Dossier sur les Forum sociaux mondiaux 2006 de Caracas et Bamako

dossier

16 janvier 2006 par CADTM


Dossier Forums Sociaux

- AVANT CARACAS ET KARACHI ... BAMAKO !

Ainsi donc, cette année, le Forum social mondial s’est fait
« polycentrique ». Pour la deuxième fois, après Mumbaï (Inde) en 2004, il a quitté Porto Alegre et son berceau « gaucho » pour rallier quasi-simultanément Bamako, au Mali, et Caracas, au Venezuela, avant de migrer vers sa troisième destination, Karachi, au Pakistan, à la fin du
mois de mars. Voici quelques échos de la première déclinaison de ce Forum social mondial 2006, et des activités que le CADTM y a tenues.

+++ Bilan du FSM de Bamako
par Claude Quémar (CADTM France)

Ce bilan ne concerne que les activités auxquelles nous avons pu participer et un sentiment général sur le forum dans son ensemble. Les activités organisées ou soutenues par le CADTM, le CAD Mali et nos partenaires ont
permis de montrer l’importance de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et ses liens avec d’autres problématiques : souveraineté, privatisations, commerce, souveraineté alimentaire, migrations internationales. Le forum étant organisé par
espaces thématiques, relativement éloignés les uns des autres, le danger était de se retrouver enfermés dans un ghetto, entre nous. Fort heureusement, nos ateliers ont connu un succès significatif (de 20 à 80 participants), des débats riches et concrets.(...)

>>> http://www.cadtm.org/article.php3?i...

+++ Le Forum de Bamako vu par Susan George (ATTAC France). Extraits.

Ignacio Ramonet (directeur du Monde diplomatique, NDLR) a fait à Bamako une intervention structurée et politique : pour lui, l’évènement était conçu pour permettre de faire avancer le mouvement altermondialiste vers la dernière de quatre étapes. 1. Identifier la nature de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.

néo-libérale et ses acteurs. 2. Les contester à travers manifs et protestations. 3. Rassembler tous ceux qui protestaient. 4. Proposer, en s’inspirant de la conférence de Bandung pour, enfin, créer cet acteur collectif qui doit être un acteur politique. Sur ce point, tous les participants du FSM proprement dit ne seraient sans doute pas d’accord.(...)

>>> http://www.cadtm.org/article.php3?i...

+++ FSMP : et après Bamako ?
par Le Républicain

Un des objectifs de cette rencontre intercontinentale qui s’est déplacée pour la première fois en Afrique pour se tenir dans la ville cosmopolite de Bamako, c’est de marquer un pas de plus mais un pas décisif dans le
combat « un autre monde est possible ». Pendant cinq journées dignes du marathon, 700 activités se sont déroulées. Des conférences animées par des spécialistes de haut niveau, une participation significative des milieux
paysans et populations rurales le tout alimenté par des débats jugés très fécond selon le nombre et la qualité des participants au FSMP de Bamako. A quelques heures de la fin de cet événement historique, votre journal a cru
bon de savoir déjà en quoi cette rencontre de Bamako a été positive et surtout savoir ce qui va permettre de garantir ses résultats. Certains participants du mouvement social africain et européen ont bien voulu donner leurs impressions. Au nombre de ceux-ci M. Olivier Bonfond, membre du Comité pour l’annulation de la Dette du Tiers Monde (...)

>>> http://www.cadtm.org/article.php3?i...

+++ Bamako : la dette rassemble les altermondialistes africains
par Le Jeune Indépendant.

Mis à part les combats ponctuels propres à chaque pays, les entraves au
développement, en particulier la dette, semblent être la question qui
rassemble les altermondialistes africains. Pour le Sud-Africain Dale
McKinley, porte-parole du Forum anti-privatisation, au delà de l’accès aux
services de base : eau, électricité, logement, éducation, santé, « l’autre
grand thème, c’est la dette, qui affecte le développement ».
Chaque année, la Coalition des alternatives africaines dette et
développement (Cad-Mali) organise d’ailleurs un « sommet des pauvres », en
contrepoint du sommet du G-8 qui rassemble les pays riches de ce monde. Le
mouvement altermondialiste en Afrique peine à mobiliser et se heurte aux
problèmes de communication inhérents au continent le plus pauvre, qui,
avec 10% de la population mondiale, représente moins de 1,5% du commerce
international.(...)

>>> http://www.cadtm.org/article.php3?i...

+++ Aminata Touré Barry : « Nous vivons sur un continent appauvri par des politiques imposées à nos gouvernements »
par L’Humanité.

Présidente de la Coordination des alternatives africaines dette et développement (CAD-Mali), Aminata Touré Barry compte parmi les organisateurs du Forum social mondial. Entretien.

>>> http://www.cadtm.org/article.php3?i...

