FSM : la caravane des mouvements sociaux vers Dakar

La caravane des mouvements sociaux se met en route pour le FSM de Dakar !

24 janvier 2011 par Pauline Imbach


C’est le grand départ : la caravane des mouvements sociaux se met en route ce 24 janvier 2011. Cette caravane est organisée par le CADTM Afrique en collaboration avec de nombreux mouvements sociaux et associations dont No Vox, l’association malienne des expulsés, l’association togolaise des expulsés, l’ONG Mars Togo, Visions solidaires Togo, Grami Afrique Centrale, les Attac d’Afrique, ROAD, ...

Au gré des étapes, dans des lieux emblématiques de luttes sociales, diverses organisations et citoyen-n-e-s se rendant à Dakar se joindront à la caravane. Le chemin parsemé de rencontres militantes constituera un réel espace d’échange et de partage. Objectifs : sensibilisation, conscientisation et mobilisation. Bien moins médiatique que l’horrible Paris-Dakar, ce Cotonou-Dakar des mouvements sociaux, s’annonce pourtant bien plus passionnant et pas moins sportif :

10 jours, 10 étapes, 10 thématiques, des centaines de participant-e-s, 3377 kilomètres !

Les pilotes du capitalisme n’ont qu’à bien se tenir, les peuples sont en marche pour affirmer et démontrer qu’un autre monde est possible !

Ouverture à Cotonou : pas de justice climatique sans justice sociale

Le ballet des activités a débuté ce 23 janvier à Cotonou au Bénin. Pour donner le coup d’envoi : cérémonie d’ouverture, conférence de presse et conférences étaient au rendez-vous. Deux thématiques centrales ont été abordées : les femmes et le changement climatique.

Deux cent personnes, dont 150 femmes, étaient présentes, dont les autorités locales qui ont été interpelées suite à l’inondation qui a touché le pays en novembre dernier. Les inondations ont fait de nombreuses victimes, des familles ont perdu leurs logements, les cultures ont été détruites et les prix des produits de base comme les oignons ou le maïs ont immédiatement augmenté sur les marchés.

Phénomènes de plus en plus fréquents et violents du fait des bouleversements climatiques, les femmes sont les premières victimes de ces inondations : elles représentent la population la plus fragile sur le plan économique, ce sont elles qui cultivent les produits de base ou qui sont commerçantes et ce sont elles qui doivent nourrir la famille.

Pas de doute, lors des activités de Cotonou : Il n’y aura pas de justice climatique sans justice sociale. Le changement climatique n’est pas neutre au niveau du genre, au contraire il constitue un mécanisme de renforcement des inégalités entre les hommes et les femmes. Tout processus émancipateur des femmes implique donc de lutter contre le changement climatique, et c’est bien ce défi que les participant-e-s comptent relever !

En route pour Dakar : les peuples sont en marche pour affirmer et démontrer qu’un autre monde est possible !

Le 24 janvier, la caravane prendra la route pour sa première étape : Cotonou-Ouidah : 42 kilomètres. Première étape tout a fait symbolique, voyage au cœur de l’histoire volée du continent africain : Ouidah a été l’un des principaux points d’embarquement des esclaves vers les Amériques. Sur les onze millions d’Africains exilés par la traite occidentale près de deux millions sont partis de la baie du Bénin, dont 60 % à partir des deux principaux ports à centraliser le trafic : Ouidah et Lagos.

La caravane des mouvements sociaux poursuivra ensuite son chemin, chargée par le souvenir des luttes antiesclavagistes pour se rendre à Lomé, où elle s’adressera à la jeunesse de la capitale togolaise. Pour cette deuxième escale, c’est la jeunesse, le mouvement altermondialiste et la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
qui seront à l’honneur. Représentation théâtrale sur la dette au campus universitaire, conférence de presse et jeux de sensibilisation seront au programme.

Le 25 janvier, les caravanier-e-s parcourront 355 kilomètres pour rejoindre Sokodé où les droits des migrant-e-s et la démocratie seront au cœur des débats et activités. Puis, destination Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, pays du célèbre Thomas Sankara, emblème des luttes africaines pour l’émancipation des peuples contre l’impérialisme et le néocolonialisme. Arrivée prévue le 27 janvier, 574 kilomètres seront à parcourir. A Ouaga, la culture on aime ça ! Avec des artistes militant-e-s, gros plan sur le mouvement altermondialiste. S’en suivra une autre étape au pays des Hommes intègres dans la ville de Houndé pour y célébrer une agriculture vivrière et la souveraineté alimentaire, et s’opposer aux OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
 ! Après un passage à Bobo-Dioulasso, seconde ville du pays, la caravane des mouvements sociaux arrivera au Mali, le 29 janvier, après avoir vaillamment parcouru 645 kilomètres depuis Ouagadougou.

Mali Mali ! Destination Sikasso, où s’est tenu en 2007 le Forum des peuples. Cette fois, c’est autour de la question de l’intégration régionale que les discussions porteront.

Après 370 kilomètres, l’arrivée à Bamako est prévue le 31 janvier pour mobiliser autour des questions de l’accaparement des terres et de la souveraineté alimentaire. Question au cœur de l’actualité africaine, puisque, selon la FAO (en 2007), 2,5 millions d’hectares de terres ont été achetés en Afrique par des États étrangers, des multinationales ou des fonds de pension Fonds de pension Fonds d’investissement, appelé aussi fonds de retraite, qui a pour vocation de gérer un régime de retraite par capitalisation. Un fonds de pension est alimenté par l’épargne des salariés d’une ou plusieurs entreprises, épargne souvent complétée par l’entreprise ; il a pour mission de verser des pensions aux salariés adhérents du fonds. Les fonds de pension gèrent des capitaux très importants, qui sont généralement investis sur les marchés boursiers et financiers. , soit l’équivalent du territoire de la Belgique.

Dernière étape avant l’entrée au Sénégal, cap sur Kayes, où la question des migrations sera de nouveau au cœur des activités.

La caravane quittera alors le Mali pour atteindre Tambacounda au Sénégal le 3 février. Là, discussions et activités sur les extractions minières, avant de reprendre la route pour Kaolack, dernière étape avant Dakar. Kaolack est une étape clé de la caravane puisqu’il s’y tiendra pendant trois jours un forum sur les luttes des femmes au nord et au sud de la planète (organisé par le CADTM).

La caravane promet d’être riche en aventures, rencontres et débats ! La caravane des mouvements sociaux participera ensuite pleinement au forum social mondial, en portant haut et fort les revendications amassées sur son chemin.

Bonne route à ses participantes et participants et bon vent à leurs activités et revendications !




Autres articles en français de Pauline Imbach (67)

0 | 10 | 20 | 30 | 40 | 50 | 60