Rapports sociaux inégalitaires au sein du travail : une évidence durant le confinement

30 avril par Christine Vanden Daelen , Camille Bruneau


(CC - Flickr : Jeanne Menjoulet)

Les rapports sociaux au sein du travail sont représentatifs des rapports inégalitaires dans la société. La reproduction du capitalisme s’appuie sur l’appropriation d’un surtravail (salarié, gratuit et informel) effectué par une majorité de femmes, notamment autour de la reproduction sociale. L’attribution de ce travail - autant essentiel qu’il n’est précarisé - se fait notamment autour de critères de genre et de « race ».

Passer en revue l’évolution historique du travail des femmes en France au XXe siècle nous aide à comprendre sa distribution actuelle et les différentes réalités vécues par les femmes et les populations précaires, de tout temps, mais rendues encore plus pénibles et finalement, un peu plus visibles dans le contexte actuel de confinement et de crise multidimensionnelle du capitalisme.

Le 18 mars 2020 sur son Facebook, Françoise Verges [1] constate : Il y a donc désormais les confiné.e.s et les non-confiné.e.s qui assurent la vie quotidienne des premiers - qui apportent les denrées aux boutiques, qui rangent sur les étagères, nettoient, tiennent la caisse, les éboueurs, les postier.e.s, les livreurs (j’en ai vu 3 déjà depuis ce matin), les conductrices/conducteurs de transport, les femmes de ménage des hôtels et les serveuses/serveurs des hôtels (qui restent ouverts et assurent un room service), et tant d’autres. Classe, genre, âge, racialisation, santé traversent les deux groupes mais les non-confiné.e.s sont les plus exposé.e.s. Dans les éléments du confinement, il y a celles/ceux qui vivent dans 12m2 et celles/ceux dans 150m2, qui peuvent se faire livrer ou pas, qui ont de quoi s’abonner à des tas de sites de streaming ou pas, qui ont un grand débit pour assurer les cours à la maison ou pas, qui peuvent aider les enfants à faire les leçons ou pas, qui ont un ordinateur et une imprimante ou pas, qui sont totalement isolées ou pas, qui ont des papiers ou pas, qui sont financièrement à l’aise ou pas, les femmes et enfants qui vivent avec des compagnons violents, les femmes seules avec des enfants, bref, des milliers et milliers de situations noyées sous le discours d’union nationale dans un pays où les inégalités, les violences d’état, le racisme et le sexisme organisent la vie sociale depuis des années. Les actes de solidarité, nombreux, qui s’organisent et sont formidables ne doivent pas remplacer les responsabilités de l’état. (Je parle là de la vie quotidienne, pas du personnel médical et de toutes les personnes qui assurent la vie d’un hôpital - donc aussi celles/ceux qui nettoient, gardent, font l’administration...- évidemment très exposés). Le confinement est rendu possible grâce à toutes ces personnes invisibilisées et bien trop souvent mal payées et exploitées.

Pour Jules Falquet [2] et comme le relai le Collectif 8 Mars Liège [3], ce confinement est on ne peut plus inégalitaire, et ce sont les rapports sociaux en vigueur qui en déterminent les configurations.

Les femmes, en particulier les femmes racialisées (mais aussi une minorité d’hommes racialisés), sont en première ligne des risques encourus, car elles souvent assignéEs aux activités essentielles mais pourtant pénibles et effectuées dans des conditions précaires. C’est absurde mais cela est une partie intégrante des logiques de l’accumulation capitaliste.

Le système capitaliste a par essence, besoin d’un groupe, d’une population dévalorisée et exploitable afin d’assurer la continuité des profits et de la croissance. Ce système se base sur des rapports sociaux inégalitaires sans lesquelles il ne peut tout simplement pas exister. En l’occurrence, la dévalorisation des femmes et de leur travail (rémunéré et gratuit) et l’exploitation des personnes racialisées, qui est légitimée par l’héritage du colonialisme. Historiquement, l’exploitation des femmes, au même titre que l’expansion coloniale, le pillage des ressources ou l’esclavage, ne fut pas une conséquence mais bien une condition à l’expansion capitaliste. Il ne s’agit pas d’affirmer que par définition, le capitalisme a besoin d’oppression de genre pour se reproduire, mais on peut constater qu’il n’a jamais existé sans oppression de genre. Tirant profit de discours et configurations sociales antérieures, la mise en place des modes de production capitaliste ont accentué les pires traits du patriarcat pré-existant. On peut citer la formalisation de la séparation entre les travaux dits de « production » dans la sphère « publique », valorisés socialement, et les activités dites de « reproduction » de la sphère « privée », invisibilisées et dévalorisées car sans valeur marchande. Cette division sexuelle du travail existe aussi au sein du travail salarié, les femmes étant majoritaires dans les professions mal payées et/ou à temps partiel des secteurs de la santé, du soin, du ménage, de l’éducation,… Cela est justifié par les constructions sociales inhérentes au patriarcat qui naturalise des rôles et représentations de genre.

