Argentine, Brésil, Mexique : modernisation et nouvelles vulnérabilités ?

30 septembre 2007 par Pierre Salama


Le Mexique, Le Brésil et l’Argentine ont connu des années trente aux début des années quatre vingt une croissance, parfois substantielle, tirée par l’essor du marché intérieur. Vingt cinq ans plus tard, avec la crise de la dette et les différentes politiques d’ajustement, c’est une nouvelle Amérique latine qui émerge dans les années 2000. Les structures productives ont évolué, elles diffèrent profondément les unes des autres.

La libéralisation de leurs marchés a-t-elle été un succès en terme de croissance, de modernisation, de vulnérabilité, de meilleure cohésion sociale ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre. Evidemment les réponses dépendent du sens donné aux mots. Quand on parle de croissance, s’agit il uniquement du taux de croissance du Pib PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
ou bien doit on également considérer d’autres aspects : volatile, distributive, durable ? La vulnérabilité est-elle limitée seulement au taux d’ouverture et au ratio service de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
sur Pib ou doit on prendre en considération les comportements plus ou moins rentiers liés aux aspects négatifs de la financiarisation susceptibles de générer de nouvelles vulnérabilités ? La modernisation est-elle mesurée selon des critères qu’affectionnent les « économistes de Davos » prenant en compte des indicateurs de libéralisation, ou bien est elle confinée à des indices simples comme les succès à l’exportation ? Nous montrerons dans cet article que la croissance est faible et exclue une part importante de la population de ses effets bénéfiques, que la vulnérabilité a profondément changé et que la modernisation est effective dans certains pays mais qu’elle est très en deça de ce qui est nécessaire pour répondre aux défis de ce nouveau millénaire.

 I. D’une gestion de la dette à la gestion de ses effets

Le principal problème auquel sont confrontés la plupart de ces pays est la financiarisation. Elle a un lien avec la dette. La financiarisation est à la fois le produit de la gestion de la dette externe, de la dette interne qu’elle génère, et des mutations du système financier au niveau mondial. Contrairement à d’autres pays, la finance déploie principalement, mais non exclusivement, sa face négative, perverse et tend à renforcer des aspects rentiers dans le comportement des investisseurs. Le taux de formation brute de capital fixe se situe à un niveau modeste, la croissance sur longue période est faible, la volatilité de celle-ci est relativement élevée. La dette et sa gestion ne sont pas sans rapport avec l’essor de la financiarisation. Si la première n’est pas la principal problème aujourd’hui, les effets qu‘elle a généré le sont. Plus exactement, la financiarisation est à la fois le produit de la gestion de la dette externe, de la dette interne qu’elle génère, et des mutations du système financier au niveau mondial.

1. La crise de la dette éclate à l’aube des années quatre vingt.

Le Mexique ne peut plus financer le service de sa dette en 1982 et, de ce fait, emprunter sur les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
internationaux. Cette mesure s’étend à l’ensemble des pays en voie de développement, y compris la Corée du sud fortement endettée à cette époque. Les crédits internationaux sont alors délaissés par les banques au profit de l’émission de bons auxquels n’ont pas accès ces pays. Les seuls crédits consentis à ces pays seront « des crédits involontaires » ainsi nommés pour souligner qu’ils font suite à un accord signé entre un pays débiteur et le Fond Monétaire International (FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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). Ces accords (« lettre d’intention ») prévoient un ensemble de mesures draconiennes mêlant des mesures pragmatiques à des mesures d’inspiration libérales : une diminution des dépenses de l’Etat, une maxi dévaluation Dévaluation Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. , une montée du protectionnisme afin de dégager des excédents commerciaux suffisants pour au moins financer une partie conséquente du service de la dette Service de la dette Remboursements des intérêts et du capital emprunté. externe (le paiement des intérêts surtout).

