« Unissons-nous contre les microcrédits et contre les dettes illégitimes »

Réunion du CADTM pour l’Afrique de l’Est, Nairobi, Kenya

16 mars par Sushovan Dhar


Pour chaque shilling kényan (KES) que le Kenya perçoit en recettes fiscales, il dépense 1,3 KES pour financer ses besoins budgétaires, un dépassement qui le pousse s’endetter à outrance pour combler le déficit. Une analyse des données les plus récentes publiées par la Banque centrale du Kenya (CBK) montre que le pays a dépensé au moins 1,3 fois plus que ses recettes totales au cours des 12 mois écoulés entre septembre 2017 et août 2018. Cela explique la dépendance à la dette de l’administration du parti Jubilé [1] À son arrivée à la tête de l’exécutif en mars 2013, le président Uhuru Kenyatta a hérité du régime de Mwai Kibaki d’une dette publique de 1 700 milliards de shillings kényans. Cette dette a depuis été multipliée par trois, pour atteindre 5 100 milliards de shillings kényans en septembre de l’année dernière. Si cette dette devait être partagée entre tous les citoyens de manière égale, cela signifierait que chaque Kényan devrait environ 100 000 KES. [2]

Malgré une croissance impressionnante du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
depuis 2005, la pauvreté affecte encore la vie de millions de personnes. Selon les rapports d’Oxfam, près d’un million d’enfants en âge d’aller à l’école primaire ne sont toujours pas scolarisés – ce chiffre est le neuvième le plus élevé de tous les pays du monde. Le niveau de dépenses du Kenya pour l’éducation a progressivement diminué chaque année depuis le début des années 2000. Un quart de la population kényane n’a pas un accès régulier aux soins de santé. Une étude récente a estimé que, chaque année, près de 2,6 millions de personnes tombent dans la pauvreté ou restent pauvres en raison de leur mauvaise santé. Le taux de chômage dans le pays, en particulier chez les jeunes, atteint des niveaux très inquiétants [3].

La situation est similaire dans d’autres pays d’Afrique de l’Est tels que la Tanzanie, l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda ou le Sud-Soudan. Une accumulation rapide de prêts a poussé les pays d’Afrique de l’Est au bord de la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. Cinq pays membres de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) ont accumulé ensemble plus de 100 milliards de dollars de dette intérieure et extérieure, étirant au maximum leurs budgets de remboursement. Le Kenya et le Burundi sont dans la plus grave situation de détresse en matière de prêts par rapport à leurs pairs de la CAE, avec un ratio dette/PIB qui devrait dépasser 60 % cette année.

 Des militant·e·s se réunissent à Kangemi, Nairobi

C’est dans ce contexte que des militant·e·s du Kenya, de l’Ouganda, de la Tanzanie, mais aussi du Maroc, de l’Afrique du Sud (par Skype), de l’Inde et de la Pologne se sont rencontré·e·s à Kangemi, Nairobi, du 7 au 9 février 2020. Kangemi, à la périphérie de la ville, est l’un des bidonvilles qui accueillent des milliers de personnes. Il est entouré des quartiers chics de Loresho et Kibagare au Nord, de Westlands à l’Ouest et de Mountain View à l’Est. En effet, la ville présente de terribles inégalités, et le fossé entre riches et pauvres à Nairobi est illustré de façon frappante par ses quartiers. Kangemi, comme les autres bidonvilles de la ville, n’a pas de système d’égouts. Le chômage y est élevé, la toxicomanie répandue et la plupart des femmes sont victimes d’une forme ou d’une autre de violence. Les rues sont jonchées de déchets, les petites cabanes qui les bordent sont entassées comme des boîtes de conserve. Souvent, les familles sont obligées de choisir entre utiliser le peu d’eau dont elles disposent pour la cuisine ou pour l’hygiène.