 Le néolibéralisme et l’austérité ont exacerbé la précarisation des services publics et des secteurs « féminins »

Nous venons de vivre 40 années de casse du secteur de la santé et des droits du travail au nom de la libéralisation d l’économie, phénomène particulièrement accentué au nom de l’austérité depuis la crise financière de 2008. Les liens communautaires et de solidarité locale ont également été attaqués par le discours et les mesures néolibérales, ne facilitant en aucun cas les possibilités pour faire face à la présente crise multiple (économique, sanitaire, écologique, sociale..) . L’une des raisons pour lesquelles la crise s’avère si difficile à gérer dans de nombreux pays est que l’hôpital public était déjà gravement affecté par un sous-financement et une précarisation dramatique de l’emploi. La mortalité n’est pas due seulement au virus, mais bien à l’austérité et à l’état du secteur de la santé. Pour faire face à l’épidémie, le gouvernement belge propose aux hôpitaux de contracter des dettes [4]... Il proposera de nouvelles mesures d’austérité en fin de crise pour compenser les dépenses effectuées… les décideurs et décideuses n’ont finalement et sans surprise pas appris grand-chose de ces années d’austérité, de détresse sociale et d’épuisement des travailleurs/euses de la santé. Au-delà de la santé, les inégalités engendrées par les coupes dans certains budgets sociaux sont exacerbées aujourd’hui, et nombre de femmes sont concernées.

 Qui sont les femmes en première ligne ?

Quand on parle des femmes en premières lignes, nous ne parlons pas de celles en télétravail derrière leur ordinateur avec une crèche privée à disposition ou assez d’espace mental pour s’occuper de leurs enfants (même si cela ne les empêche pas d’être confrontées à la réalité du travail gratuit quotidien, de potentielles violences conjugales, de manque de suivi gynécologique, etc.). Nous parlons surtout des femmes issues des milieux populaires. Le secteur de la santé au sens large (médecins, infirmièrEs, mais aussi personnel de nettoyage, employéEs administratifs,..) compte 700.000 personnes en Belgique, dont une majorité de femmes : un quart des femmes actives le sont au sein du secteur de la santé, contre 6 % pour les hommes [5]. Elles représentent ainsi 3/4 du personnel soignant. Les autres secteurs et professions jugées essentielles ces dernières semaines, comme les crèches, les maisons de repos et la grande distribution sont également très féminisées et peu valorisées (environ 90 % de femmes au sein des caissièrEs). Le personnel des titres-services est aussi particulièrement exposé aux risques. En ce qui concerne le nettoyage et la domesticité, on y retrouve une écrasante majorité de femmes migrantes, qui se retrouvent aussi soit exposées à de hauts risques (en continuant à travailler) soit perdent leurs emplois sans compensation (car en situation irrégulière). Force est de constater qu’un gouffre existe entre l’utilité sociale de ces activités et la reconnaissance et les salaires dont elles jouissent. Les activités de reproduction sociale, c’est-à-dire les activités essentielles à la reproduction de la vie et de la société humaine, sont invisibilisées et assignées majoritairement aux femmes, particulièrement à des femmes précarisées. La crise sanitaire actuelle exacerbe ces inégalités et visibilise le fait que ce sont des personnes souvent marginalisées (femmes migrantes) qui font en réalité tourner la machine capitaliste.

Bien que cette organisation inégalitaire du travail perdure depuis des siècles, la pandémie du Covid-19 met en lumière le travail indispensable, mais invisibilisé et sous valorisé, effectué par des populations précarisées. La distribution genrée et raciale du travail (et donc du risque !) n’a rien d’anodin, mais résulte de choix éminemment politiques. Il est donc essentiel de réfléchir à ces configurations pour l’après-crise, afin de permettre aux femmes en particulier et aux précarisé.e.s en général de reprendre le contrôle sur leur vie et leur travail.

 Le “travail” au centre des rapports de force et des combats féministes

Le travail, enjeu absolu des sociétés dites « modernes » et source principale de moyens de subsistance (lisez, de revenus dans une société capitaliste) est, pour bon nombre d’entre nous, criblé d’inégalités entretenues par les classes dirigeantes. Il est nécessaire de s’intéresser à la notion de travail pour comprendre les rapports de domination, en l’occurrence, envers les femmes. L’immense apport des écrits féministes fut d’élargir la notion de travail, en démontrant qu’elle est le fruit d’une construction sociale et de rapports de force, et ainsi, de politiser ses aspects invisibilisés [6] L’élargissement de la notion de travail permet de le considérer non seulement comme une fonction économique (de production, de création de capital) mais également comme une fonction politique de (re)production des rapports sociaux. En y intégrant tout « ce qui permet le/la production du mieux vivre ensemble en société » [7], une série d’activités invisibilisées par l’économie capitaliste deviennent centrales. Utiliser le travail comme angle d’analyse permet ainsi non seulement de comprendre les rapports inégalitaires, mais aussi de s’y attaquer, de tendre à les déconstruire pour les dépasser. C’est pour cela que le contrôle du travail, et du discours qui décide ce qui est considéré comme du travail ou non, est un enjeu central.

