FSM : la caravane des mouvements sociaux vers Dakar

De Ouidah à Lomé : des ancêtres esclaves à la jeunesse en lutte

25 janvier 2011 par Pauline Imbach


Après quelques kilomètres le long de la côte béninoise, la caravane des
mouvements sociaux est arrivée à sa première étape : Ouidah au Bénin, un
des principaux points d’embarquement des esclaves vers les Amériques. Les
participant-e-s venu-e-s du Bénin, du Cameroun, du Togo, de France et
de Belgique ont découvert l’histoire de ce lieu à travers le récit d’un
militant du CADTM de Ouidah. En parcourant la route des esclaves de la
place Chacha où se déroulaient les enchères publiques des esclaves
destinés aux Amériques à la porte de non retour par laquelle ils
quittaient à jamais leur pays, chacun-e a rendu hommage aux personnes
déportées. Beaucoup d’émotions étaient au rendez-vous. Les participant-e-s
ont tenu a rappeler dans ce lieu symbolique les liens de solidarités qui
les unissent, comme pour conjurer ce terrible passé.
Histoire commune, lutte commune !

La porte du non retour qui fait face à l’océan fait également
inévitablement penser à la situation actuelle des migrant-e-s. Forcé-e-s
de quitter leur pays, leur famille et leurs ami-e-s dans l’espoir d’une
vie meilleure. Voyage souvent sans retour, pour dans le meilleur des cas
atteindre « la terre promise » et servir de main d’œuvre bon marché aux
négriers du monde moderne.

Cet endroit a été l’occasion de rappeler que l’esclavage n’est pas
totalement aboli, qu’il persiste sous de nouvelles formes, comme le disait
Thomas Sankara, les peuples sont soumis à « un esclavage au goût de notre
temps
 ».
C’est bien contre cet esclavage moderne que les caravanières et
caravaniers sont en marche vers le Forum Social Mondial de Dakar. Il est
en effet urgent de rompre avec la logique mortifère du capitalisme.
Imposée aux peuples, entre autre, par les Institutions Financières
Internationales avec en chef de file, la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, elle
annihile toute possibilité d’émancipation et de liberté.

«  Nous avons choisi de faire triompher l’espoir sur la peur, nous avons
choisi de dire non à la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 » Voilà le message qui a accueilli la
caravane à Lomé. A travers une pièce de théâtre interprété par des
militant-e-s d’ATTAC/CADTM Togo, les jeunes ont pris le relais du message
évoqué à Ouidah. Une soixantaine de personne ont assisté à cette
représentation qui dénonçait non seulement la question de la dette, mais
revenait également sur la corruption et l’avidité des « élites ». A
travers l’humour cette pièce de théâtre a posé des messages forts et
engagés. Certaines répliques ont été ovationnées comme par exemple, des
références au discours contre la dette de Thomas Sankara.

Cette première étape a permis de faire des liens entre les luttes passées,
contre l’esclavage et les luttes actuelles, contre l’imposition d’un
modèle économique et social. La jeunesse mobilisée à Lomé montre qu’un
autre monde est déjà en marche !

Togo : départ de la caravane du Forum Social mondial



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Une centaine de togolais et de béninois ont pris hier matin la route du Sénégal ou ils prendront part au Forum Social mondial prévu entre le 6 et 11 février prochain. Interview de Samir Abi, l’un des organisateurs de cette caravane.




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