
impliquées dans le combat pour l’annulation de la dette, dont le CADTM, a
donc permis de faire pression efficacement sur le FMI qui en a réintégré 5 sur 6.

Pour le CADTM, la décision du FMI est à la fois inadaptée et inadmissible.
Inadaptée car elle ne concerne qu’un petit nombre de pays (19, représentant
moins de 5% de la population des 165 pays dits « en développement ») ;
inadmissible car elle renforce la domination que les créanciers imposent à
la planète entière par l’intermédiaire de la dette. En effet, afin de faire
accepter ses remèdes frelatés, le docteur FMI fait mine de prescrire des
stratégies de réduction de la pauvreté. Il se construit un alibi (de
maigres sommes saupoudrées sur de rares projets sociaux) tout en cachant
les graves effets secondaires : dans des pays où plus de 40 % du budget
sert à rembourser la dette, il interdit aux gouvernements de recruter et de
former suffisamment d’enseignants, d’aides-soignants, de médecins, etc., au
nom de sacro-saints principes comme la réduction de la fonction publique et
l’équilibre budgétaire.

Le CADTM se félicite que la pression citoyenne ait permis de réintégrer 5
pays dans la liste, mais exige du FMI qu’il explique pourquoi la Mauritanie
a été exclue alors qu’elle y figurait initialement.

Le CADTM considère que la démarche du FMI, et plus généralement les mesures
prises par l’ensemble des créanciers, ne sont que des leurres permettant de
détourner l’attention de l’opinion publique. Les revendications
essentielles demeurent l’annulation de la dette extérieure publique de tous
les pays en développement et l’abandon définitif des politiques
d’ajustement structurel. Cette dette ponctionne les richesses des pays du
Sud pour les envoyer vers de riches créanciers, ravage des régions
entières, répand la misère et la corruption. Cette dette est illégitime,
et, pour une large part, odieuse. Pour le CADTM, son annulation totale et
inconditionnelle n’est pas négociable.

Dette : le CADTM demande des explications au FMI sur la Mauritanie

PARIS, 22 déc 2005 (AFP) - Le Comité pour l’annulation de la dette du
tiers-monde "exige du FMI qu’il explique pourquoi la Mauritanie a été
exclue
" de la liste de dix-neuf pays dont le Fonds monétaire international
a annulé la dette, jeudi dans un communiqué.

Le FMI a confirmé mercredi qu’il annulait la dette de 19 pays pauvres, se chiffrant au total à 3,3 milliards de dollars.

Le CADTM « note l’absence dans la liste de la Mauritanie alors qu’elle aurait dû en faire partie ».

La Mauritanie est l’un des 18 pays pour lesquels le Groupe des huit pays les plus industrialisés (G8) avait demandé l’annulation de la dette au FMI, à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement.

Le FMI a ajouté deux pays à la liste établie par le G8, le Cambodge et le Tadjikistan, mais a estimé qu’il souhaitait procéder à des études complémentaires dans le cas de la Mauritanie, notamment sur la question des finances publiques.

Au-delà du cas mauritanien et des 19 pays concernés par cette mesure, le CADTM continue de revendiquer "l’annulation de la dette extérieure publique
de tous les pays en développement et l’abandon définitif des politiques d’ajustement structurel
« , estimant que la dette »ponctionne les richesses des pays du Sud pour les envoyer vers de riches créanciers« , qu’elle »ravage des régions entières« et »répand la misère et la corruption".



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