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Communiqué
Non à l’utilisation de la pandémie de Coronavirus, pour plus de dette et d’austérité
Pour la suspension du paiement de la dette publique et l’allocation de des ressources à la santé publique
par ATTAC/CADTM Maroc
12 avril 2020

Le gouvernement des riches du Maroc s’emploie à accélérer l’adoption d’un projet de loi autorisant le ministre des Finances à dépasser le plafond d’emprunt extérieur qui était précédemment fixé par la loi de finances pour 2020 à 31 milliards de dirhams. Ce projet autorise également le ministère à prendre des mesures d’austérité pour absorber les effets négatifs de la pandémie de Coronavirus.

Dans un communiqué conjoint, le ministère des finances et Bank Al-Maghrib (banque centrale) annoncent, le 08 avril 2020, la décision d’utiliser l’accord sur la ligne de précaution et de liquidité signé avec le Fonds monétaire international pour retirer 3 milliards de dollars (environ 30,8 milliards de dirhams), pour contrer les effets de la récession économique mondiale exacerbée par la pandémie de Coronavirus, qui devrait être plus profonde que la récession de 2009. La Banque mondiale avait précédemment annoncé, au début de ce mois, qu’elle avait accordé au Maroc un prêt de 275 millions de dollars (2,82 milliards de dirhams) pour le même but.

Ainsi, les gouvernants au Maroc décident à nouveau de recourir à la solution de la dette et faire dépendre notre avenir et l’avenir des générations futures des intérêts des institutions financières internationales qui ont une grande responsabilité dans la destruction de nos services publics, en particulier le service de la santé, à travers les conditions qui accompagnent leurs prêts. En plus de la réduction des budgets des secteurs sociaux, ces institutions internationales, avec la complicité des classes dominantes locales, ont imposé un retrait progressif de l’État de ces secteurs, et imposé leur privatisation au profit des entreprises étrangères et locales à travers ce qu’on appelle gestion déléguée et partenariat public-privé.

Ils recourent à cette solution qui aggrave l’endettement de notre pays à un moment où de nombreuses voix s’élèvent dans le monde demandant la suspension du paiement de la dette publique comme moyen pour fournir la liquidité immédiate nécessaire pour gérer l’état d’urgence liée au coronavirus. Les ministres africains des finances ont appelé à une exonération des paiements d’intérêts sur la dette publique et les obligations souveraines pour l’année 2020. Le président du Sénégal a également appelé à l’annulation de la dette publique du continent africain. Au niveau latino-américain, dix anciens chefs d’État ont lancé un appel identique. En Équateur, l’Assemblée nationale a adopté une résolution appelant le gouvernement du pays à suspendre le paiement de la dette extérieure et à utiliser cet argent pour lutter contre la pandémie du virus Corona. À cela s’ajoutent les appels de centaines d’organisations et de réseaux internationaux qui demandent l’annulation de la dette publique, la promulgation de politiques publiques qui répondent aux besoins de la population, l’augmentation des budgets de santé et le maintien de la protection sociale, etc [1].

Ces politiques imposées par les dirigeants du Maroc il y a des décennies, en particulier la politique d’emprunt, sont responsables de l’approfondissement de notre dépendance économique, sapant notre souveraineté alimentaire (aujourd’hui, nous importons environ la moitié de nos besoins en blé !) et du maintien de toutes les formes de colonialisme et de la domination étrangère sur notre pays.

Ils persistent à imposer des politiques économiques dont l’histoire a prouvé les effets catastrophiques pour le peuple marocain, ce qui dément leurs prétentions à rechercher une alternative de développement. Cela est principalement dû au fait qu’ils bénéficient directement de ces politiques.

Nous, à ATTAC CADTM Maroc, nous confirmons notre opposition à ces orientations économiques, qui ont eu des conséquences désastreuses sur les plans social et environnemental, et sur la vie quotidienne de la grande majorité de notre population. Le budget moyen alloué à la santé dans les lois de finances au cours des six dernières années n’a pas dépassé 14 milliards de dirhams par an, alors que le total des dépenses de la dette publique (service de la dette) a atteint plus de 140 milliards de dirhams par an, soit plus de 10 fois le budget de la santé.

Par conséquent, nous demandons à l’État, compte tenu des circonstances exceptionnelles imposées par la pandémie de Coronavirus, d’annoncer la suspension du paiement de la dette publique, constituée pour les deux tiers de la dette intérieure, et d’allouer directement ces ressources financières :

  • aux secteurs sociaux, en particulier la santé publique, en fournissant des infrastructures, du matériel et des médicaments, ainsi que des incitations matérielles et morales aux salarié.e.s du secteur et en leur fournissant les moyens appropriés de protection et d’emploi.
  • Verser des compensations exceptionnelles et urgentes aux travailleurs-euses qui ont perdu leur emploi et à toutes les familles marocaines, en particulier les pauvres, pour couvrir les dépenses de leurs besoins de base pendant toute la période du confinement. En l’absence de cette aide, la décision de généraliser le confinement reste injuste pour de larges couches de notre population.
  • Mettre immédiatement à la disposition du secteur public les cliniques privées, avec leurs dispositifs médicaux, leurs bâtiments et leur personnel, pour en faire des centres d’accueil et d’examen des patients.
  • Mettre les hôtels et les logements vides à disposition afin de réaliser les opérations d’isolement médical.
  • Suspendre immédiatement tout remboursement de tous les prêts bancaires des ménages marocains (prêts au logement et à la consommation) ainsi que les microcrédits avec exonération de touts intérêts.

Nous demandons également :

  • L’adoption d’un impôt progressif sur la richesse, qui fournirait des revenus stables au trésor public.
  • Mettre le secteur bancaire à la disposition du secteur public pour éviter la spéculation, la fuite des capitaux, et adopter une politique de prêt public sans intérêt.

Enfin, ATTAC CADTM Maroc lance un appel à toutes les organisations de lutte pour se mobiliser contre les tentatives de l’État à exploiter la pandémie de Coronavirus pour généraliser la répression, approfondir les orientations libérales au niveau économique, et faire assumer les coûts de la crise aux pauvres.


Le Secrétariat National
Rabat, le 09 avril 2020


ATTAC/CADTM Maroc

membre du réseau CADTM, l’Association pour la Taxation des Transactions en Aide aux Citoyens au Maroc (ATTAC Maroc) a été créée en 2000. ATTAC Maroc est membre du réseau international du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) depuis 2006 (devenu Comité pour l’abolition des dettes illégitimes depuis juin 2016). Nous comptons 11 groupes locaux au Maroc. ATTAC veut être un réseau aidant à l’appropriation par les acteurs engagés dans l’activité sociale, associative, syndicale et plus largement militante des enjeux de la mondialisation sur les problématiques de résistance sociale et citoyenne.
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