La situation de Nairobi ne fait pas exception et est symptomatique des autres villes du tiers-monde, ailleurs sur la planète. Mike Davis observe que « [l]a situation est évidemment encore plus extrême en Afrique. Les bidonvilles y croissent deux fois plus rapidement que les villes, pourtant elles-mêmes en pleine explosion démographique. De fait, c’est au taux ahurissant de 85 % que la croissance démographique kényane entre 1989 et 1999 a été absorbéé par les bidonvilles fétides et surpeuplés de Nairobi et Mombasa » [4]. Les bidonvilles en plein essor nous disent que « tout espoir réaliste d’une réduction de la pauvreté urbaine en Afrique a progressivement disparu de l’horizon officiel » [5].

Le quartier de Kangemi à Nairobi (Photo : Borgen project)

Cette réunion s’inscrit dans la continuité des trois premières réunions populaires tenues en février 2017, juillet 2018 et septembre 2019, organisées par la Ligue des paysans kényans (Kenyan Peasants League – KPL) en collaboration avec le CADTM. Cette réunion avait pour but de concevoir des stratégies pour mener des campagnes efficaces de lutte contre les dettes illégitimes – tant privées que publiques – dans la région de l’Afrique de l’Est. La réunion s’est également tenue dans un contexte particulier : le gouvernement kényan a décidé récemment de relever le plafond de la dette [6]. Il est important de noter que la dette publique totale a augmenté pour atteindre 62,3 % du PIB en juin 2019. Par ailleurs, le rapport de l’initiative Building Bridges (BBI) [7] recommande la réglementation des applications sur smartphone permettant d’emprunter de l’argent [8] qui poussent les Kényans pauvres dans un endettement important.

Lors du premier jour de réunion, les participant·e·s ont échangé autour de la situation politique et économique de leurs pays respectifs. Simon Ruta a fait un exposé sur la terrible situation liée au fort chômage en Ouganda. Les participants tanzaniens ont fait part du manque d’espace démocratique dans la politique tanzanienne, ainsi que de la façon dont les prêts sont utilisés par les partis au pouvoir pour gagner les élections.

Cette réunion a eu lieu à un moment où les questions des prêts de microfinance, des prêts d’applications mobiles et des prêts étudiants, suscitent une attention croissante. Différents rapports évoquent le fait que non seulement les prêts souverains mais aussi la dette privée illégitime (à savoir les prêts de microfinance, les prêts d’applications mobiles et les prêts étudiants) pèsent lourdement sur les Kényans. L’un des participants a exposé la situation précaire à laquelle est confrontée la communauté étudiante kényane. Coincés dans le triangle infernal de la privatisation de l’éducation, des prêts étudiants et du taux de chômage élevé, les étudiants kényans sont confrontés à un avenir non seulement sombre, mais terrible. La récente menace du Conseil kényan des prêts à l’enseignement supérieur (HELB) de publier dans les quotidiens locaux des photos des étudiants en défaut de paiement sur leurs prêts [9] complique encore la situation. Les participant·e·s à la réunion ont discuté du fait qu’il existe effectivement une possibilité de mobiliser les diplômés sans emploi dans la campagne de lutte contre l’endettement en mettant en avant la demande d’annulation des prêts étudiants. Un très grand nombre de diplômés sans emploi ne peuvent obtenir l’autorisation du Credit Reference Bureau (CRB) pour obtenir un emploi, ou même candidater à un poste, car ils n’ont pas pu rembourser leur prêt étudiant. Ces dispositions de la CRB sont clairement en défaveur des étudiants, pour la simple raison que les étudiants seront incapables de rembourser s’ils sont au chômage dès le départ. Des situations similaires existent dans l’Ouganda voisin. Environ 3 000 diplômés ne voyant aucune perspective d’emploi ont récemment manifesté avec des pancartes sur lesquelles était écrit « quelle suite après le diplôme ? ». Cela a créé un débat sur l’avenir des jeunes dans le pays.

Groupe de travail pendant la rencontre CADTM à Nairobi en février 2020

 Rôle des institutions financières internationales en Afrique de l’Est

Au cours de l’une des principales sessions de la première journée de réunion, l’auteur de ces lignes a expliqué l’histoire, le fonctionnement et le rôle des institutions financières internationales (IFI). Bien que les discussions se soient largement concentrées sur les jumeaux de Bretton Woods, la question des nouveaux créanciers comme les agences chinoises n’a pas échappé à la discussion. En effet, la question du chemin de fer à « voie normale » (« Standard Gauge Railway » – SGR) [10] construit avec des fonds chinois provoque une tempête au Kenya (voir http://cadtm.org/Only-a-citizen-s-audit-of-SGR-debt-will-unravel-public-heist-of-resources). Récemment, un groupe d’organisations locales a menacé de saisir la justice pour demander au gouvernement de rendre publics tous les documents concernant ce projet d’infrastructure [11].

