POUR un féminisme déconfiné

17 juin par Scandola Branquet


« Coronavirus : Comment le confinement accroît la charge mentale des femmes » [1], « Confinement : “la violence contre les femmes va augmenter et s’intensifier” » [2], « Le rôle des femmes n’est pas de rester belles durant le confinement » [3], « Les femmes en première ligne face au coronavirus » [4]

Depuis le début de la pandémie, la situation des femmes fait l’objet d’une véritable obsession médiatique et on voit fleurir nombre d’articles dénonçant les inégalités de genre à travers le prisme du confinement qui agirait comme un « miroir grossissant ». À première vue, le confinement semble donc plutôt être un moment de déconfinement des mentalités et la promesse d’une évolution de la perception du rôle de la femme dans notre société. Le « sacrifice » des soignantes et des caissières de supermarché a largement sensibilisé l’opinion publique à l’importance de ces professions essentielles, majoritairement exercées par des femmes et sous-estimées jusqu’alors. Dans le même registre, l’attention médiatique apportée à l’augmentation du nombre de féminicides et de violences conjugales depuis le début du confinement semble aller dans le sens d’une prise de conscience collective de ce qu’être une femme implique de vulnérabilité. Quant aux mères de famille confinées avec des enfants à charge, elles prennent la parole pour dénoncer le quadruplement de la charge mentale entre le télétravail, les tâches ménagères, les devoirs des enfants et la charge émotionnelle. Tous ces discours féministes contribuent donc à rendre enfin visibles et irréfutables les inégalités de genre encore largement minimisées en temps normal. Autrement dit, en dévoilant les ficelles inégalitaires de notre système capitaliste-patriarcal, le confinement pourrait bien constituer un tournant pour la Révolution Féministe en la rendant plus nécessaire que jamais.

Cependant, si le confinement met en lumière les inégalités de genre, c’est parfois au détriment d’autres inégalités pourtant indissociables des premières. En effet, ce ne sont pas n’importe quelles femmes qui continuent à travailler aux caisses des supermarchés ou dans les hôpitaux, ce ne sont pas n’importe quelles femmes qui souffrent le plus de l’augmentation de la charge domestique, ce ne sont pas n’importe quelles femmes qui doivent faire face à la précarité… Ce ne sont pas n’importe quelles femmes qui meurent de la maladie, faute de soin et de protection adéquate. Si le confinement semble être l’occasion d’un éveil des consciences, la saturation médiatique par un discours féministe blanc, privilégié et occidentalo-centré comporte le risque de n’avoir aucune conséquence tangible pour l’Après. Si les féministes ne s’emparent pas de cette vision systémique des inégalités et de l’oppression capitaliste, alors cette éclosion printanière de discours et de rhétoriques féministes sera au mieux un simple coup dans l’eau, au pire un prétexte médiatique pour éclipser l’incompétence des politiciens à gérer cette crise. Cet article vise donc à interroger la lutte féministe au temps du confinement en soulignant les avancées et les opportunités que constitue la crise actuelle pour le combat féministe ; mais aussi et surtout en questionnant l’orientation de ce combat, en avertissant des dangers d’une instrumentalisation médiatique et en rappelant la nécessité de mener une révolution systémique.

Se réconcilier avec son corps

« T’as vu jm’épile plus, jme maquille plus, jm’en fous, jsuis en train de devenir féministe ! » Ces mots sortant de la bouche d’une petite sœur ont eu sur moi l’effet d’un électrochoc, faisant surgir cette question douloureuse : qu’est-ce qui, avant le confinement, empêchait ma petite sœur de s’afficher comme féministe ? La réponse est pourtant simple. Le regard des autres. En les subtilisant aux regards des autres, le confinement semble permettre aux femmes d’établir un rapport plus apaisé avec leur corps en échappant aux diktats des apparences qui nourrissent habituellement l’industrie de la mode et de la beauté. Dans un tel contexte, les injonctions culpabilisantes qui nous incitent à faire du sport, à ne pas se laisser aller, à continuer de se maquiller pour se sentir bien dans sa peau, pourraient bien ressembler au chant du cygne d’une industrie en péril, inquiète de la désertion des magasins de cosmétiques et de boutiques de prêt-à-porter dont les femmes sont les premières consommatrices (et les principales victimes) [5]. Malgré toutes ces injonctions à rester belle, sous-entendu à continuer de consommer, le confinement permet de prendre du recul et d’expérimenter une nouvelle relation plus unifiée avec le corps féminin. Comme il est beau , ce corps de femme laissé en jachère, un champ de blé sans pesticide, dans lequel on voit poindre des bleuets et des coquelicots par-ci, par-là, comme autant « d’imperfections » sublimes et essentielles. Permis par le confinement, le désintérêt pour le joug des apparences au profit d’une nouvelle harmonie avec son corps peut constituer (comme dans le cas de ma petite sœur) une source de conscientisation féministe qui s’explique par le bénéfice en termes de bien-être et de confiance en soi occasionné par ce déplacement du regard.