Dorénavant, les pays endettés doivent financer une part importante du service de leurs dettes, essentiellement le paiement des intérêts, à partir de leurs propres ressources, l’autre part, l’amortissement du capital emprunté, étant elle l’objet des « crédits involontaires ». En pourcentage du Pib, la ponction subie au titre du service de la dette représente davantage que celle imposée à l’Allemagne vaincue par le traité de Versailles. Il sera de l’ordre de 2 à 7% du Pib selon les années et les pays. Une telle ponction ne pouvait pas être sans effet. Le résultat a été désastreux du point de vue économique et social. Les années quatre vingt ont été qualifiées par la CEPAL de « décennie perdue ». La très grande majorité des économies latino-américaines connaît alors dans le meilleur des cas une stagnation et dans le pire des cas, plus fréquent, une régression importante du PIB par tête. L’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. prend de l’ampleur et plusieurs de ces pays souffrent d’une hyperinflation durable. La pauvreté s’étend de manière insoutenable, elle devient plus en plus « dangereuse », après l’éclatement d’émeutes (au Venezuela par exemple où elles ont pris un caractère tragique), de gigantesque mobilisations dans plusieurs pays (le nao au Brésil). Les Etats-Unis cherchent à inventer une nouvelle manière de gérer la dette. C’est insuffisant, une seconde phase s’annonce, celle qu’on qualifiera du « Washington Consensus ».

2. Les principaux objectifs du Washington Consensus (WC, 1990) étaient que les pays puissent éradiquer l’hyperinflation, retrouver une certaine croissance, et assurer le service de leur dette externe. Il se présente sous forme de dix commandements autour d’un fil conducteur : la libéralisation des marchés.

Les « dix commandements », tels qu’ils ont été reformulés en 2000 par Williamson , sont :

L’orientation cette fois est franchement libérale. Il ne s’agit plus de limiter les dépenses publiques, mais de privatiser, de libéraliser l’ensemble des marchés à l’exception toutefois du marché des changes Marché des changes Marché sur lequel s’échangent et sont cotées les devises. . La fixité du change par rapport au dollar (ancrage) a été choisie [1] allant d’un système dit de peg (mini dévaluation pour atténuer l’appréciation du taux de change réel) allant jusqu’au currency board (fixité absolue, convertibilité Convertibilité Désigne la possibilité légale de passer d’une monnaie à une autre ou d’une monnaie à l’étalon dans laquelle elle est officiellement définie. Dans le système actuel de taux de change libéralisés (c’est l’offre et la demande de devises qui détermine leurs cours respectifs - taux de change flottants), les monnaies flottent autour du dollar (étalon-dollar). interne et externe, émission de monnaie locale en rapport avec les entrés nettes de capitaux. La libéralisation du marché du travail n’était pas non plus explicitement énoncée mais celle des autres marchés incitait à prendre des mesures vers plus de flexibilité dans le travail. Ce qui fut d’ailleurs fait, parfois partiellement.

L’application des « dix commandements » du WC est à la fois un succès et un échec. Un succès parce que la hausse vertigineuse des prix cesse, certains pays comme l’Argentine connaissant même des périodes de déflation, la croissance reprend, parfois vivement, mais le plus souvent modestement, la pauvreté baisse dans un premier temps. Les pays semblent parvenir à payer le service de leur dette grâce à l’entrée de capitaux (investissement en portefeuille, investissements directs) malgré un déficit important de leur balance commerciale Balance commerciale
Balance des biens et services
La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire).
. Un échec, parce que dans un premier temps le déficit de la balance commerciale tend à devenir insoutenable, la pauvreté, après avoir fléchi, se stabilise à un niveau élevé, les crises financières enfin sont récurrentes. Elles sont la manifestation des besoins de financement croissants (le déficit commercial parait insoutenable au Mexique par exemple en 1995), de la perte de confiance des investisseurs nationaux et internationaux (partant du Mexique, la crise s’irradie à plusieurs pays dont l’Argentine). Ces crises expriment la perte de confiance dans la monnaie nationale mais aussi la vulnérabilité nouvelle de ces économies aux crises se développant dans d’autres continents (Asie, Russie). Enfin la modernisation des économies tarde à produire des effets positifs : les exportations croissant, certes plus vite que le Pib, mais moins rapidement que les importations.

L’ensemble des mesures de libéralisation produit une mutation de ces économies : tout en restant relativement fermées (à l’exception du Mexique qui devient une économie ouverte), elles s’ouvrent relativement à « l’économie monde ». Le rythme de cette ouverture n’excède cependant pas la croissance des exportations mondiales, sauf au Mexique, mais il est supérieur à celui de leur Pib. Leurs structures productives changent. Certaines économies se primarisent [2], mettant en jachère des pans entiers de leurs industrie (Argentine), d’autres cherchent à développer les exportations de produits industriels assemblés, avec très peu de valeur ajoutée, créant des emplois mais sans effet d’entraînement sur le tissu industriel (Mexique), d’autres enfin n’abandonnent pas leur industrie, mais procèdent à une « desubstitution des importations » en favorisant l’importation de segments de ligne de production autrefois produits localement, grâce à la libéralisation du commerce extérieur et au quasi abandon d’une politique industrielle (Brésil).

