Pauvreté en Afrique, les non-dits de la Banque mondiale

24 mars par Salaheddine Lemaizi

Siris - Flickr cc

Un nouveau rapport de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
nous informe que « le nombre d’Africains vivant dans l’extrême pauvreté a considérablement augmenté depuis 1990 », passant de 280 millions de personnes en 1990 vivant avec moins 1,25 $/jour à 330 millions en 2012. Pour le porte drapeau de l’idéologie néolibérale dans les pays du Sud, cette évolution est due à deux facteurs : démographique et statistique. « Des obstacles majeurs persistent, compte tenu de la croissance démographique rapide que connaît cette région du monde », peut-on lire dans ce document.

Les auteurs du rapport « Poverty in a rising Africa » |1| imputent cette progression également à la faiblesse de l’information statistique dans les pays de l’Afrique subsaharienne. Soit, sauf que la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
omet de signaler un « détail » : la hausse du nombre de personnes vivant en situation d’extrême pauvreté et la persistance des fortes inégalités sur le continent sont les conséquences directes des politiques de réduction de la pauvreté recommandées par cette même institution depuis les années 90. Depuis la sortie officielle de l’ajustement, ces choix néolibéraux continuent d’avoir des conséquences dramatiques sur la vie des populations africaines.

« Merci » la Banque mondiale !

Certes, le pourcentage d’Africains pauvres a chuté de 56 % en 1990 à 43 % en 2012. Les taux d’alphabétisation chez les adultes ont gagné quatre points de pourcentage et les disparités entre les sexes ont été réduites. L’espérance de vie a augmenté de six ans, et la prévalence de la malnutrition chronique chez les enfants de moins de cinq ans a baissé de six points de pourcentage, pour s’établir à 39 %. Faut-il se réjouir de ces améliorations des conditions de vie de cette population ?

Penser que la lutte contre la pauvreté en Afrique gagne du terrain est un leurre. Le rythme de l’éradication de la pauvreté sur le continent et ses trois sous-régions demeure très long. L’échec des Objectifs du développement du millénaire (OMD) s’explique, en bonne partie, par la non-atteinte des objectifs fixés en Afrique subsaharienne.

Un rapport du PNUD PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site : http://www.undp.org
, de la BAD, de la Commission économique pour l’Afrique et de l’Union africaine, confirme ce constat : « Par rapport aux autres régions en développement, les progrès déployés pour lutter contre la pauvreté ont été lents dans toute l’Afrique. En Afrique subsaharienne, les niveaux de pauvreté ont baissé, passant de 56,5 % en 1990 à 48,4 % en 2010, soit une réduction de 8 %, qui reste tout de même loin de la cible de 28,25 % fixée pour 2015 » |2|. Comme l’indique le graphique ci-dessous, tiré du même rapport.


Sans oublier que, comme nous l’avons indiqué en introduction, le nombre brut d’Africains pauvres continue à augmenter de façon très sensible.

Payer la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
ou éradiquer la pauvreté ?

Le soi-disant essor de l’économie africaine n’a rien changé dans la vie des populations africaines. « La croissance n’a pas suffi à appuyer les efforts de réduction de la pauvreté. Tributaires des produits primaires, de nombreux pays, notamment en Afrique subsaharienne, sont ainsi vulnérables à des chocs susceptibles d’interrompre les progrès en matière de développement », signale ce rapport.

Pourtant, durant une décennie, la croissance économique a été au rendez-vous (une moyenne de 5% durant la décennie 2000). La hausse des cours mondiaux des matières premières a gonflé les performances économiques, sans se traduire par une amélioration significative des conditions de vie. La part qui revient au capital au détriment du travail n’a fait qu’augmenter. D’ailleurs, le rapport de la BM cité ci-haut n’a pas manqué de le signaler. « L’on assiste à une augmentation du nombre de personnes très fortunées », note l’institution. Les milliardaires Dangote, Rupert, Wiese, Mohammed VI |3| ou Sawiris ont profité de cette croissance africaine pour gravir les échelons du classement de Forbes |4|.

Pendant ce temps, sept des dix pays les plus inégalitaires au monde sont situés en Afrique, et principalement en Afrique australe. La BM fait deux constats sous forme d’aveu d’échec : « C’est dans les pays fragiles que la réduction de la pauvreté est la plus lente ». Ensuite : « les habitants des pays riches en ressources naturelles sont moins bien lotis sur le plan des indicateurs de bien-être humain » !

Face à ces constats, connus de longues dates, une question se pose : Pourquoi la Banque mondiale qui mène des politiques de réductions de la pauvreté sur le continent depuis deux décennies échoue lamentablement ? Je rappelle que depuis la soi-disant sortie de l’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. , la BM œuvre, selon son slogan, pour « un monde sans pauvreté ». Une des réponses possible à cette question est que la nature des politiques économiques choisies soit à l’origine de cette situation. Des choix (plutôt des diktats) liés directement à un mode de financement du « développement » qui fait de l’endettement sa pierre angulaire.

Sur cet aspect, la publication « Les chiffres de la dette en 2015 » |5| éditée par notre réseau, livre des données omises par la Banque mondiale. Pour les pays d’Afrique subsaharienne, les montants totaux de la dette externe ont été multipliés par 165 entre 1970 et 2012, passant de 2 milliards de dollars à 331 Mds $ à 2012. Au cours de cette période, les trente pays ont remboursé 217 fois la quantité initiale due en 1970.

Comme le rappelle la charte politique du CADTM, « dans la plupart des pays du Sud, le remboursement de la dette publique représente chaque année une somme supérieure aux dépenses d’éducation, de santé, de développement rural et de création d’emplois ». Or la pauvreté ne se mesure pas seulement en montant des revenus ou en quantité de calories consommées, elle se mesure aussi en accès aux services publics de base, eau et assainissement, électricité, santé, éducation, transports, services aujourd’hui sous-budgétisés et largement privatisés. En donnant la priorité au remboursement de la dette et à la « croissance », la Banque mondiale et les dirigeants des pays africains tournent le dos à tout objectif d’éradication de la pauvreté sur le continent. Les peuples résistent et militent pour d’autres alternatives basées sur l’annulation de la dette, la redistribution des richesses et l’égalité sociale.


Notes

|1| À lire : Poverty in a rising Africa , Groupe Banque mondiale, https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/22575

|2| Rapport OMD 2015 - Évaluation des progrès réalisés en Afrique pour atteindre les OMD réalisé par le PNUD, de la BAD, de la Commission économique pour l’Afrique et de l’Union africaine, à lire sur : http://www.uneca.org/fr/publications/rapport-omd-2015-%C3%A9valuation-des-progr%C3%A8s-r%C3%A9alis%C3%A9s-en-afrique-pour-atteindre-les-omd

|3| Pour le cas du Maroc, lire « MarocAfric » ou l’investissement marocain en Afrique subsaharienne

|4| Africa’s 50 Richest, Forbes

|5| Les chiffres de la dette 2015, par le CADTM

Auteur.e

Salaheddine Lemaizi

membre d’ATTAC CADTM Maroc et Comité des études et de plaidoyer du CADTM Afrique.


Traduction(s)