A l’heure de l’élection au parlement européen

Agir pour éradiquer le capitalisme et toutes les formes d’oppression

6 juin 2009 par Eric Toussaint , Damien Millet


Les défenseurs du capitalisme, au premier rang desquels les dirigeants de l’Union européenne, ont perdu toute crédibilité. Depuis des années, ils piétinent les droits des peuples, mais n’ont pas hésité à prendre le contrepied de leurs principes affichés pour organiser le sauvetage des banques. Les partis au pouvoir en Europe pouvaient agir autrement en les nationalisant et en récupérant le coût de cette opération sur le patrimoine des grands actionnaires et des administrateurs. L’instrument public de crédit ainsi constitué pourrait financer des projets socialement utiles, respectueux de l’environnement, générateurs d’emplois, tout en garantissant l’épargne des particuliers. La crise remet à l’ordre du jour des propositions écartées durant la longue nuit néolibérale, comme la réduction radicale du temps de travail (avec embauche compensatoire et sans perte de salaire) ou l’indexation des salaires et des allocations sociales sur le coût de la vie. L’Europe a besoin d’une nouvelle discipline financière : il faut ouvrir les livres de compte des entreprises à des audits internes (syndicats) et externes, réglementer tous les produits financiers Produits financiers Produits acquis au cours de l’exercice par une entreprise qui se rapportent à des éléments financiers (titres, comptes bancaires, devises, placements). et interdire aux entreprises d’avoir quelque actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans un paradis fiscal Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
. Il faut transférer les grands moyens de production, de commercialisation, de la finance, de la communication et des autres services dans le domaine public en les retirant des mains des capitalistes. Il faut promouvoir systématiquement les biens communs.

Sur le plan politique, les citoyens européens doivent prendre le pouvoir politique qui leur est confisqué. Les peuples qui ont pu s’exprimer sur le traité constitutionnel ont manifesté leur refus, mais les dirigeants sont passés outre sans le moindre scrupule. Pendant ce temps, le Venezuela, l’Equateur et la Bolivie nous montrent l’exemple. Les citoyens y ont élu une Assemblée constituante afin d’élaborer un projet de nouvelle Constitution, discuté avec les mouvements sociaux et approuvé par référendum. Dans ces trois pays, les électeurs ont maintenant le droit de révoquer tous les élus politiques à mi-mandat, alors qu’aucune Constitution européenne ne prévoit un tel mécanisme hautement démocratique.

Les pays d’Europe doivent arrêter de piller les ressources naturelles et les savoirs du Sud, ils doivent augmenter l’aide publique au développement qu’il faut rebaptiser « contribution à la réparation » en guise de remboursement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
écologique, sociale et historique. L’Europe doit annuler la dette du Tiers Monde et appliquer la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans toutes ses dimensions, notamment en ce qui concerne le droit de libre circulation et d’établissement des personnes. L’Europe doit abandonner l’énergie nucléaire et mettre hors d’état de nuire toutes les armes nucléaires présentes sur son territoire. L’Europe doit sortir de l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
et ses troupes doivent se retirer de tous les territoires occupés militairement. L’Europe doit fermer toutes les bases militaires des Etats-Unis sur son territoire. Tous les pays membres de l’Union européenne doivent rendre leur indépendance aux peuples qu’ils colonisent encore aujourd’hui (Antilles « françaises », « hollandaises », territoires britanniques d’outremer, Nouvelle Calédonie, Ile de la Réunion…). L’Europe doit rompre les accords de partenariat avec Israël et faire tout ce qui est nécessaire afin que soient respectés les droits du peuple palestinien.

Le capitalisme a plongé l’humanité dans une profonde crise multidimensionnelle : financière, économique, climatique, alimentaire et énergétique, sans oublier les guerres et la course à l’armement. Le patriarcat perpétue un système qui opprime les femmes dans toutes les dimensions de la vie. Comme l’affirme l’assemblée des femmes tenue à Belém lors du Forum social mondial le 1er février 2009 : « Face à ces crises, les réponses palliatives basées encore dans la logique du marché ne nous intéressent pas. Ceci ne peut seulement mener qu’à une survie du même système. Nous avons besoin d’avancer dans la construction d’alternatives pour nous opposer au système patriarcal et capitaliste qui nous opprime et nous exploite [1] » .

Nous soutenons également la déclaration des peuples indigènes adoptée elle aussi à Belém : « La crise du modèle de développement capitaliste, eurocentrique, machiste et raciste est totale et nous conduit à la plus grande crise sociale et environnementale de l’histoire de l’humanité. La crise financière, économique, énergétique, productive aggrave le chômage structurel, l’exclusion sociale, la violence raciste, machiste et le fanatisme religieux. De si nombreuses et si profondes crises en même temps configurent une véritable crise de la civilisation occidentale, la crise du « développement et de la modernité capitaliste » qui met en danger toutes les formes de vie. Face à cela cependant, il y en a qui rêvent encore d’améliorer ce modèle et qui ne veulent pas reconnaître que ce qui est en crise, c’est le capitalisme, l’eurocentrisme avec son modèle d’Etat destiné à une nationalité, d’homogénéité culturelle, de droit positif occidental et de marchandisation de la vie [2]. »

Le capitalisme, le patriarcat et toutes les formes d’oppression ne disparaîtront pas d’eux-mêmes : seule l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
consciente des femmes et des hommes peut déboucher sur la création d’un autre système qui aura pour objectifs la satisfaction des droits humains indivisibles et la protection de la nature. En rupture avec la tragique caricature stalinienne, il s’agit d’en finir avec le capitalisme et de réinventer un projet écologiste, socialiste et féministe, ancré dans la réalité du 21e siècle.




Notes

[1Extrait de la déclaration de l’assemblée des femmes http://www.cadtm.org/spip.php?article4105

[2Texte original en espagnol : http://www.cadtm.org/spip.php?article4133

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

Damien Millet

professeur de mathématiques en classes préparatoires scientifiques à Orléans, porte-parole du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), auteur de L’Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec Frédéric Chauvreau des bandes dessinées Dette odieuse (CADTM-Syllepse, 2006) et Le système Dette (CADTM-Syllepse, 2009), co-auteur avec Eric Toussaint du livre Les tsunamis de la dette (CADTM-Syllepse, 2005), co-auteur avec François Mauger de La Jamaïque dans l’étau du FMI (L’esprit frappeur, 2004).

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