+++ A lire sur le site d’ATTAC, l’Appel du consensus de Bamako
>>> http://www.france.attac.org/a5972

+++ A lire sur le site de Hactivist News Service, la contribution de l’AG des mouvements sociaux lors du FSM de Bamako
>>> http://www.hns-info.net/article.php...

+++ Visitez également : http://www.fsmmali.org/


- APRES BAMAKO ET AVANT KARACHI ... CARACAS !

Après vous avoir donné quelques échos de Bamako, en voici du Forum social de Caracas qui s’est tenu du 24 au 29 janvier.

« UN AUTRE MONDE EST NECESSAIRE. AVEC TOI, C’EST POSSIBLE ! » Nombreux
étaient ceux qui craignaient encore, à quelques jours de l’ouverture du
Forum, que celui-ci ne soit un gigantesque chaos, voire un échec en termes
d’organisation et de logistique. Tout s’est heureusement bien passé, in
extremis, et l’intervention du gouvernement vénezuélien n’y est pas pour
rien. Sa contribution, notamment en matière d’infrastructures et de
transports, a sans doute été décisive. Pour autant, et malgré
l’omniprésence d’un « merchandising » pro-Chavez ahurissant (Chavez est
partout à l’extérieur des bâtiments qui abritent les travaux du Forum :
affiches, pin’s, tee-shirts, casquettes à son effigie - souvent associée à
celle du Che) ainsi que d’un “Festival de la démocratie révolutionnaire”
qui vantait sur l’avenue Bolivar la politique sociale de Chavez,
l’autonomie du Forum et de ses travaux n’a pas été remise en question. Le
FSM n’a pas été récupéré par Chavez. Ne serait-ce d’ailleurs pas plutôt le
FSM qui a récupéré Chavez ? (lire sur ce point l’interview de Christophe
Ventura, d’ATTAC France, par Renaud Lambert, in Le Courrier. Lien :
http://www.cadtm.org/article.php3?i...)

Succès pour le FSM de Caracas, donc. Malgré la dispersion des quelque
2.200 activités du Forum social aux quatre coins de la ville (le métro de
Caracas n’a désormais plus guère de secrets pour les participants, qui ont
squatté ses rames climatisées pour rallier - à l’oeil s’il vous plait -
les différents sites accueillant le FSM), le public était au(x)
rendez-vous, attentif et passionné, enthousiaste et critique, à l’affût
des arguments utiles à la compréhension et à la délégitimation des
logiques et des institutions du capitalisme mondialisé. La dette, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
,
la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, l’Organisation mondiale du Commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
, l’ALCA (Zone de
libre-échange des Amériques), et les politiques néolibérales -
privatisations, délocalisations, pillages des biens communs et des
ressources naturelles, casse des services publics, détricotages sociaux,
saccages écologiques, etc. - en ont pris pour leur grade. Au même titre
que la guerre, les guerres - celles d’Irak, de Palestine, d’Afghanistan ou
de Colombie - et les politiques impériales dont elles sont l’inacceptable
et tragique expression. Ainsi, c’est d’abord contre la guerre que
plusieurs dizaines de milliers de personnes ont marché dans les rues de
Caracas le mardi 24 janvier, en ouverture du Forum social.

Et c’est contre la guerre que marcheront les peuples du monde, les 18 et
19 mars prochains : un rendez-vous confirmé et placé en tête des
mobilisations prioritaires par l’Assemblée des mouvements sociaux, une
nouvelle fois réunie à l’occasion du Forum social, avec l’assentiment
unanime des participants au FSM.

Environ 100.000 personnes ont participé à ce forum. Si les Argentins,
Brésiliens, Colombiens étaient présents en masse, de même que les Cubains
et les... Etats-Uniens, venus témoigner à Caracas de leurs luttes et de
leur détermination à combattre l’administration Bush, les Vénézuéliens
(surtout des couches populaires) et leurs organisations étaient quant à
eux peu représentés - et, il fut aisé de s’en rendre compte, très peu
informés de la tenue du Forum. La faible participation des Asiatiques et
des Africains, et, dans une moindre mesure, des européens, tendait par
ailleurs à donner au FSM une allure de forum... continental.

L’enjeu principal de cette sixième édition du FSM : avancer
significativement dans l’élaboration et la proposition d’alternatives
concrètes. Les progrès enregistrés en ce sens à Porto Alegre, en janvier
2005, se sont vus confirmés par les travaux de cette année.

Après avoir fait la preuve de sa capacité à délégitimer aux yeux des
populations de la planète le néolibéralisme et ses dogmes destructeurs,
après avoir démontré que le sinistre horizon capitaliste ne constitue pas
une fatalité, le mouvement altermondialiste piaffe, impatient de passer du
débat à l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
, de passer à la mise en œuvre des alternatives dont il se
veut l’artisan.