3. L’incapacité de promouvoir une croissance conséquente avec peu de volatilité, de réduire de manière significative la pauvreté absolue, les difficultés enfin à réagir à la volatilité des marchés financiers internationaux, conduiront à une « nouvelle version » du WC centrée cette fois sur la nécessité de trouver de « bonnes institutions ». Progressivement, à ces dix commandements seront ajoutés dix autres « commandements » allant d’une libéralisation accrue du marché du travail à l’indépendance de la Banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. en passant par une gestion plus prudente de la libéralisation des mouvements de capitaux. Nous en retiendrons deux : le système de change et la lutte contre la pauvreté.

a. La préférence pour des changes fluctuants est fortement suggérée, sans intervention de la Banque centrale. Les dangers hyperinflationnistes ayant disparu, les crises de la fin des années quatre vingt dix sont l’occasion de mettre un terme aux taux de change fixes et d’opter pour des taux de change flottants évoluant librement selon l’évolution des offres et des demandes de devises. Dans la pratique, ceux-ci ne sont pas totalement libres. En effet, après une dévaluation et lorsque la crédibilité auprès des marchés financiers internationaux s’améliore, l’entrée de capitaux au titre des investissements en portefeuille et des investissements directs tend à compenser les déficits de la balance des comptes courants et les sorties de capitaux au titre du remboursement du principal de la dette externe. Les réserves augmentent et la monnaie nationale tend à s’apprécier [3], ce qui peut conduire la Banque centrale, dont l’indépendance vis-à-vis des gouvernements est relative, à intervenir pour contrecarrer cette tendance [4].

b. Le dernier « commandement », la lutte contre la pauvreté, est à l’origine d’un projet plus ambitieux, dit du Millenium. Celui ci a pour objectifs une réduction drastique du niveau de pauvreté extrême, une amélioration de la santé, de l’éducation et de l’environnement [5], une harmonisation de l’aide vis-à-vis des pays les plus pauvres en tenant compte surtout des critères de bonne gouvernance, une diminution du protectionnisme de facto des pays les plus riches et un meilleur accès de leur marché pour les pays pauvres. L’ensemble de ces objectifs revêt un caractère important.

Les résultats en ce qui concerne la réduction de la pauvreté sont mitigés : le Brésil semble en bonne voie de l’atteindre, grâce surtout aux effets positifs de la disparition de l’hyper inflation en 1994-1995 et à deux programmes sociaux, le premier instituant une retraite pour les travailleurs ruraux, le second faisant bénéficier les famille pauvres d’une aide (« bourses familles ») d’environ une trentaine de dollars par mois ; le Mexique se rapprochera de l’objectif fixé ; l’Argentine aura des difficultés à l’atteindre à cause de l’explosion de la pauvreté en 2002 atteignant 57% de la population et ce malgré une croissance à des « taux asiatiques » depuis 2003.

 II Mutations et nouvelles vulnérabilités

1. La marginalisation des économies latino américaines s’accentue

Alors que de nombreuses économies asiatiques connaissent des taux de croissance très élevés et des mutations substantielles de leur système productif, les économies latino américaines accentuent relativement leurs retards. Ce n’est pas la gestion de dette qui a crée cette marginalisation, elle n’a fait que l’accentuer. En effet, la marginalisation économique des principaux pays d’Amérique latine vient de loin. Leur déclin relatif n’a pas été le même pour tous les pays. L’Argentine est un cas extrême : Alors qu’en 1913 le revenu par tête de l’Argentine correspondait à 65% de celui des britanniques, en 1945 il se situait encore à 60% pour passer à 39% en 2001. La comparaison avec le revenu par tête des espagnols est encore plus édifiante : 393% en 1913, 290% en 1945 et 51% en 2001. Le revenu par tête des argentins est passé ainsi du quintuple de celui des espagnols à un peu plus de la moitié [6]…Mais si elle vient de loi, elle a cependant son point d’orgue en 1976 (coup d’état) et en 1998-2002. L’évolution des principales économies latino-américaines, sans être aussi caricaturale, traduit un déclin relatif. Le Pib par tête moyen des de l’ensemble des pays latino américains [7] correspondait à 18% de celui des pays du G7 G7 Groupe informel réunissant : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. en 1960, 16% en 1980 et 12% approximativement en 2000 selon les calculs de G.Palma (2005, op.cit.). Le Pib par tête du Mexique par rapport était autour de 16% de celui des pays du G7 en 1960 et après une chute prononcée dans les années quatre vingt, il atteint 12% en 2000. Le Pib par tête du Brésil était plus ou moins équivalent de celui de la Corée du sud entre 1967 et 1977, en pourcentage de celui des pays de l’Ocde OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupait en 2002 les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les USA et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. La Turquie est le seul PED à en faire partie depuis le début pour des raisons géostratégiques. Entre 1994 et 1996, deux autres pays du Tiers Monde ont fait leur entrée dans l’OCDE : le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995 et 2000, se sont ajoutés quatre pays de l’ancien bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie. Puis d’autres adhésions se sont produites : en 2010, le Chili, l’Estonie, Israël et la Slovénie, en 2016 la Lettonie, en 2018 la Lituanie et, en 2020, la Colombie est devenue le trente-septième membre.

