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Répondre aux « Questions qui piquent sur la dette et l’austérité »
Comment éviter de se ré-endetter après une annulation ?
Question 8
par [fr]CADTM Belgique[es]CADTM Bélgica[en]CADTM Belgium , Jérémie Cravatte
20 mai 2016

Au CADTM, on sait trop bien ce que c’est d’être flippéE, voire découragéE, par toutes ces questions sur lesquelles on sèche. Du coup, inspiréEs par nos meilleurEs piqueurs et piqueuses (notre famille, nos potes, le pizzaiolo d’en face, les gens que l’on rencontre en animation), le CADTM Liège a organisé plusieurs sessions d’élaborations collectives d’éléments de réponse à ces piques (qu’elles soient d’ordre technique ou plus « politique »).

Ce travail a engendré une brochure que vous pouvez retrouver en entier ici.

Comment éviter de se ré-endetter après une annulation ?

Tout d’abord, posons-nous la question : est-ce vraiment un problème de s’endetter si cela ne profite pas à une minorité privilégiée et que la dette n’est pas utilisée comme un outil de domination ? Il n’y a pas de raison de ne jamais vouloir s’endetter, au contraire, cela peut servir l’investissement (dans la transition écologique par exemple) si cela se fait sans condition (il faut éviter le recours au FMI, à la Banque mondiale, aux banques privées etc.), sans usure, taux d’intérêts variables, etc. On peut aussi essayer de mettre en place de réelles « intégrations régionales » où les régions (communes, provinces, pays...) s’aident et se financent mutuellement (pas comme la banque des BRICS, par exemple, mais plutôt sur le modèle de la Banque du Sud qui n’a malheureusement toujours pas vu le jour).

Ensuite, il existe de nombreuses autres pistes pour éviter de s’endetter énormément :

- On peut augmenter les recettes en modifiant l’imposition actuelle et faire en sorte que les ménages les plus riches et les plus grandes entreprises paient davantage d’impôts.

- On peut diminuer – voire supprimer – les dépenses inutiles ou néfastes (comme la corruption, les grands projets inutiles et imposés, la publicité ou encore l’armement).

- On peut aussi modifier son économie pour, notamment, diminuer le besoin d’importations. Il s’agit bien entendu d’une question très différente en fonction du pays/de l’économie dans laquelle on se trouve.

Pour éviter de retomber dans le piège du surendettement, on peut aussi :

- Interdire la socialisation de dettes d’entreprises privées (comme l’Équateur l’a inscrit dans sa Constitution).

- Plafonner le service de la dette (c’est-à-dire le remboursement annuel des intérêts et du capital) à une partie maximale du budget annuel ou des exportations annuelles. Par exemple, il avait été décidé après la seconde guerre mondiale que les remboursements de l’Allemagne ne pourraient dépasser 5% de ses revenus d’exportation.

Enfin, il faudrait un audit citoyen permanent, une sorte de contrôle populaire des comptes publics et de leur utilisation.

En définitive, la dette ne peut pas être pensée en dehors du modèle économique et politique en place. Elle est actuellement utilisée comme outil de domination et en fait partie. Pour sortir du « système dette » (et de toute dette illégitime, publique comme privée) il faut supprimer ce qui la produit : le profit, c’est-à-dire l’accaparement par dépossession, inhérent au système de production et de financement capitaliste.


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Jérémie Cravatte

Militant du CADTM Belgique et membre d’ACiDe