La tenue du Forum à Caracas aiguisait bien entendu considérablement cet
appétit. Pour la première fois, le mouvement social mondial venait à la
rencontre de la « Révolution bolivarienne » (en hommage à Simon Bolivar, le
« libérateur » de l’Amérique latine), ce processus populaire en train de
donner corps à certaines des attentes des opposants à la mondialisation
néolibérale, quelles que soient les difficultés et les contradictions
rencontrées dans leur mise en œuvre : démocratie participative, réforme
agraire, souveraineté sur les ressources naturelles, accès pour tous à
l’éducation, à la santé, à la retraite, garantie des droits élémentaires
pour les populations marginalisées - notamment les indigènes -, lutte
efficace contre l’analphabétisme, promotion des médias communautaires, des
services publics et du secteur coopératif, participation des travailleurs
à la gestion des entreprises, nationalisations, etc.

Autant de rêves jusqu’ici seulement caressés par le mouvement « alter »...
qui découvre, au Venezuela (dans un contexte également intéressant pour
les luttes sociales dans d’autres pays de la région - Bolivie, Chili,
Uruguay...), que certains de ces rêves sont tout bonnement en train de
devenir réalité. Et, simultanément, qu’ils ne sont pas le fruit de
l’obstination de quelques uns, mais de la participation du plus grand
nombre, de la mobilisation d’une majorité de la population. Un puissant
antidote à la résignation et au fatalisme, qui donne évidemment des idées
aux militants de tous horizons réunis à Caracas, dont beaucoup repartiront
avec, en poche, le (tout) petit et omniprésent livre bleu de la nouvelle
constitution bolivarienne...

LES SIX GRANDS THEMES DU FORUM... qui prennent un relief particulier dans le
contexte vénézuélien : le pouvoir politique et les luttes pour
l’émancipation sociale ; la résistance des peuples face aux stratégies
impérialistes ; les ressources et droits pour la vie relative aux questions
environnementales ; les diversités, identités et cosmovisions en mouvement,
qui aborderont la pluralité et l’interculturalité, le racisme et la
reproduction de l’ordre colonial ; le travail, l’exploitation et la
marchandisation de la vie (précarisation, exclusion, inégalité et pauvreté
Nord-Sud) ; la communication, la culture et l’éducation comme droits pour
tous.

L’ASSEMBLEE DES MOUVEMENTS SOCIAUX. Expression de la volonté partagée de
voir la dynamique anti-néolibérale déboucher sur des actions et des
alternatives concrètes, l’assemblée des mouvements sociaux s’est réunie à
Caracas, comme elle le fait désormais habituellement lors des forums
mondiaux et continentaux. Elle a réuni plus de 400 personnes le dimanche
29 janvier, qui ont adopté un texte commun de revendications et de
propositions, ainsi qu’un agenda d’actions pour l’année 2006 (voir
prochainement en francais sur le site du CADTM, www.cadtm.org). Citons
notamment la mobilisation mondiale contre la guerre des 18 et 19 mars, le
mobilisation contre le sommet du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. prévu à Saint-Pétersbourg (Russie) du
15 au 18 juillet, ainsi qu’une action internationale contre la Banque
mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), qui débouchera sur une
occupation des locaux de ces institutions dans de nombreux pays, le même
jour, en septembre prochain.

REUNION AVEC HUGO CHAVEZ. Dans le prolongement des travaux de l’assemblée
des mouvements sociaux, quelque 200 représentants de mouvements,
campagnes, réseaux, organisations se sont réunis avec le président Chavez,
le dimanche 29 janvier en fin de journée, après la clôture officielle du
Forum. C’était la deuxième rencontre entre Chavez et des représentants de
ces mouvements en moins d’une semaine.

Dans un premier temps, des représentants de grandes campagnes (Camille
Chalmers, de Jubilé Sud, de la Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un
développement alternatif - PAPDA - et du CADTM pour les campagnes contre
la dette) ont pu présenter au président vénézuélien leurs luttes, leurs
revendications et leurs propositions. Camille Chalmers a ainsi pu avancer
la proposition d’un audit de la dette du Venezuela, proposition dont Hugo
Chavez a annoncé qu’elle serait étudiée de manière approfondie par son
gouvernement. Le président est ensuite longuement intervenu pour insister
notamment sur la nécéssaire et naturelle connexion à établir entre les
luttes de la planète et le processus « bolivarien » en cours au Venezuela.

« Le Forum social fait partie de notre lutte contre le néolibéralisme,
mais nous devons l’accompagner nécessairement par une stratégie visant le
pouvoir », a en outre déclaré Chavez, citant en exemple l’élection le mois
dernier d’Evo Morales, ancien syndicaliste et défenseur des droits des
communautés indiennes à la présidence de la Bolivie. Paraphrasant Ernesto
« Che » Guevara, Chavez a appelé à la création « d’une, deux, trois Bolivies
en Amérique latine, dans les Caraïbes, pour contrer les politiques
« néolibérales » et « sauvages » de Washington ».