Site : www.oecd.org
, il décline ensuite alors que celui de la Corée progresse fortement : 13% du Pib par tête des pays de l’Ocde en 2000 pour le Brésil contre 44% pour la Corée. Le déclin relatif est donc net.

Dans les années quatre vingt dix, la croissance est plus ou moins élevée mais dans l’ensemble faible en raison de la volatilité des économies et se caractérisent par une tendance à la stagnation. Celle-ci s’explique surtout par des comportements rentiers des investisseurs alimentés par leurs préférences en faveur d’une consommation élevée et des orientations de l’épargne vers des placements financiers. Dans l’ensemble les taux d’investissement 40% inférieurs à ceux qu’on observe dans les économies asiatiques. A la différence des pays occidentaux où la finance a deux faces, une positive, l’autre négative, en Amérique latine, l’essor de la finance, avec la libéralisation des marchés, a surtout favorisé les aspects négatifs. Dans l’ensemble le financement des investissements par le système bancaire et le crédit à la consommation restent en pourcentage du Pib très faible même s’il a tendance à augmenter. Au Brésil s’institue un cercle vicieux banque – Etat au détriment des entreprises : les banques, attirées par les taux d’intérêt très élevés, achètent essentiellement des bons du Trésor Bons du Trésor Titres d’emprunts émis par le Trésor public pour se financer. Leur durée peut aller de quelques mois à trente ans ou plus. émis par l’Etat pour financer sa dette interne, et cherchent à développer des crédits de court terme à la consommation à des taux très lucratifs. Les entreprises financent une partie de leur capital circulant grâce à des emprunts très onéreux et financent leurs investissements par l’autofinancement, le recours aux marchés financiers pour les plus importantes d’entre elles, des emprunts subventionnés auprès de la Banque de l’Etat. Il ressort de cela une nouvelle tendance à la stagnation économique qui jure par rapport à l’essor économique que les économies asiatiques connaissent.

Les parcours économiques de ces trois pays depuis la début du millénaire ne sont pas les mêmes : l’Argentine connaît un boom économique depuis 2003 après avoir connu depuis 1999 une récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres consécutifs. et sa mutation en une crise extrêmement profonde en 2002, un surplus primaire conséquent de son budget [8], une balance commerciale fortement excédentaire et une balance des comptes courants positive, une diminution de son taux de pauvreté, une distribution des revenus qui reste quasiment aussi inégale qu’elle l’était devenue dans les années quatre vingt et quatre vingt dix, une hausse encore modérée de son taux d’inflation. Cependant, même si on observe une forte reprise des investissements dans le secteur industriel et un début de substitution des importations, l’économie reste encore fortement primarisée.

