Semaine d’Action « Et si on arrêtait de Banquer ? »

Bruxelles 21-22 novembre 2012 : Les citoyen-ne-s contre la dette

21 novembre 2012 par CADTM


Les 21 et 22 novembre, à Bruxelles, dans le cadre de la semaine d’action « Et si on arrêtait de banquer ? » proposée par le CADTM, se tient une réunion internationale sur la méthodologie de l’audit citoyen de la dette, en présence de personnes engagées dans l’audit citoyen de la dette ou qui veulent s’y investir et échanger sur les expériences acquises et les problèmes rencontrés. Sont présent-e-s des délégué-e-s d’Espagne, du Portugal, de France, d’Italie, de Grèce, d’Irlande, du Royaume-Uni, de Belgique, de Tunisie, d’Égypte, du Brésil, d’Argentine, de Colombie…

Ci-dessous, un article sur la 1re journée de cette rencontre.

Depuis la débâcle bancaire et financière de 2008, le mot « dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 » est sur toutes les bouches et dans tous les journaux. Mais quelle réalité recouvre ce mot valise pour le moins opaque ? Qu’est-ce donc que cette dette qui engloutit une portion sans cesse grandissante des budgets nationaux ? Qui la détient ? Qu’a-t-elle servi à financer ? Voilà des questions bien peu souvent relayées par les médias et à laquelle nos gouvernements se gardent bien de répondre.

C’est pourtant une problématique qui interpelle vivement la société civile et les citoyen-ne-s en général, qui aimeraient bien « comprendre la dette ». C’est avec cet objectif en tête que se sont formés ces dernières années un peu partout en Europe, et ailleurs, des comités d’audit citoyens de la dette. Ces associations d’individus se réunissent pour analyser les dettes de leurs États, de leurs localités ou encore des établissements qui gèrent leurs services publics, et ensuite interpeller leurs concitoyens et pouvoirs publics. Acteurs à la fois de la recherche et de la conscientisation sur la dette, ces collectifs sont en demande d’une plus grande collaboration à l’échelle régionale et mondiale entre ces diverses initiatives. Asseoir et dynamiser cette coopération était très précisément le but des deux journées de travail organisées par le CADTM à Bruxelles. L’idée était de permettre à tous-tes les militant-e-s citoyen-ne-s engagé-e-s dans des processus d’audit de la dette de se réunir, de discuter sur les difficultés qu’ils rencontrent, et d’échanger sur leurs définitions du problème et les solutions qu’ils proposent.

A mi-parcours, la rencontre s’annonce déjà comme une réussite au vu de la participation. Plus d’une soixantaine de participant-e-s venu-e-s de quinze pays d’Europe mais aussi d’Afrique et d’Amérique latine ont répondu présent-e-s à l’invitation du CADTM. La première journée s’est déroulée dans une atmosphère chaleureuse, et les échanges apparaissent déjà riches et productifs. C’était une occasion unique d’apprendre quel était l’état de ces initiatives d’audit citoyens dans chacun des pays des participant-e-s. De grandes similarités apparaissent entre ces mouvements, dont la première et la plus fondamentale réside probablement dans leur ancrage profondément citoyen. Comme le résumera un activiste catalan, il n’y a, dans la plupart des cas, « pas de collaboration au niveau institutionnel », ces comités sont souvent des réseaux assez informels, nés d’un engagement associatif spontané. Ils sont constitués majoritairement de bénévoles. Un autre trait commun à la plupart des collectifs est leur grande méfiance à l’égard des instances gouvernementales et des médias traditionnels. On insiste à de nombreuses reprises sur le « big lie » (grand mensonge) que constitue le discours officiel sur la dette. On critiquera aussi à de nombreuses reprises l’indicateur traditionnel du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
et les outils statistiques, présentés comme une déformation et/ou une occultation de la réalité. Les similarités semblaient renforcées en fonction des origines géographiques des uns et des autres, les problématiques et les façons de les appréhender n’étant évidemment pas les mêmes partout. Ainsi, en Europe, la crainte est avant tout celle de la casse du « modèle social » de l’État providence, en ce qu’il est ressenti comme le garant des droits individuels humains fondamentaux. En Amérique latine, les intervenant-e-s font souvent le lien entre la dette et les biens communs, mettant en lumière les dangers que la dette et son service représentent pour la préservation des communs. Enfin, en Afrique, l’accent a souvent été mis sur les fondements profondément impérialistes de la dette, et aussi sur la nécessité de trouver une alternative de développement.

La deuxième partie de la journée consistait en une réflexion de fond sur les critères utilisés par les différentes parties prenantes pour caractériser une dette comme étant illégitime, odieuse et/ou illégale. Les participants ont relevé l’importance de trouver des définitions communes. Délégitimer la dette est avant tout un processus politique, qui devrait permettre aux citoyen-ne-s de se réapproprier les décisions tenant au financement de leur vivre-ensemble. Il apparaît donc très important de fonder les annulations de dette sur une argumentation de droit, mais moins sur de la technique juridique que sur une théorie de la justice revisitée. Il s’agit de garantir aux femmes et aux hommes le respect de leur volonté et aspirations. Toutefois, des interrogations et des incertitudes demeurent. On se demande comment identifier les créanciers dans un système où le secret est garanti par des systèmes d’écran (les clearing houses, = chambres de compensation) et par les dispositions légales en faveur du secret bancaire. A 17 heures, les discussions officielles ont dû prendre fin. Mais aucun-e des participant-e-s n’est prêt-e à la résignation, et les propositions pour contrer ces diverses difficultés fusaient et étaient déjà activement discutées à la sortie de la salle. Les participant-e-s se sont ensuite dirigé-e-s vers l’auberge du Chant d’oiseaux, où ils sont tous-tes logé-e-s. Les conversations ont continué dans une ambiance détendue. Nul doute que les débats qui se poursuivront demain promettent d’être fructueux.