Comment réarmer le féminisme comme alternative essentielle : présentation du module « Femmes » du CADTM

23 juillet 2009 par Christine Vanden Daelen , Agathe Chamous Larisse


Le CADTM n’est pas une organisation de femmes mais sa visée émancipatrice nécessite de prendre à bras le corps la thématique des luttes féministes. Ainsi, le module « femmes » s’inscrit dans un travail volontariste d’élaboration d’outils pédagogiques sur le féminisme. Il prendra la forme d’une mallette composée de 8 fiches thématiques réalisées chacune en 3 versions : un texte de fond analysant les différents thèmes abordés dans la fiche, son résumé et sa présentation sous forme de diaporamas. Les fiches seront accompagnées de supports visuels (films, documentaires, illustrations, graphiques, etc.) et pédagogiques (exemples de cas, jeux de rôles, chansons, etc.). Elles sont chacune relativement denses. Des parcours modulables en fonction de la complémentarité des fiches vont être proposés [1] afin de permettre des formations plus brèves (la présentation complète de la mallette pédagogique nécessite facilement plusieurs jours). Les fiches sont également pensées pour pouvoir faire individuellement l’objet d’un cours. Ce module de formation vise divers publics : il s’adresse à l’équipe même du CADTM afin qu’elle s’approprie la thématique du féminisme et puisse par la suite faire plus facilement des interventions sur ce thème, aux membres de son réseau international, à des formateur/rices des milieux associatifs, scolaires, syndicaux…Lors de la présentation du module, des problèmes de mécompréhension risquent de surgir, notamment avec certaines organisations du Sud qui ne partagent pas la même vision des rapports sociaux de sexe que celle qui y est développée. Il s’agira dès lors, d’adapter le discours aux réalités locales tout en respectant les valeurs féministes fondamentales.

Cet atelier a pour objectif de participer à l’amélioration du module grâce aux remarques, critiques et propositions d’améliorations qui y auront lieu avec les participant-e-s. Marcela, coordinatrice au « Monde selon les Femmes », ONG féministe belge basée à Bruxelles, lancera, après l’exposé du contenu de chaque fiche, le travail collectif de transformation de cet outil pédagogique en construction.

Par manque de temps, seules 4 des 8 fiches ont pu être discutées. Les participant-e-s ont reçu néanmoins la version papier reprenant la totalité du travail réalisé jusqu’à présent sur le module par le CADTM.

 FICHE 1 : Les femmes et la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.

Héritée de la colonisation, la dette n’a cessé d’augmenter : en 1980, elle s’élève à 540 milliards de dollars pour atteindre pas moins de 3360 milliards de dollars en 2008. En vue de son remboursement, les créanciers imposeront aux pays endettés une série de mesures (cf. les Plans d’Ajustement Structurels - PAS) ayant des implications directes sur les conditions de vie des femmes. Des coupes budgétaires sur les services sociaux seront exigées. Les femmes seront les premières affectées par la dégradation des systèmes éducatifs et de santé. Cette politique de restriction des budgets publics touche en premier lieu les populations les plus pauvres composées majoritairement de femmes (70% de la population mondiale répertoriée comme « pauvre » est féminine). Leur autonomie financière se trouve ainsi atteinte. En substance, les PAS provoquent une recrudescence du travail invisible des femmes accompagnée d’une diminution de leurs revenus. Les institutions financières internationales (IFI) légitiment leur politique en valorisant la légendaire « débrouillardise des femmes » qui parviennent toujours, grâce à leur « ingénuité innée », à trouver les moyens d’assurer la survie de leur famille.

Dans le sillage des PAS, le droit du travail se trouve dérèglementé et de nombreuses zones franches sont constituées un peu partout de par le monde. Les femmes représentent 70% des travailleurs de ces zones où règne une exploitation outrancière couplée à des droits syndicaux bafoués, des volumes horaires de travail exorbitants, des contrats précaires et des salaires infimes. Par ailleurs, la libéralisation commerciale met en péril les marchés locaux des PED avec la mise en place d’une concurrence déloyale entre des produits locaux plus onéreux que ceux, largement subventionnés, provenant de l’extérieur (cf. productions européennes agricoles bénéficiant de fortes subventions publiques inondant les marchés africains – cas des poulets congelés). Les femmes se trouvent ainsi bien souvent obligées de quitter leur travail local de subsistance (dans les secteurs de l’agriculture, de l’artisanat, de la vente) pour aller travailler à l’usine, dans les cultures de rente et dans le secteur informel. Ce phénomène contribue à encore tirer vers le bas le marché du travail féminin.

