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Réponse à la lettre de Philippe, roi des Belges, sur les responsabilités de la Belgique dans l’exploitation du peuple congolais
Juillet 2020
par Eric Toussaint
7 juillet 2020

Résumé : Le 30 juin 2020, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance du Congo, la nouvelle a fait le tour de la planète : Philippe, roi des Belges, a exprimé dans une lettre adressée au chef de l’État et au peuple congolais des regrets pour le passé colonial et en particulier pour la période pendant laquelle Léopold II possédait personnellement le Congo (1885-1908). Cette intervention est un des résultats de l’immense mouvement international de prise de conscience et de mobilisation depuis l’assassinat de George Floyd par la police aux États-Unis au printemps 2020. Cette déclaration est totalement insuffisante car elle ne désigne pas explicitement de coupable (le roi Léopold II), ne présente pas d’excuses et ne propose pas que la famille royale et / ou l’État belge versent des réparations ou de rétrocéder les biens volés au peuple congolais entre 1885 et 1960.

Dans cette étude aussi historique qu’actuelle au regard du regain de forme des mouvements anti-racistes et décoloniaux auxquels le CADTM participe, l’auteur retrace l’histoire du Congo de 1885 à nos jours. Après plusieurs explorations du pays au milieu des années 1860, Léopold II fait du Congo sa propriété personnelle suite à la conférence de Berlin en 1885, conférence partageant géographiquement l’Afrique par et pour les empires coloniaux. Il démontre ensuite comment la richesse personnelle du roi puis du royaume s’est développée grâce à l’exploitation destructrice des ressources naturelles et des congolais·es. Pour l’auteur, « On peut considérer, sans risque d’erreur, que le Roi des Belges et l’État indépendant du Congo, qu’il dirigeait avec l’accord du gouvernement et du parlement belges de l’époque, sont responsables de « crimes contre l’humanité » commis de manière délibérée. Ces crimes ne constituent pas des bavures, ils sont le résultat direct du type d’exploitation auquel le peuple congolais était soumis ».

Éric Toussaint décrit ensuite comment la dette a servi à maintenir le Congo sous le joug de la Belgique. D’abord, par le transfert des dettes personnelles du roi Léopold II au royaume de Belgique, ensuite en opérant le même transfert depuis le royaume de Belgique vers le Congo indépendant en 1960, avec le concours de la Banque mondiale et ce en toute illégalité. La dette joue un rôle politique extrêmement important au Congo. Opposé à son remboursement, le premier ministre Patrice Lumumba sera assassiné au cours d’une opération secrète toujours commanditée par le gouvernement belge de l’époque. Le royaume a ensuite soutenu l’arrivée au pouvoir du dictateur Mobutu, dirigeant corrompu qui bénéficiera du soutien sans faille des financements de la Belgique, de la Banque mondiale et du FMI dans un contexte de guerre froide où les intérêts géopolitiques occidentaux prévalent sur n’importe quel autre type d’intérêt.

Pris dans les griffes du « système-dette » et de ces créanciers, le développement du Congo a été totalement contrôlé au détriment des droits humains fondamentaux. Malgré ses énormes réserves de ressources stratégiques en tout genre, 75 % de la population congolaise vit aujourd’hui avec moins de 1,90 $US par jour.


Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.