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Contre révolution en Tunisie : la Stratégie du Choc et la Banque mondiale. »
par Chafik Ben Rouine
17 décembre 2012

Suite à la révolution du 14 Janvier 2011 en Tunisie, l’espoir d’abattre le régime de Ben Ali s’est transformé en crainte, légitime, de voir apparaître une contre-révolution, c’est-à-dire une réaction du Système qui a engendré et soutenu ce régime. Nous affirmons que cette contre-révolution a bien lieu, qu’elle a débuté officiellement le 26 Mai 2011, lors du G8 de Deauville, et qu’elle est toujours en cours, malgré les élections du 23 Octobre 2011. Elle repose principalement sur une stratégie éprouvée dans d’autres pays et qui a été dénoncée par Naomi Klein dans son livre qui en porte le nom : « La Stratégie du Choc ». Celle-ci consiste à profiter du trouble psychologique suite à un choc (catastrophe naturelle, changement de régime, etc.) pour imposer des mesures ultra-libérales qui n’auraient pu être imposées sans ce choc. Elle repose donc sur une perte de souveraineté temporaire du pays, mis sous tutelle d’entités extérieures qui appliquent, durant cette période, cette thérapie du choc avant que le peuple ne se ressaisisse pour recouvrer sa souveraineté.

Dans ce cadre, nous avons enquêté sur le plus gros prêt octroyé à la Tunisie par les IFI (Institutions Financières Internationales), d’un montant de 2 Milliards de dinars, signé le 26 Mai 2011 au G8 de Deauville. L’objectif de ce prêt est double : à court terme, l’objectif est de démanteler tout ce qui entrave l’ultra-libéralisme ; à long terme, l’objectif est d’endetter la Tunisie en lui octroyant des prêts qui ne génèrent pas les ressources suffisantes pour les rembourser, affectant ainsi la souveraineté du pays. Nous synthétisons ici le fruit de cette enquête, et nous publierons au fur et à mesure l’analyse de chacune des mesures inclues dans ce prêt. La Banque mondiale (BM) jouant un rôle essentiel dans la contre-révolution, nous nous baserons sur ses documents et son idéologie pour l’analyse du prêt en question.

La supercherie de la libéralisation des noms de domaine sur Internet. La Banque mondiale a misé sur le fait que la libéralisation des contraintes sur les noms de domaines sur Internet contenues dans la Charte de Nommage allait faire exploser le nombre de créations de sites Internet et donc de création d’emplois liées au domaine des TIC. Or, le résultat de cette mesure s’est résumé à inverser les mêmes noms de domaine interdits, rien n’a été modifié en terme de contenu. Cette libéralisation est donc, proprement, une supercherie.

La pseudo-lutte contre la corruption. La Banque mondiale critiquant, à juste titre, la corruption qui sévissait dans le secteur des marchés publics, un des secteurs les plus propices à la corruption, a voulu réformer le code des marchés publics selon deux principes : efficacité et transparence. Or, au regard des modifications faites sur ce dit code, nous découvrons que tout le contraire s’est produit : ces modifications engendrent une incitation à la corruption, une certaine opacité et une inefficacité dans un des outils les plus stratégiques d’un pays souverain.

Des réformes redondantes. La Banque mondiale prône également l’e-government en Tunisie comme solution, alors même qu’en 2010, l’ONU avait classé la Tunisie au premier rang des pays africains sur cette question. Celle-ci consiste en une réforme dans des secteurs tels que la douane ou les impôts touchant ainsi à des secteurs clé du pays, ce qui nous permettra de revenir sur le rôle controversé de l’ancien ministre des finances de l’époque, Jalloul Ayed.

Une réforme indigne sur l’emploi. Concernant les mesures sociales sur l’emploi, un décret a été signé pour le financement du programme AMAL. Ce décret a, au passage, modifié certains articles qui ont clairement diminué le salaire des stagiaires dans le cadre de l’ANETI en supprimant notamment la prime complémentaire. Il est permis de douter quant à l’efficacité et la pérennité de ce programme d’urgence pour l’emploi.

Une bonne gouvernance à deux vitesses. Concernant le secteur financier, une circulaire sur la bonne gouvernance institutionnelle dans le secteur a été mise en place. En prenant l’exemple significatif de la Banque Centrale Tunisienne, nous constatons que sous la Gouvernance de Mustapha Kamel Nabli, nombre de membres du Conseil d’Administration ne respectaient pas les principes les plus élémentaires de bonne gouvernance.

Des réformes superficielles. Le prêt a conduit à adopter une mesure sur les services publics et les régions mal desservies qui reste à la surface des problèmes, sans jamais questionner les causes des inégalités régionales. Le vague et parfois même le manque de sérieux de ces mesures sont mis en exergue.

La Banque mondiale et la Tunisie. Enfin, nous terminerons l’enquête par un article qui synthétise la vision idéologique de la Banque mondiale en Tunisie et fait ressortir le rôle très important qu’a joué Mustapha Kamel Nabli dans l’établissement de cette idéologie.

Ainsi, toutes ces mesures ne se résument qu’à un aspect purement législatif, et ne concernent en aucun cas un quelconque projet générant des ressources. C’est donc un endettement en perte sèche.

Pour chaque synthèse, une analyse approfondie de chacune des mesures mentionnée ci-dessus sera mise à disposition du public, afin d’en mesurer l’ampleur, voire le vide parfois. Cela permettra de mettre en lumière la mise sous tutelle progressive de la Tunisie par des entités extérieures durant la période de transition.

Voir : Le document de prêt officiel de la Banque mondiale.


Chafik Ben Rouine

Chafik Ben Rouine, Auditons les Créances envers la Tunisie (Campaign to Audit Tunisia’s debt)