Les migrations du Sud vers le Nord connaissent deux vagues. La première est masculine. Les femmes se trouvent alors seules à assumer les responsabilités familiales dans les pays d’origine. La seconde est féminine et concerne souvent les femmes les plus qualifiées. Elles travaillent essentiellement dans le secteur des services à la personne ou du soin (communément dénommé le secteur du « CARE »), dans des emplois sous-payés et non à la hauteur de leurs qualifications. Elles sont ainsi doublement minorisées : d’abord en tant que femmes, ensuite en tant qu’étrangères.

Les femmes sont les premières victimes de la violence induite par les PAS sur le plan intrafamilial ou sociétal. Elles sont bien souvent acculées à la prostitution de survie et sont les plus touchées par les conflits interétatiques ou les violences intracommunautaires. Les cas de féminicides (assassinats de femmes sans autre mobile que le fait que ce sont des femmes) sont légion.

COMMENTAIRES DE MARCELA :

Le néolibéralisme considère que l’économie repose sur deux éléments fondamentaux : le marché et l’Etat avec l’idée que le marché s’autorégule (cf. concept de la main invisible) et n’a donc pas besoin de régulation étatique. La pensée féministe critique ce modèle économique. Elle considère qu’il faut déconstruire l’économie et la repenser en y incluant tout le secteur du « CARE » non pris en considération lors du calcul du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
. Toute cette part de travail gratuit, très majoritairement effectué par les femmes, se trouve ainsi invisibilisé par le néolibéralisme et son système de comptabilisation des richesses. La reconnaissance du « CARE » dans tout modèle économique est d’autant plus nécessaire que les PAS, en réduisant les services publics notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, entrainent une translation de la prise en charge de ces services de l’Etat vers les femmes. On passe de l’Etat social à la mère sociale.

Les femmes doivent avoir accès aux bénéfices. Cette revendication est cruciale. De fait, l’accès à la terre pour la cultiver n’implique pas forcément l’accès aux produits de la terre.

Le microcrédit, souvent présenté comme une alternative à la pauvreté, est une hypocrisie très répandue et s’inscrit dans la logique de l’éternelle « débrouillardise féminine » cyniquement invoquée par les IFI pour légitimer les PAS. Le microcrédit n’est en aucune manière émancipateur pour les femmes. Le CADTM est très critique à son encontre. Denise Comanne a d’ailleurs écrit un article à ce sujet [2] en rappelant que les taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
pratiqués par la Grameen Bank de Yunus peuvent s’élever à 20% soit à un taux largement supérieur à celui du marché. Le microcrédit est à différencier des tontines telles qu’elles se sont constituées dans certains pays du Sud. Ces institutions sont mutualistes et solidaires et ne recourent nullement à l’intérêt.

La dégradation de l’environnement restreint l’accès aux ressources naturelles et détériore leur qualité ce qui a un impact sur les conditions de vie des femmes. Cette corrélation importante (cf. Les travaux de Vahanda-Shiva) est à intégrer dans la fiche.

Les zones franches sont comme une médaille comprenant une face et son revers. Si elles n’ont fourni que des emplois non spécialisés au moins ont-elles toutefois permis aux femmes d’accéder au marché du travail. Ce nouvel accès des femmes à des ressources financières va faire en sorte qu’elles vont adopter des rôles, mais aussi pour certaines, des attitudes traditionnellement masculins. Cette transmutation va générer chez les hommes en contact avec ces femmes frustrations et violences pouvant jusqu’à aller à la perpétuation des féminicides à grande échelle comme au Guatemala.

Il faut différencier les migrations internes, régionales (cf. pays asiatiques) et internationales. Les femmes ont toujours migré ; elles représentent 51% des migrants de par le monde à l’heure actuelle.

Rachid du Maroc fait remarquer que le module « femmes » est un outil généraliste qui doit introduire des spécificités, des cas pratiques pour être porteur localement. Par exemple, il serait judicieux qu’il intègre une évaluation de l’impact des lois, des Constitutions et des politiques locales sur les droits des femmes et les rapports sociaux homme-femme. Il pourrait aussi examiner la manière dont les rapports sociaux de sexe sont abordés dans les programmes scolaires, le système éducatif et quelle division sexuelle du travail est appliquée au sein du pays ou de la zone géographique en question....