Le Brésil conserve en moyenne un taux de croissance faible, mais obtient une nette amélioration de sa balance commerciale. Celle-ci devient fortement positive ce qui conduit à un solde positif de sa balance des comptes courants. A la différence de l’Argentine, son appareil de production, modernisé, moins intégré que par le passé grâce à une ouverture plus importante et à l’importation plus massive de biens d’équipement, reste le socle de l’essor de ses exportations, même si une partie importante de l’essor de celles-ci s’explique par la croissance de ses exportations de matière premières, en général plus transformées qu’en Argentine. L’essor des exportations et le solde fortement positif de sa balance commerciale compense la baisse relative des investissements étrangers directs qui toutefois restent à un niveau élevé, inférieur de moitié à ce qu’ils étaient à l’époque de privatisations massives de la fin des années quatre vingt dix. Le besoin de financement externe baisse, le service de la dette externe en terme du Pib, ou bien en termes des exportations, chute. La vulnérabilité du Brésil se situe sur un autre plan : l’endettement interne augmente considérablement, du en grande partie à des taux d’intérêt réels parmi les plus élevés du monde. Le surplus primaire est à un niveau élevé en pourcentage du Pib, les inégalités ne diminuent pas ou faiblement et restent parmi les plus élevées du monde d’un point de vue global. Lorsqu’on entre dans le détail on constate cependant une déformation de la courbe de Lorentz : les cinq pour cent les plus riches polarisent davantage de revenus, les plus pauvres également et connaissent une amélioration relative, les couches moyennes pâtissent de ces évolutions.

Le Mexique, quant à lui, connaît également un taux de croissance médiocre de son Pib. Celui-ci s’explique en grande partie par la dépendance accrue et quasi exclusive de la conjoncture nord américaine. Le Mexique, fait partie de l’Amérique latine et de l’Amérique du Nord. Culturellement il est latino, économiquement, nord américain. Son commerce extérieur est à plus des quatre cinquièmes dirigé vers le Etats-Unis et le Canada, le dernier cinquième se partage entre l’Asie l’Europe et l’Amérique centrale et du sud. ll entretient donc très peu de relations commerciales avec l’Amérique latine. Aussi lorsque la conjoncture nord américaine décline, le Mexique souffre, ce qui a été le cas au début des années 2000. La spécialisation industrielle s’est orientée de plus en plus vers le développement des industries d’assemblage (les « maquilladoras ») avec très peu d’intégration locale et donc très peu d’effets d’entraînement. Le Mexique est le seul des trois grands pays à conserver un déficit conséquent de sa balance commerciale. Pour autant, l’essor des exportations a été très important, l’économie est la plus ouverte des trois [9] et le résultat est qu’apparemment, en pourcentage de ses exportations, le service de sa dette externe chute fortement. Pour autant une grande partie de ses exportations industrielles dépend de ses importations, si bien que le choix de cet indicateur pour mesurer sa vulnérabilité externe est moins pertinent que pour les deux autres pays.

2. La libéralisation imposée par les différentes générations de politique d’ajustement structurelle a modernisé une partie de l’appareil de production

Les effets de ces politiques n’ont pas été immédiats. Très souvent des pans entiers de l’industrie ont disparu. Ceux qui ont « résisté » avaient un niveau de productivité suffisant pour faire face à la concurrence externe, ont connu une croissance de leur productivité du travail importante. Cette nouvelle compétitivité a pu être « aidée » au début par les maxi dévaluations, mais c’est fondamentalement la modification des techniques de production (facilitée par l’importation de biens d’équipement incorporant le progrès technique à des coûts réduits grâce à la baisse des droits de douane et à l’appréciation de la monnaie nationale) et de la manière de produire (modification de l’organisation du travail avec davantage de flexibilité de main d’œuvre) qui expliquent le retournement de la balance commerciale au Brésil et la dynamisation de l’exportation de ses produits manufacturés. Cela étant, les analyses de Lall (2004), Palma (2005) ont montré que la montée des exportations de produits industriels concernait surtout des produits de moyenne et basse technologie à la différence des pays asiatiques où on observe une croissance plus rapide des produits de moyenne et haute technologie [10].

La montée en puissance de la modernisation est donc réelle mais insuffisante par rapport à la structuration et l’évolution du commerce international, ciblée de plus en plus sur l’achat – vente de produits à haute technologie. Ce décrochage relatif est la conséquence logique des comportements rentiers que nous avons évoqués.

