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Tunis : Un front commun d’organisations politiques contre la dette est né

25 mars 2013 par Pauline Imbach

En amont du Forum social mondial (FSM) de Tunis, s’est tenue les samedi 23 et dimanche 24 mars la première rencontre méditerranéenne contre la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, les politiques d’austérité et la domination étrangère, pour une méditerranée libre, démocratique, sociale, solidaire, féministe et respectueuse de l’environnement.

Organisée à l’appel du Front populaire (une coalition regroupant 11 partis politiques de gauche radicale, des associations et des personnalités indépendantes en Tunisie dont un des leaders Chokri Belaïd a été assassiné le 6 février 2013), cette rencontre a réuni une vingtaine de formations politiques provenant du pourtour méditerranéen parmi lesquelles pour la France, le Front de Gauche et le NPA (France) ; pour l’Espagne, Izquierda Unida (Gauche Unie), Izquierda anticapitalista (Gauche anticapitaliste), Sortu du pays basque, CUP de Catalogne ; de Grèce, OKDE ; du Portugal, le Bloc de Gauche ; d’Italie, Sinistra Critica ; Al Mounadil du Maroc, des formations politiques d’Égypte, du Liban, de Syrie, d’Algérie, de Palestine... Étaient également présentes des organisations provenant de Belgique, d’Haïti, du Venezuela... C’est la première fois que ces partis et ces organisations politiques se rassemblent à l’échelle de la région méditerranéenne consacrée entièrement à la lutte pour l’annulation de la dette illégitime Dette illégitime Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
.

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Fathi Chamkhi (porte-parole de Raid Attac Cadtm Tunisie), sans qui cette activité n’aurait pas eu lieu

Cette réunion s’est clôturée par un grand meeting réunissant des représentant-e-s de partis politiques venu-e-s d’Égypte, du Maroc, d’Algérie, du Portugal, du Liban, de Syrie, d’Italie, de Palestine, de Grèce, d’Espagne, de Catalogne, du Pays basque, de France, de Belgique, d’Haïti, de Venezuela et de Colombie. Dans une ambiance électrique, mêlée de passion, de colère, de joie et de force collective chacun-e a affirmé la volonté de son parti à travailler sur la thématique de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, contre la dictature des créanciers et pour l’émancipation des peuples.

Plus de 1000 personnes étaient présentes dont un grand nombre de jeunes et de femmes. Les interventions des orateurs et des oratrices (il faut déplorer que, sur la vingtaine d’interventions, seulement trois femmes ont été invitées à prendre la parole) étaient entrecoupées de slogans scandés en arabe. Les militant-e-s présent-e-s dans la salle ont montré avec chaleur leur détermination à balayer le système capitaliste et à poser des actes fondateurs d’un nouvel ordre mondial au service des peuples.

De nombreux hommages ont été rendus aux différents leaders, révolutionnaires ou militants progressistes. Un film en hommage à Chokri Belaïd, assassiné le 6 février 2013, a été projeté. L’émotion était à son comble : Chokri reste une figure très populaire de la révolution tunisienne, une source d’inspiration pour beaucoup. Plus tard, un autre court métrage à rendu hommage à Hugo Chavez et à son engagement dans la mise en place de politiques au service du peuple.

Pendant plus de 3h les différent-e-s intervenant-e-s se sont succédé. Tous ont salué la révolution tunisienne et plus largement le « printemps arabe » qui a permis de renverser les dictateurs Ben Ali et Moubarak. À ce tournant historique il faut ajouter une dimension internationale. La révolution tunisienne est, pour plusieurs générations, la démonstration concrète que la révolution est loin d’être une formule rhétorique et que le peuple peut prendre en main son destin. La conférence publique s’est conclue par une intervention vibrante du porte-parole du Front populaire, Hamma Hammami, qui a développé une position sur la dette tout à fait convergente avec celle du CADTM.

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Hamma Hammami

Comme le souligne le préambule de déclaration de cette rencontre méditerranéenne contre la dette, la chute de Ben Ali « a permis de désarmer l’ordre capitaliste néolibéral local sans pour autant le renverser. Le régime social, qui est le produit historique de la domination étrangère et, plus récemment, de la restructuration capitaliste néolibérale mondial, est toujours debout. Mais la crise révolutionnaire que l’insurrection à ouverte demeure active. La victoire de la révolution démocratique et sociale en Tunisie demeure possible. » |1|

Dans ce contexte, il faut se débarrasser de la dette qui demeure un outil central de la domination et de l’oppression des peuples. Véritable instrument de transfert des richesses et de domination politique, cette question était au cœur du débat. Les intervenant-e-s ont affirmé la nécessité de se libérer du diktat des créanciers et des institutions financières internationales, FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 187 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
en tête. Plusieurs orateurs ont cité les exemples de l’Argentine, de l’Équateur ou de l’Islande pour montrer qu’il est possible de désobéir aux créanciers afin de mener des politiques en faveur de la population. L’audit de la dette publique a été également posé comme une des stratégies possibles pour identifier et annuler les dettes odieuses et illégitimes, tout en rappelant l’importance de la mobilisation sur cette question.

C’est la première fois qu’un tel front commun voit le jour et c’est sans doute une avancée historique dans la lutte contre la dette. Cette rencontre fait immanquablement écho à l’appel lancé en 1987 à Addis Abeba par le président Thomas Sankara et concrétise, 26 ans plus tard, la création d’un front commun contre la dette. « La dette ne peut pas être remboursée parce que si nous ne payons pas, les bailleurs de fond ne mourront pas, soyez-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir, soyons-en sûrs également » |2|. Les partis réunis à Tunis ont décidé de se doter d’un comité de suivi et de se réunir à nouveau en Espagne en 2013 ou en 2014.

Conférence méditerranéenne des partis politiques contre la dette Conférence méditerranéenne des partis politiques contre la dette Eric Toussaint à la conférence méditerranéenne des partis politiques contre la (...)

Notes

|1| Déclaration finale qui sera publiée prochainement.

|2| Discours contre la dette, de Thomas Sankara, Addis Abeba, 1987

Auteur

Pauline Imbach

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