Dans la Tanzanie voisine, un prêt de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
de 500 millions de dollars US destiné au financement de l’éducation fait l’objet de vifs débats. Le but de ce prêt est d’améliorer l’éducation en Tanzanie, mais il se concentre principalement sur les écoles privées qui sont loin d’être inclusives. Il est important de noter que comme dans la plupart des autres endroits du monde, l’éducation en Tanzanie est désormais une marchandise. À cela s’ajoute un régime autoritaire qui n’hésite pas à introduire de nombreuses lois draconiennes. Le gouvernement a récemment mis en place un diktat interdisant aux étudiantes qui tombent enceintes de reprendre leurs études après l’accouchement [12] Les mouvements sociaux ont répondu par de fortes mobilisations. Même un député tanzanien a écrit à la Banque mondiale pour signaler cette grave violation des droits humains et s’est plaint que ce prêt ne serait pas utilisé pour améliorer l’état de l’éducation dans le pays mais à des fins politiques pour gagner des élections [13].

En Ouganda, la dette est comme une bombe à retardement puisque le gouvernement met davantage l’accent sur la construction de grandes infrastructures qui rapporteront des rentes au détriment des services sociaux. Les participants ont souligné que le prêt de l’autoroute express d’Entebbe [14] sera payé par les enfants de Karamoja qui ne pourront pas conduire sur cette autoroute car il s’agit d’une route à péage coûteuse. Ce type de prêts fait des Ougandais des réfugiés dans leur pays alors que les gens luttent pour leur subsistance, car la plus grande partie des recettes de l’État est consacrée au remboursement de la dette. Actuellement, la dette ougandaise atteindrait 18 milliards de dollars, soit plus de 50 % du PIB du pays.

À la fin de la session, les participant·e·s ont prévu de contester ces projets d’infrastructure à grande échelle qui créent des dettes énormes mais qui sont peu utiles aux travailleurs. Des projets tels que le SGR au Kenya, le prêt de la Banque mondiale pour l’éducation en Tanzanie et le projet de plantation de sucre dans le nord de l’Ouganda seront suivis de près et des campagnes seront lancées pour un audit citoyen de ces projets.

 La nécessité d’un audit de la dette à participation citoyenne

Suite aux discussions du premier jour, Jawad Moustakbal d’ATTAC-CADTM Maroc a présenté l’outil de l’audit de la dette à participation citoyenne (voir son ppt : https://www.cadtm.org/What-is-the-Citizen-Debt-Audit ). Il a souligné que l’audit citoyen de la dette est un processus politique et ne doit pas être considéré comme une simple manœuvre technique. Dans la plupart des cas, les gouvernements parlent de la dette lorsqu’ils sont confrontés à une crise de la dette, mais pas lorsqu’ils la contractent. Il est donc impératif que les citoyens s’interrogent sur la légitimité des dettes, non seulement au regard des lois et des normes en vigueur, mais aussi des principes de justice sociale. Il a expliqué à l’aide d’exemples comment cet audit peut éclairer le système de la dette et divulguer les informations nécessaires sur son objet. L’audit a également le pouvoir de démocratiser l’accès à l’information pour la majorité de la population. Dans ce contexte, il est important de noter que la participation des gens ordinaires est de la plus haute importance puisque seuls les opprimés peuvent mener la lutte pour leur propre émancipation et pour l’émancipation collective.

Jawad Moustakbal d’ATTAC-CADTM Maroc présente l’audit citoyen de la dette pendant la rencontre CADTM à Nairobi

D’autres objectifs de l’audit sont de demander le gel des remboursements jusqu’à la fin du processus, de mettre en évidence les dettes contractées illégitimement et d’empêcher que de telles dettes soient contractées dans le futur, et de mobiliser en faveur d’un modèle économique alternatif. Après la session, les participant·e·s ont discuté de la nécessité de lancer une campagne sur l’audit citoyen des projets qu’ils suivraient de près.