Ces deux rencontres entre des mouvements sociaux et un président sont les
premières du genre. Si elles ont fait grincer quelques dents et crisser
quelques plumes de journalistes toujours prompts à dénigrer Hugo Chavez
et/ou les opposants à la mondialisation libérale, elles n’en sont pas
moins, pour nombre de participants, une étape intéressante pour le
renforcement des luttes menées par le mouvement altermondialiste, dans la
mesure ou le Venezuela, son gouvernement et son président rejoignent le
mouvement dans son combat contre le capitalisme pour lui substituer
d’autres modèles de développement, socialement justes et écologiquement
soutenables. Chavez parlant lui explicitement de « socialisme du XXIe
siècle ».

UNE DYNAMIQUE RENFORCEE. Le processus du FSM sort indéniablement renforcé
du Forum de Caracas, malgré les problèmes logistiques, la faible présence
de la population vénézuélienne ou le recul que représente, par rapport à
l’édition 2005 du Forum, l’éparpillement géographique des activités à
Caracas. Au niveau de l’Amérique latine également, la coordination des
luttes sociales a progressé, par exemple dans la lutte contre l’ALCA.

ET EN 2007 ? L’année prochaine, c’est à Nairobi, au Kenya, que le Forum
social mondial, « dépolycentrisé » (sic) prendra ses quartiers, pour une
première édition sur le continent africain.

LES ACTIVITES CADTM

Le CADTM était présent dans la capitale vénézuélienne avec une délégation
d’une dizaine de personnes et un programme d’activités chargé : une bonne
quinzaine de conférences, de séminaires, de débats consacrés à la dette et
à la lutte pour son abolition. Des activités organisées par le CADTM ou
co-organisées avec de nombreux réseaux, mouvements et campagnes
partenaires. Au menu, notamment : la question de l’audit de la dette,
« mécanisme de reconquête de la souveraineté » ; la constitution d’un front
de pays pour le non-paiement de la dette ; des études de cas : ceux de
l’Argentine et du Venezuela ; la justiciabilité du FMI (Fonds monétaire
international) et de la Banque mondiale ; la construction d’alternatives à
la domination financière ; le droit au développement ; la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
 ;
les perspectives pour une nouvelle campagne internationale contre la
dette. Etc.

Le séminaire consacré à la dette du Venezuela a revêtu une importance
particulière : il s’est tenu en présence de l’ex-président de la banque
centrale du Venezuela (jusqu’en janvier 2005), Diego Luis Castellanos, et
de Francisco Mieres, spécialiste des questions pétrolières, membre de
l’Académie des sciences économiques. Tous deux se sont prononcés pour le
non-paiement de la dette et pour son abolition, ainsi que pour la sortie
du Venezuela de la Banque mondiale, du FMI, de l’OMC, pour la création
d’un Fonds monétaire et d’une banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. pour l’Amérique latine. Ils
apportent leur soutien aux travaux du CADTM et renforceront leur
collaboration avec son réseau.

Soulignons également ici la réunion d’une délégation internationale du
CADTM avec la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, avec la
participation de son président, de son vice-président et de cinq députés.
L’Assemblée vénézuelienne compte en effet se saisir de la question de la
dette pour trouver une issue à la situation actuelle.

L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DE LA DETTE (http://www.oid-ido.org). Un an
après son lancement à Porto Alegre en janvier 2005, l’OID a fait l’objet
de plusieurs réunions, et continue son développement de manière
enthousiasmante. Une coordination sud-américaine de l’OID a ainsi vu le
jour, pour répondre à la forte présence sud-américaine parmi ses membres.
La prochaine rencontre annuelle de l’OID a en outre été programmée pour le
mois de septembre prochain, à... Caracas. Une publication est également au
programme dans les prochains mois.

ECHOS MEDIATIQUES. Une fois de plus - mais peut-être encore davantage que
lors de ses précédentes participations aux forums sociaux -, ces activités
et, plus largement, les revendications et les propositions du CADTM ont
bénéficié d’une attention et d’une couverture médiatique considérable.
L’existence au Venezuela de chaînes de télévision publiques engagées dans
le processus de révolution « bolivarienne » n’y étaient évidemment pas
pour rien. Reste que les délégués du CADTM ont été particulièrement
sollicités par les médias, vénézuéliens et internationaux (Telesur, Vive
TV, VTV, télévision de l’Assemblée nationale, Terra Viva, Libération...),
tant sur la question de la dette que sur les alternatives au modèle
néolibéral et sur le mouvement altermondialiste.

Très prochainement sur le site du CADTM, un reportage photo sur le FSM de Caracas vous sera proposé.




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