Il est essentiel de reconnaître, premièrement, que les rapports de force au sein du travail ne se limitent pas à l’exploitation salariale et de classe mais incluent des rapports de genre (et de race, etc.). Le travail est à la fois influencé par les normes de genre et contribue à les créer en reproduisant les inégalités entre sexes à travers son organisation et sa distribution. Deuxièmement, les analyses de gauche ont pendant longtemps été (et sont encore en partie) limitées parce qu’elles assimilent de façon réductrice travail et travail salarié. Or, le travail se joue aussi dans la sphère privée. Il ne se restreint donc pas à des rapports de classe mais contient aussi des rapports de genre présents dans l’intime du quotidien, reflétant et influençant les normes sociétales en vigueur, comme l’ont démontré les féministes matérialistes entre autres. Cela dit, malgré cet apport incontestable des matérialistes, la focalisation de nombreuses chercheuses et militantes sur ce travail dans la sphère « privée » et le désir, la nécessité, de s’en affranchir, les ont éloignées d’une autre exploitation spécifique, elle aussi invisibilisée : le travail de type domestique et du care « salarié » mais sous payé, pris en charge par une majorité de femmes racisées.

L’époque d’implantation du capitalisme est synonyme de naturalisation de rapports d’exploitation, où race, classe, et genre ne se « superposent » pas simplement mais s’imbriquent, créant ainsi des vécus et dynamiques spécifiques d’exploitation au sein même de groupes sociaux spécifiques (« les femmes », « les prolétaires »,…). Quand on parle de l’histoire du travail, qu’il soit gratuit, payé, déclaré ou non, malgré la pertinence de dénoncer une organisation sexuée du travail, il est tout aussi important de visibiliser l’expérience et la trajectoire de différentes femmes : elles n’y vivent pas toutes le même destin et les mêmes expériences. Des oppressions spécifiques s’articulent, tantôt à l’échelle individuelle (discrimination envers des individus de la part d’individus), tantôt de façon plus collective et structurelle, lorsque l’État (post)colonial et néolibéral organise la continuité de l’assignation inégalitaire du travail reproductif.

 Le travail rémunéré : des inégalités persistantes

Au cours des dernières décennies, à travers le monde, le secteur des services a de loin dépassé l’industrie ou l’agriculture en termes de personnes employées, ce qui correspond en partie à l’entrée des femmes sur le marché du travail. Cependant, les femmes travaillent globalement moins d’heures salariées et constituent la majorité des personnes en sous-emploi non choisi, particulièrement dans les pays appauvris.

Alors que les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché de l’emploi, leur situation - en moyenne, et surtout pour certaines populations - ne s’améliore pas pour autant.

 Une discrimination institutionnalisée

Les caractéristiques actuelles du travail féminin sont révélatrices de la configuration et de l’imbrication des oppressions racistes et sexistes sous le néolibéralisme.
Les femmes sont enfermées dans certains rôles (pénalisants) en lien avec leurs capacités soi-disant “naturelles" ; il existe trois formes principales de l’inégalité et du mal emploi des femmes : le salaire d’appoint, l’inégalité salariale et le temps partiel. En comprendre les origines démontre que l’injustice d’aujourd’hui n’est pas un hasard de l’histoire mais bien l’héritage des reculs en cours depuis le XVIe siècle. Tout cela est exploré plus en détails dans un ouvrage à paraître cette année.

Les femmes rejoignent massivement le monde du travail rémunéré après la 2e guerre mondiale, mais elles ne le font pas dans les mêmes conditions. Plusieurs facteurs ont influencé ces évolutions : les luttes féministes des années ‘60 et ‘70, l’augmentation du nombre de femmes diplômées, la tertiarisation du marché du travail (multiplication des activités professionnelle orientées vers la production de biens immatériels, métiers de services et de soins) et les politiques migratoires.

