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Soutenons les 595 femmes de ménage du Ministère des Finances en Grèce qui se battent pour leurs emplois et leur dignité

7 juillet par Patrick Saurin

Depuis le 17 septembre 2013, en Grèce, 595 femmes de ménage ​du Ministère des Finances sont ​en lutte ​contre leur licenciement. Elles sont devenues un cas emblématique de résistance contre la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. . Il y a un blog avec des vidéos, des photos et des informations sur le combat qu’elles mènent : http://agwnkatharistries595.wordpre...

Des témoignages de soutien peuvent être transmis à Sonia Mitralias du Comité de solidarité avec « Les Femmes de Ménage en Lutte », à l’adresse suivante : sonia.mitralia chez gmail.com (tél. fixe : 00302109420681 et 0030 6932295118)

​ Le 28 juillet prochain, il y aura un grand concert ​de solidarité à Syntagma. Des messages de solidarité par écrit et par vidéo peuvent être adressés par des syndicats de femmes de ménage, par des artistes ainsi que par des organisations (associations, collectifs, syndicats, partis) p​our être lus et visionnés pendant le concert. Ces témoignages pourraient également figurer sur​ le blog des femmes de ménage.​

Il y aura une autre échéance le 23 septembre, ​quand la Cour Suprême rendra son arrêt définitif sur la question du licenciement des 595 femmes de ménages.

Une pétition va être mise en ligne prochainement.

Voici l’appel à la solidarité rédigé par les 595 femmes de ménage en lutte suivi de sa traduction en français. Cet appel est suivi d’un texte émouvant d’Archimandrite Vassilios Varvelis, Secrétaire du Patriarcat d’Alexandrie et de toute l’Afrique, traduit en français par Yorgos Mitralias.

We are 595 women cleaners of the Greek Ministry of Finance and since 17th September 2013 we have been unemployed. The Government fired us and chose to give our jobs to private contractors, with no financial benefit for the state. Our wages ranged from 300 to 650 euro a month. We are not numbers, we are human beings.

We haven’t bowed our heads in submission. Since 17th September we have been in the streets every day, claiming back our jobs, claiming back our lives.

The Government is trying to suppress our just fight in any way it can. Pictures of defenseless 50 or 60-year-old women beaten up by riot police have spread around the world. Lots of us were taken to hospital after the barbarous and unjustifiable police attacks against us.

We have opted for dignity. Ten months of struggle, ten months of poverty and problems ! But we haven’t given up. We continue our struggle. We claim the self-evident : our right to life.

A surge of support is spreading in society. Workers, redundant workers, unemployed people, students, pensioners, artists, they all express their support.

Greek justice has vindicated us, but the Government refuses to comply with the court decision. It wants revenge on us because we are fighting. It wants revenge on us because we have opted for dignity.

SOLIDARITY IS PEOPLES’ WEAPON. We call on you to express your solidarity to our struggle for life and dignity. We call on you to sign the support petition and help collect signatures, which will force the Government to execute the court decision – something that will cost nothing to the Greek state.

TOGETHER WE CAN STOP THESE BARBAROUS POLICIES.

Nous sommes 595 femmes de ménage du Ministère des finances de Grèce et depuis le 17 septembre 2013, nous sommes sans emploi. Le Gouvernement nous a licenciées et a choisi de confier nos emplois à des prestataires privés, sans aucun bénéfice financier pour l’État. Nos salaires vont de 300 à 650 euros par mois. Nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des êtres humains.

Nous n’avons pas baissé la tête en signe de soumission. Depuis le 17 septembre, nous sommes allées tous les jours dans la rue pour réclamer la préservation de nos emplois, réclamer la préservation de nos vies.

Le Gouvernement est en train d’essayer de réprimer notre juste combat en utilisant tous les moyens. Des photos de femmes sans défense âgées de 50 ou 60 ans tabassées par la police anti-émeutes ont fait le tour du monde. Beaucoup parmi nous ont dû être transportées à l’hôpital après les attaques barbares et injustifiables de la police contre nous.

Nous avons fait le choix de la dignité. Dix mois de lutte, dix mois faits de pauvreté et de problèmes ! Mais nous ne désespérons pas. Nous continuons notre lutte. Nous réclamons ce qui est une évidence : notre droit à la vie.

Un mouvement de soutien est en train de se propager dans toute la société. Des salariés, des travailleurs licenciés, des chômeurs, des retraités, des artistes, ont tous témoigné leur soutien.