Dominic Brown du Centre d’information et de développement alternatif (AIDC) en Afrique du Sud s’est adressé à la réunion le troisième jour via Skype. L’AIDC devait envoyer un participant à cette réunion en Afrique de l’Est mais n’a pas pu le faire au dernier moment en raison d’autres engagements urgents. Dominic a parlé du prêt de la Banque mondiale visant à financer la centrale thermique au charbon Eskom, une affaire fortrement entachée de corruption. Eskom, une entreprise publique de services énergétiques, s’est lourdement endettée. Le gouvernement sud-africain veut désormais privatiser cette entreprise publique pour « résoudre » la crise. On s’inquiète des pertes d’emplois et de la privatisation de l’électricité qui aurait d’immenses conséquences négatives sur la population. Cette question doit être examinée dans un contexte politique et économique beaucoup plus large, car le prêt a facilité l’extraction d’une énorme quantité de minerais et il existe un lien entre la dette, l’environnement et les pertes d’emplois. En Afrique du Sud, le taux de chômage est d’environ 40 %. Dominic a soutenu que le prêt à Eskom est un cas de dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Pour Sack, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte. Une dette contractée par un régime autoritaire doit, selon Sack, être remboursée si elle sert les intérêts de la population. Un changement de régime n’est pas de nature à remettre en cause l’obligation pour le nouveau régime de payer les dettes du gouvernement précédent sauf s’il s’agit de dettes odieuses.

Traité juridique et financier par A.-N. SACK, ancien professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Petrograd.

Depuis cette définition « conservatrice », d’autres juristes et mouvement sociaux comme le CADTM ont élargi la définition de la dette odieuse en prenant notamment en compte la nature du régime emprunteur et la consultation ou nom des parlements nationaux dans l’approbation ou l’octroi du prêt.

Citons notamment la définition de la dette odieuse utilisée par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, qui s’appuie à la fois sur la doctrine de Sack mais aussi sur les Traités internationaux et les principes généraux du droit international :

Une dette odieuse est soit
1) une dette qui a été contractée en violation des principes démocratiques (ce qui comprend l’assentiment, la participation, la transparence et la responsabilité) et a été employée contre les plus hauts intérêts de la population de l’État débiteur alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède." soit
2) une dette qui a pour conséquence de dénier les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède"
.
et les activistes locaux ont créé un comité populaire pour faire campagne contre cette dette et contre d’autres problèmes. Les mouvements sociaux et les autres forces progressistes du pays font pression pour la répudiation de la dette liée à Eskom. La Banque mondiale a également posé des mesures d’austérité comme conditions pour les prêts. Enfin, Dominic a souligné comment les gouvernements successifs de l’après-apartheid ont eu recours à des emprunts massifs.

 Le microcrédit prédateur

En décembre 2019, une femme du sous-comté d’Uriri, dans le comté de Migori, se serait suicidée en sautant dans la rivière Kuja en crue, car elle n’était pas en mesure de rembourser un prêt de microfinance de 90 dollars US [15] tandis qu’un autre homme de 25 ans s’est suicidé en juillet 2019, visiblement après avoir été incapable de rembourser un prêt de 30 USD qu’il avait emprunté par le biais d’une application pour téléphone portable [16]. Il y a trois ans, un homme du comté de Kisumu s’est suicidé après avoir omis de payer un prêt bancaire [17]. Dans le comté de Homa Bay, près de 25 personnes se sont suicidées à cause des prêts de microcrédit. Les participants kényans ont souligné ces événements et ont cherché une stratégie concrète pour traiter ces questions. Les participants de l’Ouganda ont également souligné des problèmes similaires dans leur pays. Auparavant, les vols et les fraudes commis par un petit nombre d’institutions de microfinance (IMF) ont créé une crise à grande échelle et ont contribué à une chute précipitée de la confiance dans le secteur financier dans son ensemble [18]. Les IMF en Ouganda, qui aspirent à s’élever au rang de banques, sont opaques et, par conséquent, le grand public dispose de très peu d’informations sur leurs activités. Cependant, les conditions et les témoignages des victimes témoignent de leur politique prédatrice.