 FICHE 2 : Situation et luttes des femmes du Sud et du Nord

Le système de sécurité sociale est en régression au Nord tandis qu’il est inexistant au Sud. Les droits reproductifs ne sont jamais acquis définitivement notamment en ce qui concerne le droit à l’avortement et à la contraception. Leur régression est synonyme d’un accroissement des risques pour la santé (maternelle mais aussi de toute la communauté) et de précarité, particulièrement liée aux maternités précoces. Sur le plan des droits civils et politiques, des quotas ont été acquis pour rendre plus équilibrée la représentation politique. Cette parité n’est cependant aucunement garante de la promotion d’idées féministes progressistes (cf. forte présence de femmes au Parlement du Pakistan alors que leurs conditions de vie dans ce pays est peu enviable). Il s’agit également de se poser la question de la place des femmes dans l’espace « para-politique » (syndicats, mouvements de base….). Concernant les droits économiques, l’accès aux ressources naturelles et financières demeure difficile. L’égalité salariale femme-homme est bafouée. Une régression par rapport aux acquis du féminisme est perceptible depuis quelques années ; elle est à mettre en relation avec les logiques de privatisation et de marchandisation. La lutte pour conserver ces droits et en acquérir de nouveaux reste nécessaire.

COMMENTAIRES DE MARCELA :

Lorsque l’on aborde les droits reproductifs des femmes, il faut leur associer les droits sexuels. Marcela conseille d’intégrer quelques exemples et situations concrètes de traditions néfastes pour la santé des femmes. Pour dénoncer ces pratiques (cf. mutilations, etc.), le mieux est de s’inspirer largement des argumentaires qui sont produits localement par les mouvements de défense des femmes dans ces régions. N’oublions pas également de souligner que le contrôle du corps des femmes constitue également un moyen de contrôler leur travail (à développer et illustrer dans le module)

La médecine traditionnelle, savoir usuellement féminin, est littéralement volée par la politique des « brevets » des multinationales. Cela a d’importantes conséquences sur le niveau de santé des populations du Sud qui n’ont plus accès (prix trop élevé) à leur propre médecine.

Comme au Nord, l’Etat rempli de moins en moins ses fonctions dans les domaines de la santé, une main d’œuvre féminine migrante a été sollicitée pour alimenter le marché du « CARE ». Cette globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
des soins est génératrice de violences notamment au Sud. Les femmes migrantes sont acculées à laisser leurs enfants pour s’occuper des enfants des femmes blanches au Nord. On assiste à une véritable marchandisation de l’amour maternel !

L’accès à des soins de santé adaptés aux besoins spécifiques des femmes, des hommes, des migrant-e-s, etc. est une revendication du mouvement féministe à éventuellement intégrer dans le module

Rachid souligne que la question du SIDA n’a pas été évoquée alors que les femmes sont les premières touchées par ce virus essentiellement à cause d’un rapport de force en leur défaveur les empêchant de négocier l’acte sexuel. Par ailleurs, les structures permettant aux femmes d’accoucher dans des conditions décentes restent insuffisantes.

Une intervenante faisant partie d’une association féministe belge fait remarquer que le corps des femmes est de plus en plus médicalisé en prenant pour exemple le vaccin contre le cancer du col de l’utérus. Il s’avère toxique et peut être utilisé comme outil de fichage. Une autre intervenante faisant partie de la même association signale, dans le sillage de la médicalisation du corps des femmes, que le principe de précaution est devenu un nouveau modèle culturel au Nord qui devrait être remis en cause.

Un intervenant s’interroge sur la position du CADTM au sujet du travail gratuit des femmes en se demandant si la rémunération des femmes au foyer constituerait une réponse. Denise répond que le CADTM est encore en débat sur cette question. Un consensus fort existe cependant autour de la nécessité de développer les services sociaux publics pour décharger les femmes et les hommes du travail invisible.

Une intervenante provenant de la région de Strasbourg critique l’usage d’une terminologie très anglo-saxonne telle que la notion du « backlash », du « CARE » ou encore d’« empowerment » pour parler du féminisme. Elle ne la trouve pas toujours appropriée dans un contexte francophone. Une professeure belge rappelle dans ce sillage la remarque de Jules Falquet [3], lors de son intervention faite la veille à l’Université d’été du CADTM, sur le caractère peu explicite du terme « genre » qui est un anglicisme. Jules Falquet lui préfère le terme « rapports sociaux homme-femme », plus long à dire mais mettant en exergue le rapport de pouvoir qu’induit la notion de genre. Un rapport social sous-tend nécessairement un rapport de pouvoir. Quant au terme « CARE », il pourrait être remplacé par « économie des soins ».
Il faudrait peut-être introduire la notion du « budget-temps » qui, s’il était appliqué, permettrait une meilleur répartition du travail domestique entre les hommes et les femmes.
Pour chaque thème, proposition est faite par les participant-e-s que le module agence les raisonnements qu’il propose à 3-4 exemples de cas afin d’éviter tout amalgame.

