La 3e Assemblée mondiale du réseau du CADTM s’est ouverte le 13 novembre 2021, à Dakar au Sénégal

18 novembre par Anaïs Carton


Près de 40 délégué.es des organisations membres du réseau du CADTM International s’y sont rassemblé.es en présentiel, malgré les difficultés de voyager dans le contexte Covid que nous traversons. Au total, une vingtaine de pays y étaient représentés, dont l’Afrique du Sud, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’ivoire, la Guinée Conakry, le Gabon, Haïti, le Kenya, le Mali, le Maroc, le Niger, la République démocratique du Congo, la Tunisie, le Togo, la Belgique, la France, et bien sur le Sénégal. Une cinquantaine de personnes étaient connectées pour suivre l’Assemblée en ligne, dont des délégué.es d’organisations membres de divers pays, notamment d’Argentine, du Brésil, de la Colombie, d’Inde, du Japon, du Pakistan, de Puerto Rico, du Portugal et d’Uruguay.

L’ouverture de l’Assemblée mondiale du réseau (AMR) a été inaugurée par Omar Aziki, membre du secrétariat national d’ATTAC CADTM Maroc et du secrétariat international partagé du CADTM. Il a rappelé que le réseau s’est élargi et qu’il a renforcé des synergies militantes avec d’autres partenaires sur les différents continents. Concernant les perspectives du réseau CADTM, il doit contribuer aux luttes contre le capitalisme à l’échelle mondiale et au développement des alternatives basées sur la souveraineté des peuples et la solidarité internationale.

Éric Toussaint, porte-parole du CADTM International, a ensuite présenté un rapport sur la situation mondiale, qui comprend des constats importants : il y des tendances lourdes de la crise du capitalisme et les dettes publiques ont très fortement augmenté partout dans le monde, en particulier dans les pays du Nord. Il a également rappelé le lien entre la crise écologique, la pandémie et le système capitaliste. Évoquant les offensives patriarcales, néocoloniales ou encore contre le travail, il a rappelé que la lutte contre les dettes illégitimes, tant publiques que privées, est centrale, un défi qui reste majeur pour le CADTM. 

Broulaye Bagayoko, membre de la Coalition des Alternatives Africaines dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et Développement (CAD-Mali) et Secrétaire du CADTM Afrique, a présenté la situation sur le continent. Il y a rappelé l’inquiétante militarisation des différentes régions, au nom de la lutte contre le terrorisme ; de même que le caractère mortifère des politiques migratoires européennes qui se concrétisent par des accords d’externalisation des frontières de l’Europe dans les pays du Sahel.

Maria Elena Saludas, membre d’Attac Argentine et porte-parole du CADTM-AYNA, a présenté le rapport pour la situation en Amérique latine. Il est clair, a-t-elle rapporté, qu’en Amérique latine la crise n’est pas imminente, elle est permanente ! Il suffit d’analyser les mécanismes d’extraction de nos biens communs, la perte des droits et des salaires de subsistance, d’un système de mort insatiable et vorace (capitalisme) qui utilise le système de la dette comme mécanisme majeur de transfert de la plus-value Plus-value La plus-value est la différence entre la valeur nouvellement produite par la force de travail et la valeur propre de cette force de travail, c’est-à-dire la différence entre la valeur nouvellement produite par le travailleur ou la travailleuse et les coûts de reproduction de la force de travail.
La plus-value, c’est-à-dire la somme totale des revenus de la classe possédante (profits + intérêts + rente foncière) est donc une déduction (un résidu) du produit social, une fois assurée la reproduction de la force de travail, une fois couverts ses frais d’entretien. Elle n’est donc rien d’autre que la forme monétaire du surproduit social, qui constitue la part des classes possédantes dans la répartition du produit social de toute société de classe : les revenus des maîtres d’esclaves dans une société esclavagiste ; la rente foncière féodale dans une société féodale ; le tribut dans le mode de production tributaire, etc.

Le salarié et la salariée, le prolétaire et la prolétaire, ne vendent pas « du travail », mais leur force de travail, leur capacité de production. C’est cette force de travail que la société bourgeoise transforme en marchandise. Elle a donc sa valeur propre, donnée objective comme la valeur de toute autre marchandise : ses propres coûts de production, ses propres frais de reproduction. Comme toute marchandise, elle a une utilité (valeur d’usage) pour son acheteur, utilité qui est la pré-condition de sa vente, mais qui ne détermine point le prix (la valeur) de la marchandise vendue.

Or l’utilité, la valeur d’usage, de la force de travail pour son acheteur, le capitaliste, c’est justement celle de produire de la valeur, puisque, par définition, tout travail en société marchande ajoute de la valeur à la valeur des machines et des matières premières auxquelles il s’applique. Tout salarié produit donc de la « valeur ajoutée ». Mais comme le capitaliste paye un salaire à l’ouvrier et à l’ouvrière - le salaire qui représente le coût de reproduction de la force de travail -, il n’achètera cette force de travail que si « la valeur ajoutée » par l’ouvrier ou l’ouvrière dépasse la valeur de la force de travail elle-même. Cette fraction de la valeur nouvellement produite par le salarié, Marx l’appelle plus-value.

La découverte de la plus-value comme catégorie fondamentale de la société bourgeoise et de son mode de production, ainsi que l’explication de sa nature (résultat du surtravail, du travail non compensé, non rémunéré, fourni par le salarié) et de ses origines (obligation économique pour le ou la prolétaire de vendre sa force de travail comme marchandise au capitaliste) représente l’apport principal de Marx à la science économique et aux sciences sociales en général. Mais elle constitue elle-même l’application de la théorie perfectionnée de la valeur-travail d’Adam Smith et de David Ricardo au cas spécifique d’une marchandise particulière, la force de travail (Mandel, 1986, p. 14).
. Cependant, les grands soulèvements populaires qui ont secoué divers pays d’Amérique latine expriment un vent nouveau et sain et un contexte plus aigu de lutte des classes.

Sushovan Dhar, membre du CADTM Inde a présenté le rapport sur la situation en Asie. La crise sanitaire a mis en évidence la fragilité des systèmes de santé dans la plupart des pays asiatiques (Inde, Japon, Thaïlande, Malaisie, Philippines, etc.), dont les économies se trouvent par ailleurs particulièrement touchées par la crise. Celle-ci a entraîné un chômage de masse, une précarité accrue et une vulnérabilité croissante pour la majeure partie des travailleur.euses. Une crise de la dette (privée et publique) est imminente et pourrait avoir des ramifications au-delà des régions/du continent. Même les économies considérées comme stables, comme la Chine et la Corée du Sud, sont accablées par une énorme dette privée qui peut exploser à tout moment.

Pour conclure cette première journée et ces riches interventions, la modératrice de la journée, Anaïs Carton du CADTM Belgique, a rappelé ce qui pour elle est le trait saillant de ces interventions : de nombreuses luttes sont en cours dans tous les continents. Le séminaire « Femmes, dettes et microcrédit : enjeux et perspectives dans le contexte du Covid-19 » qui s’est tenu à Rufisque, au Sénégal, en amont de l’AMR en est une des démonstrations évidentes.

Une discussion générale sur les différentes présentations ouvrira la seconde journée de cette AMR. A suivre donc !




Anaïs Carton

Permanente au CADTM Belgique

Autres articles en français de Anaïs Carton (19)

0 | 10