Plus précisément, dans les années quatre vingt dix et suivantes, l’écart entre la croissance de la productivité et la croissance atone des salaires s’accentue. On pourrait penser que la distribution des fruits de la hausse de la productivité aux seuls profits pourrait permettre une hausse de la formation brute du capital et une croissance plus soutenue dont les salariés bénéficieraient à terme. Une telle séquence, à la Schmidt (« les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain ») serait légitime pour certains économistes. Le problème est que cette distribution des hausses de la productivité aux seuls profits ne conduit pas ou peu à une hausse du taux d’investissement. Celui-ci reste à un niveau relativement médiocre et la croissance au total n’est pas élevée sur moyenne et longue période. L’ensemble des profits du secteur non financier augmente, mais en son sein la part des profits versée au secteur financier croit plus rapidement que celle consacrée aux investissements productifs. Ces derniers progressent insuffisamment pour alimenter une forte croissance, mais suffisamment pour conduire à un décrochage de l’évolution des salaires par rapport à la productivité. Les inégalités augmentent [11]. La contrainte pour les entreprises non financières tient de la quadrature du cercle : elles doivent dégager des profits en forte croissance pour alimenter toujours plus le très fort « appétit » de la finance. Ceci explique leur réticence à faire bénéficier leurs salariés de la hausse de la productivité. Mais cette hausse de la productivité trouve des limites parce que le taux d’investissement croit peu et que la part consacrée à la recherche et développement est des plus réduites [12]. Ces limites sont en partie surmontées par l’importation de biens d’équipement up to date et des modifications dans l’organisation du travail, mais elles demeurent pour l’essentiel et grèvent les possibilités à moyen terme de poursuivre cette dynamique en faveur dus seul secteur financier. En ce sens la vulnérabilité de ce régime de croissance est nouvelle. Miné par les côtés négatifs de la finance, il ne peut que soit péricliter en accentuant encore plus les inégalités de revenus, soit, par un nouvel arbitrage entre la finance et l’industrie, dépasser cette contradiction, ce qui passe par une redéfinition du rôle de l’Etat.

3. La vulnérabilité de ces économies diminue et augmente selon les critères retenus

Limitée aux seuls critères des ratios service de la dette sur Pib, elle a diminué de manière incontestable. Cette réduction s’explique surtout par l’ouverture plus prononcée de ces économies : selon la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
(WDI,2006) le degré d’ouverture du Brésil était de 11,7% en 1990 et atteint en 2004 26,9%. En Argentine et au Mexique les données sont respectivement 11,6% et 32,1% en 1990, 37,1% et 58,5% en 2004. Cette vulnérabilité diminue également grâce à la venue de soldes positifs de la balance des comptes courants au Brésil et en Argentine, du maintien à un niveau au Brésil des investissements étrangers directs , de l’essor très prononcé au Mexique des transferts des mexicains de l’étranger (20 milliards de dollars en 2005), par le poids moins important qu’au début des années quatre vingt dix des capitaux spéculatifs à court terme dans l’ensemble des entrées de capitaux.

Lorsqu’on considère d’autres critères, le diagnostic change. La très forte ouverture aux investissements directs produit déjà des sorties de capitaux au titre des dividendes versés, des profits rapatriés, considérable dont la progression est très élevée. Comme parallèlement ces capitaux ont tendance à se localiser de plus en plus dans les services au détriment relatif de l’industrie (sauf au Mexique), ils contribuent moins que par le passé à l’essor des exportations. Les comportements rentiers expriment une très forte sensibilité des investisseurs à la finance. Or le secteur financier est très sensible aux mouvements spéculatifs et les montants fuyant un pays peuvent être considérables, dans un délai très bref. Cette sensibilité exacerbée se répercute avec un effet de levier Effet de levier L’effet de levier désigne l’effet sur la rentabilité des capitaux propres d’une entité (entreprise, banque, etc.) qu’aura son recours à l’endettement (elle augmentera lorsque le coût de l’endettement sera inférieur à l’augmentation des bénéfices obtenus grâce à lui, et inversement). Le ratio de levier calcule le rapport entre les fonds propres d’une telle entité et le volume de ses dettes. Les banques ont progressivement augmenté cet effet de levier avec la libéralisation financière, c’est-à-dire que pour 1000 euros de capital le nombre d’euros qu’elles ont pu emprunter a considérablement augmenté. considérable sur le secteur réel. Donnons quelques exemples : lorsqu’on augmente sensiblement les taux d’intérêt afin de freiner la sortie de capitaux et de l’inverser, l’effet premier de cette hausse brutale est de rendre les crédits excessivement chers, d’augmenter le service de la dette interne de l’État et, ce faisant, de rendre plus difficile la réduction promise de son déficit ; et enfin, très rapidement, de provoquer une récession si ce n’est une accentuation de la crise dans le secteur réel. Nous sommes donc en présence de ce qu’on pourrait appeler un phénomène d’overshooting du secteur financier sur le secteur réel.