 FICHE 3 : Le féminisme : une lutte essentielle et fondamentale

Le module propose comme définition du féminisme celle déjà élaborée par le CADTM en 1999 dans la publication « Femmes, Enfants, Face à la violence - Résistances du Nord au Sud ». La dynamique du féminisme transcende toutes les classes sociales et repose sur une conscience collective d’une condition féminine couplée à une volonté de s’émanciper. Il remet en cause le patriarcat comme source d’oppression des femmes. Ses méthodes d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
sont multiples : mise en place de groupes de parole, de débats sur la mixité, recours à l’art comme outil de communication et de mobilisation, etc. Les luttes féministes ont plusieurs niveaux : individuel, collectif et global. Il est nécessaire de soutenir les initiatives féministes et les femmes les portant car bien souvent où elles sont plus la cible d’attaques que les autres activistes.

OUVERTURE DU DEBAT :

Martine de Grenoble, membre d’un groupe de féministes radicales, relate une rencontre à Paris entre des femmes congolaises et une professeure féministe française sur la question de l’autodéfense. De retour au Congo, ces femmes ont crée un groupe d’autodéfense en partenariat avec des féministes françaises. La question de l’autodéfense est cruciale dans la réflexion autour du féminisme.
Denise trouve que la fiche 3 n’est pas claire et est à remanier. Elle évoque l’éco-féminisme qui embrasse de nombreuses dimensions de la vie. Actuellement, des recherches scientifiques sont conduites en vue de « créer » des bébés sans le recours aux femmes. Elles sous-tendent explicitement une volonté d’usurper le pouvoir reproductif des femmes.
Rachid considère qu’il est nécessaire de montrer que les luttes d’émancipation ne se construisent pas contre les valeurs mais sont bénéfiques pour tout le monde. Martine quant à elle, estime que la Marche mondiale des Femmes (MMF Money Market Funds
MMF
Les Money Market Funds (MMF) sont des sociétés financières des États-Unis et d’Europe, très peu ou pas du contrôlées ni réglementées car elles n’ont pas de licence bancaire. Ils font partie du shadow banking. En théorie, les MMF mènent une politique prudente mais la réalité est bien différente. L’administration Obama envisage de les réglementer car, en cas de faillite d’un MMF, le risque de devoir utiliser des deniers publics pour les sauver est très élevé. Les MMF suscitent beaucoup d’inquiétude vu les fonds considérables qu’ils gèrent et la chute depuis 2008 de leur marge de profit. En 2012, les MMF états-uniens maniaient 2 700 milliards de dollars de fonds, contre 3 800 milliards en 2008. En tant que fonds d’investissement, les MMF collectent les capitaux des investisseurs (banques, fonds de pension…). Cette épargne est ensuite prêtée à très court terme, souvent au jour le jour, à des banques, des entreprises et des États.
Dans les années 2000, le financement par les MMF est devenu une composante importante du financement à court terme des banques. Parmi les principaux fonds, on trouve Prime Money Market Fund, créé par la principale banque des États-Unis JP.Morgan, qui gérait, en 2012, 115 milliards de dollars. La même année, Wells Fargo, la 4e banque aux États-Unis, gérait un MMF de 24 milliards de dollars. Goldman Sachs, la 5e banque, contrôlait un MMF de 25 milliards de dollars.
Sur le marché des MMF en euros, on trouve de nouveau des sociétés états-uniennes : JP.Morgan (avec 18 milliards d’euros), Black Rock (11,5 milliards), Goldman Sachs (10 milliards) et des européennes avec principalement BNP Paribas (7,4 milliards) et Deutsche Bank (11,3 milliards) toujours pour l’année 2012. Certains MMF opèrent également avec des livres sterling. Bien que Michel Barnier ait annoncé vouloir réglementer le secteur, jusqu’à aujourd’hui rien n’a été mis en place. Encore des déclarations d’intention...
1. L’agence de notation Moody’s a calculé que pendant la période 2007-2009, 62 MMF ont dû être sauvés de la faillite par les banques ou les fonds de pensions qui les avaient créés. Il s’est agi de 36 MMF opérant aux États-Unis et 26 en Europe, pour un coût total de 12,1 milliards de dollars. Entre 1980 et 2007, 146 MMF ont été sauvés par leurs sponsors. En 2010-2011, toujours selon Moody’s, 20 MMF ont été renfloués.
2 Cela montre à quel point ils peuvent mettre en danger la stabilité du système financier privé.
) devrait être mieux intégrée dans les luttes globales d’émancipation et montrer que ses apports ne concernent pas uniquement les femmes. Notons que la Charte mondiale de la MMF de 2005 avait démontré l’apport du féminisme dans le mouvement altermondialiste. Il serrait judicieux de mentionner dans l’introduction de ce module que tous et toutes on à gagner des luttes visant l’émancipation des femmes.
Une intervenante belge pense qu’il faut prendre garde à ne pas absolutiser les luttes féministes qui n’apportent pas forcément toujours une innovation.

