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Madrid et Barcelone envisagent un « audit citoyen de la dette »
par Pablo Garcia
18 mars 2016

La rencontre du Plan B qui s’est tenue avec succès à Madrid les 20 et 21 février 2016 a été l’occasion de renforcer le contact entre les municipalités de Manuela Carmena [Madrid] et d’Ada Colau [Barcelone] et le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM).

Les deux municipalités confirment les discussions en cours. « Le travail que nous avons réalisé en Grèce peut être une source d’inspiration, y compris pour le gouvernement actuel de Tsipras », signale le belge Eric Toussaint.

Madrid et Barcelone réaliseront un audit citoyen. C’est ce qu’ont confirmé les deux municipalités au journal eldiario.es. Et pour cela, elles se tournent vers des experts en la matière. Bien que le projet soit encore à sa phase initiale, les deux municipalités conduites par Ahora Madrid et Barcelona En Comú ont entretenu des discussions avec Eric Toussaint, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde qui, aux côtés d’un groupe de 30 autres experts internationaux, a audité la volumineuse dette publique de la Grèce durant le premier mandat d’Alexis Tsipras, laquelle a atteint aujourd’hui 200 % du PIB.

Lors d’une conférence à Bruxelles au Parlement européen le 1er mars avec l’ex-présidente du Parlement grec, Zoé Konstantopoulou, et l’eurodéputée Sofia Sakorafa (ex-championne de lancer du javelot), deux dissidentes de Syriza suite à la capitulation du gouvernement de Tsipras face à la Troïka en juillet 2015, Eric Toussaint, politologue et professeur à l’Université de Liège, a reconnu les contacts établis avec les deux principales villes espagnoles.

« Le 22 et 23 novembre 2015, nous avons partagé une tribune à Barcelone avec Gerardo Pisarello [le second du gouvernement municipal d’Ada Colau] et nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il est important que les nouvelles municipalités analysent la manière dont s’est créée leur dette », a indiqué Eric Toussaint. Ce dernier a également rappelé l’intérêt de Madrid de réaliser un audit et a reconnu les conversations avec le conseiller municipal en charge de l’Économie et des Finances à Madrid, Carlos Sánchez Mato, à la suite du Plan B.

La Commission qui a audité la dette grecque a été créé par Zoe Konstantopoulou, la présidente du parlement grec, avec l’accord du gouvernement d’Alexis Tsipras peu après la première victoire de Syriza [aux élections de janvier 2015] et a remis la première partie de son travail en juin 2015. L’étude analyse la dette contractée par la Grèce depuis la dictature militaire des années soixante jusqu’à aujourd’hui et conclut que la dette est « illégitime », « illégale », « odieuse » et « insoutenable ». La commission d’audit a recommandé au gouvernement grec de ne rembourser ni la BCE [Banque centrale européenne], ni le FMI, ni les autres créanciers (13 Etats de la zone euro, le Fonds européen de stabilité financière - FESF - et le Mécanisme européen de stabilité - MES). La Commission a freiné son travail suite au pacte douloureux conclu entre Tsipras et ses créanciers le 13 juillet 2015, mais le mardi suivant, Eric Toussaint et Zoé Konstantopoulou annonçaient qu’ils poursuivraient le travail.

« La municipalité de Madrid s’est engagée à réaliser un audit citoyen de la dette et des politiques publiques. Pour cela, des réunions sont en cours et des consultations d’experts et de collectifs représentatifs (tels la Plate-forme d’audit citoyen de la dette, PACD) sont organisées. En ce sens, il est clair que le travail de personnes comme Eric Toussaint et d’organisations telles que le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) s’avère très utile », explique Carlos Sanchez Mato, le conseiller municipal en charge de l’Économie et des Finances.

Néanmoins, la Municipalité madrilène précise que pour le moment « il n’y a rien de concret ». La dette de la Ville de Madrid est très élevée et se situait aux environs de 5 milliards d’euros à la fin 2015, malgré un second semestre spectaculaire qui a permis à l’équipe de la Maire Manuela Carmena de la réduire d’environ 900 millions d’euros.
Durant les années d’Ana Botella (2012-2015) [du Parti populaire (PP), droite conservatrice], la dette municipale de la capitale espagnole a dépassé les 8 milliards, principalement à cause de la construction de l’autoroute M-30 commanditée par son prédécesseur, Alberto Ruiz-Gallardón [également du Parti populaire].

La Direction d’économie de la municipalité barcelonaise a abouti à la même idée que Madrid : « Nous prévoyons de réaliser une analyse du processus d’endettement de la municipalité ». La situation financière de Barcelone est différente : elle compte un excédent de 100 millions.

« L’analyse devra clarifier le processus de génération de dette, son évolution et son impact, en considérant les répercussions légales, économiques et financières, et sociales », ajoutent-ils depuis l’Hôtel de Ville de Barcelone. « Une fois cette analyse réalisée, des décisions considérées opportunes seront prises, visant un usage efficace des ressources de la Municipalité au service de ses habitants et renforçant les contrôles internes. Mais ce sera un processus interne : nous ne prévoyons pas de recrutement externe ».

L’administration confirme avoir eu des contacts avec Eric Toussaint et un autre membre espagnol de la Commission grecque, le catalan Sergi Cutillas.

« Traduit depuis l’espagnol par Hélène Capocci. »


Pablo Garcia