 Conclusion

Il y a pas ou peu de relations entre les réformes entreprises et les succès ou les échecs économiques. Certains pays en développement ont réalisé de réformes importantes et ont obtenu surtout des effets pervers, d’autres ne les ont par réalisées et ont obtenu des succès économiques qui leur permettent à présent de commencer à en réaliser certaines. C’est à partir d’un tel constat que certains économistes (Hausmann, Rodrik, Velasco par exemple), participant très souvent à des recherches financées par les institutions internationales, préconisent de changer de stratégies. Au lieu de promouvoir des réformes d’ensemble, supposées a priori bénéfiques, mieux vaut selon eux, partir d’un diagnostic précis des obstacles à la croissance et choisir parmi les réformes possibles celles qui atténuent les plus importants d’entre eux et ont le plus grand effet en terme de croissance. En paraphrasant C.Fuentes, on pourrait ajouter que moins de dogmatisme, d’a priori et un peu plus de pragmatisme, auraient permis d’éviter « tant de violence contre les faibles, au nom du droit et tant de justice envers les puissants, au nom de l’impunité »...

 Bibliographie sommaire

Hausmann R, Rodrik D et Velasco A (2006), « Growth Strategies » Working paper, Université d’Harvard.
Palma G.– (2005), « Flying-geese and lame-ducks : regional powers and the different capabilities of Latin America and East Asia to demand-adapt and supply-upgrade their export productive capacity », Cambridge University, working paper, publié en grande partie dans la revue Tiers Monde, 2006.
Palma G – (2005), “The seven main stylised facts of the Mexican economy since trade liberalization and Nafta”, revue Industrial and Corporate Change
Lall S. (2004), « Reinventing industrial strategy : the role of government policy in building competitiveness », G-24 Discussion Paper Series, United Nations, New York.
Lall S, Weiss J et Zhang J (2006), « The sophistication of exports : a new trade mesasure », World Development vol.34, N° 2
Salama P (2006), Le défi des inégalités, une comparaison économique Amérique latine/Asie, éditions La Découverte, 2006
SOLIMANO A. et SOTO R. (2005), « Economic growth in Latin America in the late 20th century : evidence and interpretation », CEPAL, Macroeconomia del desarollo, n° 33,

 Tableaux

Tableau 1.– Les taux de croissance du PIB en Amérique latine, 1994-2005 (en %, à prix constant de 1995)

1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005
Argentine 4,4 –4,1 4,1 6,6 2,5 –4,6 –1,9 –5,4 –11,7 7,7 9,0 9,2
Brésil 4,7 2,7 1,0 1,6 –1,2 –0,4 2,4 –0,2 0,1 –1,2 4,9 2,5
Mexique 2,5 –7,8 3,6 5,0 3,4 1,9 5,1 –1,8 –0,7 –0,9 4,4 3,9
Amérique latine 3,4 –0,6 2,1 3,4 0,6 –1,1 2,1 –1,1 –2,1 0,5 5,9 4,3

Source : CEPAL, Annexe statistique, 2005 (et ° FMI, World Economic Outlook, 2005).

Tableau 2.– Fréquence des crises économiques en Asie et en Amérique latine (1960-2002)

Nombre d’années à taux de croissance négatif du PIB entre 1960 et 1980 Nombre d’années à taux de croissance négatif du PIB entre 1981 et 2002 Nombre d’années à taux de croissance négatif du PIB entre 1960 et 2002 Pourcentage d’années de crise de 1960 à 2002
Argentine 6 11 17 42 %
Brésil 3 9 12 29 %
Mexique 0 8 8 20 %
Corée 2 1 3 7 %
Thaïlande 0 2 2 5 %

Source : Solimano et Soto, 2005, à partir des données de la Cepal et du FMI.




Pierre Salama est Economiste, Professeur Université de paris XIII, dernier ouvrage paru : Le défi des inégalités, une comparaison économique Amérique latine/Asie, éditions La Découverte, 2006.

