Communiqué de presse

Après une baisse de l’aide publique au développement de 5% en 2006, le CADTM dénonce l’échec du financement du développement par les pays riches

3 avril 2007


Contrairement aux proclamations généreuses lors des sommets internationaux, l’aide publique au développement (APD APD On appelle aide publique au développement les dons ou les prêts consentis à des conditions financières privilégiées accordés par des organismes publics des pays industrialisés à des pays en développement. Il suffit donc qu’un prêt soit consenti à un taux inférieur à celui du marché pour qu’il soit considéré comme prêt concessionnel et donc comme une aide, même s’il est ensuite remboursé jusqu’au dernier centime par le pays bénéficiaire. Les prêts bilatéraux liés (qui obligent le pays bénéficiaire à acheter des produits ou des services au pays prêteur) et les annulations de dette font aussi partie de l’APD, ce qui est inadmissible. ) délivrée en 2006 par les pays riches a baissé de plus de 5%. D’un montant de 103,9 milliards de dollars, l’APD ne représente que 0,30% du revenu national brut des pays donateurs, alors qu’ils se sont engagés, à plusieurs reprises depuis 1970, à la porter à 0,70%.

Une fois encore, le contenu même de l’APD pose problème. Les remises de dettes en constituent une part importante : plus de 19 milliards de dollars. Les principaux pays bénéficiaires sont le Nigeria (11 milliards de dollars) et l’Irak (3 milliards), pour des raisons bien connues : le Nigeria est le principal producteur africain de pétrole et l’Irak est occupée militairement par une coalition dirigée par les Etats-Unis. Loin de représenter un flux financier nouveau, ces annulations ne correspondent en fait qu’à des jeux d’écriture comptable, reflétant bien plus les intérêts géostratégiques en jeu. De surcroît, ces remises de dettes s’accompagnent généralement de mesures économiques favorables aux créanciers et qui frappent durement les populations (réduction des budgets sociaux, suppression des subventions aux produits de base, TVA généralisée, privatisations, libéralisation de l’économie favorisant les entreprises multinationales...). Qui peut affirmer que les populations irakiennes ont profité d’une quelconque réduction de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 ?

De plus, l’aide à l’Afrique (hors remises de dette) a stagné alors que les pays du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. s’étaient engagés en 2005 à doubler cette aide d’ici 2010. Le CADTM dénonce ce jeu de dupes récurrent des dirigeants des grandes puissances : peu avares de promesses quand les regards sont braqués sur eux, ils s’empressent de ne pas les tenir dès que les projecteurs s’éteignent, quitte à gonfler artificiellement certaines statistiques, comme l’APD avec les remises de dettes par exemple.

Enfin, une partie de l’APD est constituée de prêts que les pays en développement devront rembourser jusqu’au dernier centime. Le CADTM exige que l’APD soit constituée uniquement de dons attribués selon les besoins réels des populations et non selon les intérêts des donateurs et de leurs grandes entreprises.

Aujourd’hui la preuve est faite : alors que les droits humains fondamentaux ne sont pas garantis dans de nombreuses régions du monde, la volonté politique d’aider vraiment les populations des pays pauvres n’existe pas et les dirigeants des pays riches n’ont toujours pas l’intention de tenir leurs promesses.

Pour le CADTM, cette mascarade doit cesser et il est urgent de changer radicalement de logique. Alors que les populations des pays en développement se saignent aux quatre veines pour rembourser une dette largement odieuse, les dirigeants des pays riches font semblant de s’apitoyer sur le sort de milliards d’individus et portent une lourde responsabilité dans la dégradation des conditions de vie dans le monde.


Dépêche AFP

Des ONG fustigent le recul de l’aide OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupait en 2002 les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les USA et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. La Turquie est le seul PED à en faire partie depuis le début pour des raisons géostratégiques. Entre 1994 et 1996, deux autres pays du Tiers Monde ont fait leur entrée dans l’OCDE : le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995 et 2000, se sont ajoutés quatre pays de l’ancien bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie. Puis d’autres adhésions se sont produites : en 2010, le Chili, l’Estonie, Israël et la Slovénie, en 2016 la Lettonie, en 2018 la Lituanie et, en 2020, la Colombie est devenue le trente-septième membre.

Site : www.oecd.org
aux pays pauvres


PARIS, 3 avr 2007 (AFP) - Des organisations non-gouvernementales ont vivement critiqué le recul de l’aide aux pays pauvres versée par les pays de l’Organisation pour la coopération et
le développement économiques (OCDE) l’an dernier, jugeant en outre les chiffres « gonflés », selon plusieurs communiqués mardi.

« Les pays riches trahissent leurs promesses d’augmenter l’aide au développement en faveur des pays les plus pauvres », dénonce Oxfam France-Agir Ici, qui affirme que "les chiffres de
2006 sont massivement gonflés par les annulations de dettes du Nigeria et de l’Irak, qui représentent à elles seules près du quart de l’aide française
« . »Contrairement aux proclamations généreuses lors des sommets internationaux« , l’aide aux pays en développement (APD) des pays riches a baissé de »plus de 5%" en 2006 et ne
représente que « 0,30% du revenu national brut des pays donateurs, alors qu’ils se sont engagés, à plusieurs reprises de puis 1970, à la porter à 0,70% », renchérit le Comité pour
l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM).

Pour lui, « le contenu même de l’APD pose problème », en raison des remises de dettes, qui en constituent une part « importante ».

Un avis partagé par Coordination Sud, membre de la fédération européenne d’ONG Concord, qui dénonce le « gonflement des chiffres de l’aide » par les pays donateurs, en tête desquels la
France et l’Autriche, les « deux plus mauvais élèves de l’UE en 2006 ».

Les 1.600 ONG rassemblées au sein de Concord estiment que les gouvernements des pays riches ont « gonflé » les chiffres de l’aide qu’ils ont versée, affirme Coordination Sud, précisant
que sur l’année 2006, « près de 30% de l’aide européenne, soit 13,6 milliards d’euros, constitue de l’aide +artificielle+ » qui ne correspond pas "à des ressources supplémentaires pour les
pays pauvres".

Ce chiffre monte à 40% pour la France, d’après Régis Mabilais, porte-parole de l’association.