Prenons le cas de la France pour illustrer ces liens entre politiques migratoires et emploi rémunéré des femmes. La “crise de la domesticité” de la fin du XIXe siècle mène à une féminisation du secteur domestique. En 1851 on décompte 63 % de femmes domestiques et 83 % en 1901, souvent originaires de l’étranger : avant la 1re guerre mondiale énormément d’Allemandes, puis d’Italiennes et de Polonaises sont recrutées ; après la deuxième, début de l’époque postcoloniale, ce sont des femmes, soi-disant ne travaillaient pas dans leurs pays d’origine, qui sont embauchées. Ces femmes sont mises au travail pour répondre à la demande croissante de la petite bourgeoisie en “bonnes à tout faire”. La transformation des services précédemment assurés gratuitement dans la sphère domestique en emplois précaires, mal payés et délaissés par les FrançaisEs [8] est la condition de l’émancipation de certaines femmes via une vie professionnelle. Ce réaménagement du travail est organisé politiquement, comme en attestent des programmes tels que le BUMIDOM dans les années ‘60-70. Il encadre l’immigration et le recrutement de ressortissantEs des territoires d’outre-mer, notamment d’hommes pour la Poste et l’industrie automobile et de femmes antillaises et réunionnaise dirigées vers la domesticité et le paramédical (elles sont par ailleurs confrontées aux contrôle des naissances dans les DOMs) [9] Ces années signent une réorganisation sociale, politique et capitaliste, à l’échelle globale comme nationale. L’État met en place dans les années ‘70 le regroupement familial permettant aux femmes de rejoindre l’économie française et de gonfler ses rangs de travailleuses précaires, dont on observe des traitements différents selon l’origine. Après 1977, cependant, les pouvoirs publics ne leur octroient plus de permis de travail, les poussant ainsi dans la clandestinité. Après la vague de régularisation des années 80, ces migrantes “réapparaissent” soudainement dans les statistiques de l’emploi [10].

La réorganisation globale de l’économie et la destruction de l’État social qui bat son plein avec la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
en plein essor durant cette décennie instaure une nouvelle gestion de la reproduction sociale. Le secteur des services est restructuré afin de réduire les dépenses publiques et d’absorber la main d’œuvre : les femmes migrantes gonflent les rangs de ces domaines d’emploi de plus en plus précaires.

Racisme, patriarcat et besoins de l’économie sont manifestement liés. Lorsqu’on parle de l’emploi des “femmes”, voire même de la réduction des inégalités hommes-femmes, il ne faut pas oublier que cette participation féminine au marché rémunéré du travail est souvent synonyme d’un accroissement des inégalités entre femmes elles-mêmes (par exemple entre femmes travaillant à l’extérieur de la sphère domestique et femmes employées pour suppléer à leur “absence” au sein des foyers). Il est important d’attirer l’attention sur cette réalité trop souvent invisibilisée. De même, il est important de se demander systématiquement de quelles femmes il est question, et de nuancer notre analyse en fonction de leur situation au sein des différents rapports de domination (de classe, de sexe et de race).

Donc, il existe bel et bien une division sexuelle du travail, mais elle est également traversée par des rapports sociaux de race, particulièrement en ce qui concerne la reproduction sociale. Celle-ci est essentielle au capitalisme et au bien être de la société. Les personnes qui la prennent en charge sont particulièrement mobilisées en cas de crise, et exposées aux risques en cas de crise sanitaire. Bien qu’il inclut des femmes blanches et des hommes, racisées, force est de constater que la groupe concerné est majoritairement continué de femmes issues des milieux populaires et de la migration.

Ces analyses se poursuivent dans le prochain livre du CADTM à paraître cette année.



Notes

[1Autrice du Ventre des Femmes et de Un féminisme décolonial

[6Krinsky, J. et Simonet, M., « Déni de travail : l’invisibilisation du travail aujourd’hui : Introduction. », 2012, Sociétés contemporaines, N° 87, p. 5-23.

[7Cukier, A., « De la centralité politique du travail : les apports du féminisme matérialiste », paru dans Bidet, A., Galerand, E. et Kergoat, D. (dir.), Dossier « Féminismes matérialistes », Nouvelles Questions Féministes, 2016.

[8Nous disons bien “délaissés” car c’est un contexte de protection légales des travailleurs/euses nationaux, instaurant des quotas de personnes migrantes etc., on ne peut parler d’immigration qui “vole” le travail au FrançaisEs comme certainEs se plaisent à dire. Falquet, J. et Moujoud, N., « Cent ans de sollicitude en France. Domesticité, reproduction sociale, migration et histoire coloniale », 2010, Agone n°43, Comment le genre trouble la classe, pp 169-195. Quelle page ?

[9Voir par exemple Verges, F., Un féminisme décolonial, 2019, La Fabrique, p. 86.

[10Falquet, J. et Moujoud, N., « Cent ans de sollicitude en France. Domesticité, reproduction sociale, migration et histoire coloniale », 2010, Agone n°43, Comment le genre trouble la classe, pp. 169-195. Quelle page ?

Christine Vanden Daelen

Permanente au CADTM Belgique

Autres articles en français de Christine Vanden Daelen (47)

0 | 10 | 20 | 30 | 40