COMMENTAIRES DE MARCELA :

La fiche 3 peut être intégrée à la fiche 6 intitulée « Historique des féminismes et de leurs stratégies ».

Il est judicieux de parler de féminismes au pluriel. Il existe des spécificités en fonction des zones géographiques (cf. féminisme africain, d’Amérique latine, etc.)

Le projet politique du féminisme est large et subversif pour chaque composante de la société. Notons que le féminisme n’a jamais tué personne. Il est un levier d’émancipation des sexes d’où l’importance de préciser ses valeurs de référence, son origine et ses objectifs.

Quant aux différentes stratégies employées, il faut prendre garde au culturalisme qui conduit à écorner des droits fondamentaux au nom du respect des cultures.

On gagnerait à mettre en avant l’apport du féminisme pour les droits humains dans leur globalité.

 FICHE 4 : Le patriarcat


Le patriarcat est un système ancien et cohérent d’oppression des femmes par les hommes. Il repose sur un ordre social caractérisé par une division sociale et sexuelle du travail hiérarchisée au détriment des femmes. Il se caractérise par une absence partielle ou totale de droits pour les femmes et par le recours à la violence physique, psychologique ou symbolique. Il considère que les inégalités hommes/femmes sont naturelles et que l’action sociale ne peut modifier les rapports sociaux de sexe. Les femmes et les groupes dominés ont tendance à intérioriser ce discours sur l’origine naturelle des inégalités.

Historiquement, le patriarcat émerge avec la lutte pour le contrôle de la surproduction. A l’époque de l’économie de subsistance, le surplus est inexistant. Ainsi, les sociétés dites primitives vivent dans l’égalité sociale [4]. A la période antique, l’accumulation des ressources et le développement des techniques de production permettent l’apparition d’un surproduit. L’héritage devient un enjeu crucial ayant comme préoccupation centrale la place des femmes dans ce système de redistribution des biens de la famille. Très vite, la propriété des femmes afin que la richesse demeure au sein du clan devient la norme.

Dans la période précapitaliste, les femmes restent liées aux activités de production donc à la sphère publique mais sont de plus en plus orientées vers la sphère privée. Le travail réalisé au sein de la famille est dévalorisé car non susceptible d’échanges. Les femmes deviennent une main-d’œuvre d’appoint, moins payée et plus précaire. La révolution industrielle enjoint les femmes à assurer la reproduction de la force du travail. Les femmes doivent ainsi veiller à la bonne santé physique et psychique de la main-d’œuvre actuelle (à savoir : essentiellement celle de leurs maris) et future (leurs enfants). Progressivement, elles se prolétariseront comme les hommes. De fait, le capitalisme a besoin d’elles comme ouvrières. Au cours du XXe siècle, elles entrent massivement sur le marché du travail mais seront toujours les premières touchées en cas de crise.