La justice grecque nous a donné raison, mais le Gouvernement refuse de respecter la décision de justice. Il veut se venger de nous parce que nous combattons. Il veut se venger de nous parce que nous avons fait le choix de la dignité.

LA SOLIDARITÉ EST L’ARME DES PEUPLES. Nous vous demandons d’apporter votre solidarité à notre combat pour la vie et la dignité. Nous vous demandons de signer la pétition de soutien et de nous aider à rassembler des signatures qui obligeront le Gouvernement à respecter la décision de justice – ce qui ne coûtera rien à l’Etat grec.

ENSEMBLE, NOUS POUVONS ARRÊTER LES BARBARIES POLICIÈRES

Ma mère femme de ménage,
moi enfant et neveu de femmes de ménage

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Vassilios Varvelis

Archimandrite Vassilios Varvelis |1|

Les maisons où elle travaillait 6 jours par semaine brillaient, et le septième, le Dimanche (son « jour férié »), elle devait nettoyer aussi sa maison et nous tous, préparer à manger un plat chaud, laver, sécher le linge, nous embrasser et se reposer.

Cette mère à moi !

Ces femmes de Peristeri |2|, les mères de nos amis, qui s’en allaient à l’aube sans avoir mangé, laissant leurs enfants dans la rue, pour arriver à Ekali, Filothei, Psychico |3|, sous la pluie, dans le froid, quand il neigeait et dans la canicule, pour devenir des « servantes » comme les appelaient les « Dames », pour nous élever, avec leur sueur quotidienne, pour nous éduquer, pour que nous devenions des êtres dignes. Et la plupart de nous nous le sommes devenus !

Et quand la mère rentrait du travail, ayant dans son sac à mains sa robe mouillée qu’elle portait quand agenouillée elle lavait les planchers à la serpillère, moi tout petit je lui demandais :

- Maman, qu’est que tu m’as apporté ?

- De la fatigue mon enfant – sa réponse. De la fatigue.

Nous avons grandi avec les vêtements que les « Dames » lui donnaient comme charité. On n’avait pas de vêtements à nous. Des choses de seconde et troisième main. C’est avec ça que nous nous habillions.

Des mères héroïques !

C’est sur ces mères que le fascisme a osé lever la main. Ce sont ces femmes qu’ont frappées les « hommes de main » à 500 euros.

Au lieu de baiser leur main, ils les ont envoyées à l’hôpital.

Ceux qui ont tué notre « frère » et notre « enfant » Alexis Grigoropoulos |4|, ceux qui offrent l’asile aux Nazis, chair de leur chair, ceux qui vendent de la drogue pour que le peuple ne se réveille jamais, ceux qui exploitent des prostituées pour toucher leurs pourcentages, ceux qui traitent de façon inhumaine les immigrés, ceux qui font chanter les petits commerçants, ceux qui servent toujours fidèlement le pouvoir du moment, ces voyous de Miliciens durant l’Occupation, les mouchards de la dictature, ceux qui pour toucher en retour « leur dividende » ont osé lever leur main infâme contre nos mères.

A tous ces minables aux muscles entraînés et au cerveau sous-développé, qui avec leur attitude et leur comportement ont craché sur leurs propres mères, je tourne le dos.

Je durcis mon cœur.

Je ne les bénis plus. Cela ne me convient plus.

Je n’ai aucun vœu pour eux.

Tous ceux-là vont me trouver face à eux, dans la lutte.

Je crie fort : Réveillez-vous tous, réveille-toi peuple de Dieu avant qu’il ne soit trop tard.

« Écoutez donc rois ; apprenez juges de la terre. Prêtez l’oreille, ô vous qui gouvernez les peuples et qui êtes si fiers de leur multitude. Votre puissance vous a été donnée par le Seigneur ; votre autorité vient du Très-Haut, qui interrogera vos œuvres, et scrutera vos desseins. Vous, ministres de Son royaume, vous ne jugez point avec droiture ; vous n’observez point la loi ; vous ne marchez point selon la volonté de Dieu. Et quand soudain Il fondra sur vous, vous en frissonnerez ; car Son jugement est bien plus sévère contre ceux qui ont la puissance… » |5|

Notes

|1| Secrétaire du Patriarcat d’Alexandrie et de toute l’Afrique.

|2| Peristeri est une commune populaire du grand Athènes.

|3| Ekali, Philothei, Psychico sont des communes bourgeoises du grand Athènes.

|4| Alexis Grigoropoulos est un adolescent de 15 ans qui a été abattu par la police à Athènes le 6 décembre 2008.

|5| La Septante, « Sagesse de Salomon », Chapitre 6.

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