Le troisième jour, Fatima Zahra El Belghiti d’ATTAC-CADTM Maroc a exposé l’économie politique de la microfinance. Elle a replacé l’émergence de la microfinance dans le cadre des programmes d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
. La microfinance n’est pas seulement une relation entre les prêteurs et les emprunteurs, mais aussi un système qui favorise la pauvreté en encourageant l’endettement. Cependant, une vaste machine de propagande est engagée pour présenter la microfinance comme une panacée pour résoudre le problème de la pauvreté. Les IMF réalisent des profits de plus de 30 % alors que les clients pauvres ont accumulé les souffrances, l’appauvrissement et le surendettement. On peut facilement conclure que cette forme de prêt est un moyen puissant d’approprier une grande partie des revenus des pauvres du monde vers les banques privées, les fonds d’investissement Fonds d’investissement Les fonds d’investissement (private equity) ont pour objectif d’investir dans des sociétés qu’ils ont sélectionnées selon certains critères. Ils sont le plus souvent spécialisés suivant l’objectif de leur intervention : fonds de capital-risque, fonds de capital développement, fonds de LBO (voir infra) qui correspondent à des stades différents de maturité de l’entreprise. financiers et les IMF. Les grandes banques et les IFI prêtent à l’industrie de la microfinance. La Banque mondiale a créé un système spécial de soutien aux IMF par le biais du Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP), créé en 1966, sous couvert de lutte contre la pauvreté.

Fatima Zahra d’ATTAC-CADTM Maroc pendant la présentation sur le microcrédit à Nairobi

Le cas marocain de prêts prédateurs et la lutte contre celui-ci ont été présentés aux participants. Fatima Zahra a insisté sur l’urgence de lutter contre les microcrédits et autres dettes illégitimes, sur l’exigence de mettre fin aux politiques d’austérité et de remettre dans le giron public les services privatisés, et sur l’appel à l’abolition des microcrédits illégitimes.

La réunion s’est terminée par l’adoption de la déclaration de Kangemi (voir http://cadtm.org/Kangemi-Declaration) et par le slogan : « Unissons-nous contre les microcrédits et contre les dettes illégitimes ».




Notes

[1Le régime kényan actuel est dirigé par le parti du Jubilé créé en 2016. C’était auparavant une alliance de plusieurs partis politiques pour soutenir la candidature de Uhuru Kenyatta et William Ruto aux élections générales de 2013.

[4Le pire des mondes possibles, La Découverte, 2007, Paris. p. 22

[5Ibid.

[7Daily Nation. Uhuru Kenyatta launches BBI report at Bomas of Kenya. https://www.nation.co.ke/news/politics/Delegates-arrive-at-Bomas-of-Kenya-for-BBI-report-launch/1064-5364226-5ec7tg/index.html consulté le 16 mars 2020.

[8Building Bridges to a United Kenya : from a nation of blood ties to a nation of ideals, Section 120, (O) p. 68.Disponible à <https://d2s5ggbxczybtf.cloudfront.n...>

[9The Star. Helb to publish names, photos of defaulters from 1975 to date. Available from :<https://www.the-star.co.ke/news/201...> . consulté le 4 mars 2020.

[10La “voie normale” ou “Standard Gauge Railway” correspond à la référence de l’Union internationale des chemins de fer en ce qui concerne l’écartement des rails.

[11The Standard. Groups to sue over non-disclosure of SGR Contract, BBI Expenditure. Available from :<https://www.standardmedia.co.ke/art...> .

[15Nairobi News. Woman jumps into river to her death over piling ‘chama’ debt. <https://nairobinews.nation.co.ke/ne...> .

[16Daily Nation. Muranga man hangs self over Sh3000 mobile app loan. <https://www.nation.co.ke/counties/m...> .

[17Standard. Kisumu man commits suicide after failing to pay bank loan. <https://www.sde.co.ke/thenairobian/...> .

Traduction(s)