Notes

[1Comme l’ont fait remarquer de nombreux économistes, la recherche d’une crédibilité accrue auprès de marchés financiers passait par l’instauration d’un change fixe. La raison est simple : en période d’hyperinflation, la variable clé est le taux de change, plus exactement le taux de change au parallèle. La variation de l’écart entre le taux de change parallèle et le taux de change officiel se transmet quasi automatiquement aux prix. Dès lors la stabilisation des prix passe à la fois par la confusion entre change parallèle et change officiel obtenu grâce à la libéralisation du marché des changes, et par la crédibilité du nouveau taux de change obtenue elle par une politique de big bang de libéralisation de l’ensemble des marchés. Dans ce contexte, annoncer un taux de change fluctuant, c’était transmettre un message peu claire sur la volonté de freiner l’inflation. Nous avons longuement développé ces mécanismes, voir nos articles dans notre page web : http://perso.orange.fr/pierre.salama/

[2On appelle « primarisation de l’économie » un processus qui vise à une spécialisation vers des l’abondance relative des ressources naturelles. Le premier pays à être revenu vers ce type de spécialisation respectant les dotations relatives des facteurs de production est le Chili de Pinochet. L’Argentine, avec les gouvernements Menem, détruit en grand partie son industrie, devenue il est vrai obsolète avec la crise des années quatre vingt, et opte pour une spécialisation portant sur des produits primaires, d’origine agricole, peu transformés et énergétiques au détriment de son industrie.

[3C’est une caractéristique des systèmes de change en Amérique latine : entre deux crises financières, que le change nominal soit fixe ou libre, le change réel tend à s’apprécier et les changes libres à être « sales ».

[4Celle ci est renforcée lorsque la balance commerciale devient fortement excédentaire comme c’est le cas aujourd’hui du Brésil et de l’Argentine. On peut observer cependant des comportements différents en Argentine et au Brésil. En Argentine, le gouvernement cherche à éviter une trop forte appréciation de sa monnaie, considérant que les pays à monnaie sous appréciée en plus de chance de maintenir une croissance forte, ainsi qu’on peut l’observer en Asie. Au Brésil, le gouvernement, via la banque centrale, laisse davantage la monnaie s’apprécier, considérant que celle-ci fait partie de la lutte contre l’inflation, espérant ainsi à la fois obtenir une baisse du spread pour ses emprunts internationaux, un remboursement moins onéreux exprimé en monnaie nationale et une incitation plus forte à l’entrée de capitaux.

[5L’objectif phare consiste à réduire ce niveau de pauvreté absolue de 1990 de moitié d’ici à 2015. Les autres visent à améliorer la santé : baisser des deux tiers le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans, des trois quart le taux de mortalité des femmes lors de l’accouchement, combattre le SIDA et les épidémies-, l’éducation : faire en sorte que les enfants de sept à quatorze ans des deux sexes puissent suivre un enseignement de base, promouvoir l’égalité hommes femmes à tous les niveaux d’enseignement…voir l’ensemble de ces mesures dans World Development Indicators, World Bank, 2006

[6Voir Clarin du 24/05/206. Pour une étude comparative du déclin relatif de l’Amérique latine et de manière plus prononcée de l’Argentine, voir G.Palma (2005), publié en grande partie dans la revue Tiers Monde, 2006.

[7Plus précisément, les calculs sont effectués à dollar constant (1995) et concernent 11 pays, soit L’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, le Costa Rica, la Colombie, la Jamaïque, le Mexique, le Pérou, l’Uruguay et le Venezuela.

[8Le surplus primaire du budget est la différence entre les recettes et les dépenses publiques hors celles finançant le service de la dette tant interne qu’externe. Le solde du budget, une fois comptabilisées ces dépenses est faiblement négatif.

[9Le ratio d’ouverture mesuré par l’ensemble importation plus exportations sur Pib passe de 32,1% en 1990 à 58,5% en 2004 au Mexique contre 11,7% et 26,9% au Brésil et 11,6% et 37% en Argentine entre les mêmes dates. La comparaison avec la France est intéressante : 36,4% et 44,7%. Voir World Development Indicators op.cit, pages 315 et suivantes.

[10La classification pourrait prêter parfois à confusion dans le cas du Mexique. Ce pays exporte des produits à haute technologie si on s’en tient à la classification CTCI. Mais en réalité il s’agit surtout d’une production qui se limite à de l’assemblage avec peu d’effets d’entraînement vis-à-vis des de l’industrie locale en raison d’un degré d’intégration extrêmement faible. C’est la raison pour laquelle Lall et alii (2006) proposent d’introduire d’autres critères dont l’un est lié à la valeur ajoutée produite. Sur ces questions voir également Palma (2005).

[11Nous avons développé cet aspect dans Le défi des inégalités…op.cit.

[12Dans l’ensemble, recherche publique incluse, les dépenses en recherche développement dans ces pays se situent entre 0,4 et 0,6% du Pib contre plus de 3% en Corée du sud.