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Stoppons le financement du Barrage Gibe 3 en Ethiopie
par Eric De Ruest
24 mars 2010

Un collectif d’ONG internationales composé de la coalition Counter Balance, Les Amis de la Terre, Campana per la riforma della banca mondiale (CRBM), Friends of Lake Turkana, International Rivers et Survival international, a lancé le 23 Mars dernier une pétition contre la construction du barrage Gibe III en Ethiopie.

Gibe III menace les conditions de vie de quelques 500 000 personnes dans le Sud de l’Ethiopie et le Nord du Kenya. Il détruirait également la basse vallée de l’Omo, site préhistorique de renommée mondiale, et l’écosystème du Lac Turkana, tous deux inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Gibe III interrompra la crue naturelle de l’Omo qui dépose le limon fertile sur ses berges. Dans une région où la sécheresse est chronique, le barrage aura des conséquences dévastatrices sur les moyens de subsistance des riverains qui y pratiquent une agriculture de décrue.

La campagne lancée ce mardi demande au gouvernement éthiopien d’interrompre la construction du barrage Gibe III et exhorte les investisseurs internationaux, dont la Banque africaine de développement, la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale et le gouvernement italien à se retirer du projet.

La compagnie italienne Salini Costruttori contractée pour ce barrage a déjà construit le barrage Gibe II dont une partie s’est effondrée dix jours à peine après sa mise en service en janvier dernier.

La plupart des peuples indigènes qui seront affectés par le barrage ne connaissent rien du projet. Le gouvernement éthiopien qui impose une forte répression sur les organisations indigènes a dissous 41 associations communautaires locales, empêchant ainsi les communautés d’organiser des réunions à propos du barrage. Il projette de céder de grandes parties des territoires indigènes de la vallée de l’Omo à des compagnies et des gouvernements étrangers pour y pratiquer l’agriculture à grande échelle, dont celle d’agrocarburants qui sera irriguée par l’eau du barrage.

« Ce projet a été lancé sans étude d’impact préalable, en violation de la loi éthiopienne. Il viole aussi la Constitution éthiopienne et plusieurs Conventions internationales, notamment sur les droits des populations indigènes. La situation politique dans le pays ne permet pas aux populations de protester, et de toute façon, elles ne sont pas informées ou consultées », a expliqué Anne-Sophie Simpere, des Amis de la Terre, dans un communiqué de presse.

« Ce projet est un désastre annoncé qui viole les lois nationales et internationales. Il ne doit pas être financé par l’argent de l’aide au développement. Les institutions financières internationales doivent refuser catégoriquement de soutenir ce barrage » conclut Caterina Amiccuci, de l’organisation italienne CRBM, membre de Counter Balance.

Le CADTM co-signe cette demande et vous invite à faire entendre votre voix en la signant à votre tour : http://www.stopgibe3.org/pages/petition.php

Pour une analyse approfondie du cas Gibe III, cette page contient cinq études (en anglais) sur le sujet


Eric De Ruest

était membre du CADTM Belgique et co-auteur avec Renaud Duterme de La dette cachée de l’économie, Les Liens qui Libèrent, 2014.