OUVERTURE DU DEBAT :

Rachid souligne que l’objectif de module « femmes » est de créer un instrument pédagogique accepté et utilisé de la manière la plus large possible. Or, il entre en contradiction avec certains préceptes religieux de l’islam notamment avec celui selon lequel une femme hérite une part deux fois inférieure à celle d’un homme. Agathe souligne que la religion est influencée par la société ambiante, et l’islam comme les autres religions souffre de certaines relectures patriarcales. En ce qui concerne le droit relatif à l’héritage en Islam, il n’est pas dit qu’une femme doit recevoir obligatoirement deux fois moins qu’un homme. Cela dépend des circonstances sociales. Si par exemple, une femme supporte plus que l’homme les besoins matériels de la famille, il serait injuste qu’elle reçoive moins qu’un homme uniquement en sa qualité de femme. Cela bafouerait le principe de justice dont se revendique l’islam. Le féminisme islamique donne de nombreuses clés pour comprendre l’aspect machiste de certaines lectures de l’islam.
Un intervenant souligne qu’il existe une oppression des fils par les pères dans le cadre du patriarcat qu’il serait bon de mentionner.

COMMENTAIRES DE MARCELA :

Il serait judicieux d’expliquer pourquoi il est utile de parler du patriarcat. La fiche 4 se focalise sur son aspect économique alors qu’il possède un caractère polymorphe affectant la dimension symbolique d’une société qu’il est important d’évoquer. Il faudrait analyser la façon dont le patriarcat se reproduit via le langage, l’accès à la propriété privée, la filiation paternelle, les stéréotypes, les religions (Marcela fait remarquer que toutes les religions inféodent les femmes), la culture...etc.

Il faut faire un lien entre patriarcat dominant et matriarcat, différencier le matriarcat du patriarcat ainsi que la filiation matrilinéaire de la filiation patrilinéaire.

Le modèle patriarcal varie suivant le fait que la femme vive dans un monde rural ou dans un monde urbain.

On a assisté à une véritable colonisation du patriarcat occidental. Le modèle de la famille occidentale bourgeoise (cf. la femme reste à la maison pour s’occuper des tâches domestiques) a été exporté et imposé au sein des colonies.

Selon certains syndicalistes, le travail en usine n’est pas « convenable » pour une femme. Ce type de raisonnement rend la collaboration entre le mouvement féministe et le mouvement syndical des fois bien difficile…

Le modèle communément véhiculé de l’homme l’identifie à l’hétérosexualité, à la force… Les femmes ont tendance à assimiler ce stéréotype alors que l’hétéro-normativité (une norme socialement imposée de ce qu’ « est » la femme et de ce qu’ « est » l’homme) est contraignante.

Les discussions autour du rôle du père sont liées à la montée du masculinisme. Ce courant témoigne des capacités d’adaptation du patriarcat aux changements sociétaires. Si la présence accrue des femmes sur la scène publique n’est pas fondamentalement remise en cause par les masculinistes, elle lui a du moins donné des arguments pour se développer. Si le courant masculiniste est très majoritairement rétrograde, négatif sur le plan des rapports sociaux homme-femme, il ne faut pas occulter les apports d’hommes progressistes au mouvement féministe.

Le féminisme a à réaliser une réflexion sur : « Quel modèle d’homme et quel modèle familial souhaitons-nous ? », « Quel mode de paternité mettre en avant ? » ou encore, « Quel type d’homme peut casser le patriarcat et collaborer à la lutte émancipatrice des femmes ? ». Ce travail implique une critique de l’hétéro-normativité.

Il serrait bien que chaque fiche contienne une introduction qui brièvement rappelle les contenus et thématiques du module.

En fin d’atelier, plusieurs participant-e-s se sont proposé-e-s pour poursuivre ce travail collectif de réflexion et de réalisation du module « femmes ». A chaque avancée significative dans la construction de cet outil pédagogique, l’équipe du CADTM communiquera via internet avec ces personnes pour qu’elles continuent à enrichir ce module de leurs commentaires et analyses.




Notes

[1Exemple : pour un module de type « Initiation au féminisme », proposition d’associer les fiches 2, 3 et 6 c.-à-d. « Situations et luttes des femmes du Sud et du Nord », « Le féminisme comme alternative essentielle et fondamentale » et « Historique des féminismes et leurs stratégies ».

[3Jules Falquet est docteure en sociologie, spécialisée dans l’analyse des mouvements sociaux et notamment les mouvements de femmes et Maître de conférences à l’université Paris VII. Elle est intervenue le 3 juillet dans le cadre de l’atelier intitulé : « Comment la crise du capitalisme renforce-t-il l’oppression des femmes ? ».

[4Il faudrait étayer cette affirmation car Levis Strauss dans « Tristes Tropiques » montre la manière dont les femmes sont opprimées dans les sociétés dites primitives, notamment sur le plan sexuel.

Christine Vanden Daelen

Permanente au CADTM Belgique

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