Communiqué de presse

Pour le CADTM, la démission de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque mondiale ne peut pas suffire

18 mai 2007


Les termes feutrés utilisés par les communiqués officiels ne sauraient cacher la réalité : Paul Wolfowitz a violé les règles de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
 ; alors qu’il se présentait en apôtre de la lutte contre la corruption et le népotisme, il a accordé une augmentation de salaire exorbitante à sa compagne Shaha Riza ; gravement mis en cause par l’enquête interne, il a fait tout son possible pour rester en poste et n’a annoncé sa démission - qui plus est au 30 juin seulement - que quand la situation n’était plus tenable pour lui.

Pour le CADTM, il ne faut pas se laisser tromper par l’arrangement trouvé dans le but de ne pas faire perdre la face à Paul Wolfowitz. Bien que le Conseil d’administration ait « accepté » l’assurance qu’il avait agi « avec éthique et de bonne foi », Paul Wolfowitz a en réalité été poussé à démissionner après avoir commis une faute grave.

Le CADTM rappelle que cet épisode n’est pas isolé. Le gouvernement des Etats-Unis avait mandaté la compagne de Paul Wolfowitz, juste après l’agression militaire de mars 2003, donc avant qu’il ne préside la Banque mondiale, pour lui demander d’étudier comment la Banque mondiale pouvait intervenir financièrement en Irak, et ce - déjà - sans en informer le staff de la Banque mondiale et au mépris des règles de fonctionnement de cette institution.

Il est clair que la Banque mondiale est avant tout un outil de domination géopolitique très important pour le gouvernement des Etats-Unis, les principes démocratiques et les intérêts des populations pauvres n’étant absolument pas pris en considération.

Tout le déroulement de cette histoire, de l’arrivée très contestée de Paul Wolfowitz à la présidence jusqu’à sa démission annoncée, n’a été possible que parce que la Banque mondiale présente des béances insurmontables : nomination systématique d’un président ressortissant des Etats-Unis par la seule volonté du président américain ; distribution anti-démocratique des droits de vote (sur le mode « 1 dollar = 1 voix ») avec minorité de blocage pour les Etats-Unis ; choix idéologiques très discutables au profit d’un néolibéralisme aux conséquences dramatiques pour les populations des pays en développement ; violation régulière de ses propres statuts et de textes internationaux comme la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Au-delà de l’affaire Wolfowitz-Riza, c’est donc toute l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de la Banque mondiale qu’il faut remettre en cause et pour laquelle il faut demander des comptes. Pour le CADTM, le passif Passif Partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (capitaux propres apportés par les associés, provisions pour risques et charges, dettes). de la Banque mondiale dans son ensemble est bien trop lourd pour que l’on puisse se contenter du départ d’un de ses dirigeants, fût-il son président.

Le CADTM considère qu’une seule issue est moralement envisageable : l’abolition de la Banque mondiale et son remplacement dans le cadre d’une nouvelle architecture institutionnelle internationale.