Munitionnettes modernes

Le renouvellement du regard sur le corps des femmes peut aussi être élargi à la place des femmes dans la société (c’est d’ailleurs tout l’intérêt de la lutte féministe qui permet de dresser un parallèle entre rapport au corps et rapport à la société et d’opérer un glissement entre les deux). Pendant les guerres du siècle dernier, les usines dans lesquelles travaillaient les célèbres munitionnettes ont constitué de véritables viviers pour le combat féministe. Cet effort de guerre a eu deux effets : mettre en évidence le rôle et le travail des femmes dans la société ET donner aux femmes la possibilité de se réunir pour organiser la lutte. La conjugaison de ces deux mécanismes a entraîné une vague d’élargissement du droit de vote des femmes au sortir des deux conflits. Sans cautionner la comparaison douteuse d’Emmanuel Macron : « Nous sommes en guerre », nous pouvons légitimement établir un parallèle quant à l’impact qu’aura cette crise sur la perception du rôle des femmes dans la société : en effet, les professions ordinairement sous-estimées et majoritairement féminines comme les infirmières, les aides-soignantes, les caissières des supermarchés, les pharmaciennes sont devenues les piliers de la société confinée, à tel point que les gens les applaudissent le soir sur leur balcon. Ignorant pendant longtemps le mérite de ces professionnelles et refusant de s’attarder sur la prédominance féminine dans leurs rangs, la société doit bien se rendre à l’évidence et reconnaître qu’elle a pendant trop longtemps sous-estimé la valeur et surtout la rémunération de ces professions majoritairement féminines. Les infirmières et les caissières n’ont pas attendu la crise du coronavirus pour être sacrifiées sur l’autel du capitalisme néolibéral : politique d’austérité, restriction dans les dépenses publiques, injonction à l’efficacité, rythme intenable, horaires hallucinantes, souffrance au travail… Qu’est-ce qui justifie que les femmes aient à subir davantages les conséquences néfastes du néolibéralisme ? Ainsi, la crise sanitaire agit effectivement comme un miroir grossissant, et permet de rendre encore plus évidentes les ressorts des inégalités économiques et professionnelles subies par les femmes, rappelant ainsi la pertinence et la nécessité d’une Révolution Féministe. Ce que dit le « sacrifice » des infirmières et des caissières de la condition des femmes dans la société doit servir à légitimer le combat féministe et constituer une source « d’empowerment », au sens d’intensification de la lutte.

Féministes au foyer

Au même titre que le travail des infirmières et des caissières, le travail longtemps invisibilisé des mères de famille est salué depuis le début de la crise. Qui est capable de : télétravailler (1h seulement...), préparer les repas (et zut ! plus de pâtes au supermarché du quartier !) , s’occuper des devoirs des enfants (C’était quoi déjà le théorème de Pythagore ?), étendre le linge (Ah ces jeans d’homme qui pèse 5 kilos tout mouillés, et ces chaussettes dépareillées !), trouver des idées d’occupation (Tu t’ennuies mon chéri ? Et si tu faisais de la pâte à sel ? ) et en plus réconforter son mari à la limite de la dépression (Mais non tu n’es pas inutile mon Amour, ne fais pas cette tête là, aller va faire un tour de vélo pour te détendre !)… La réponse est : Maman, évidemment ! Ainsi, dans l’espace privé aussi, le confinement agit comme une loupe en exacerbant les inégalités dans la répartition des tâches domestiques. Pourtant, les mères n’ont pas attendu le confinement pour s’improviser institutrices, femmes de ménage ou cuisinières, seulement il aura fallu la crise du coronavirus pour que la société daigne leur accorder un intérêt et une considération renouvelée. Sur le site de la RTBF, les Grenades soulignent notamment la situation difficile des mères seules avec enfants ou des mères d’enfants en situation de handicap, qui sont habituellement les grandes absentes des médias. La crise sanitaire constitue donc une fenêtre d’opportunité médiatique pour ces femmes dont la pénibilité du travail a longtemps été ignoré ou minimisé.

Portraits de femmes en morceau

A la situation déjà difficile des mères de famille s’ajoute en plus la responsabilité d’entretenir le couple en période de confinement, de soutenir le moral de son partenaire … et pour certaines d’éviter les coups et les accès de violence de ce dernier ! En effet le nombre de cas de violences conjugales et de féminicides a augmenté, partant souvent de situations à risque aggravées par l’isolement et la promiscuité. Ainsi, la place de la mère et celle de l’épouse sont en train d’être réinterrogées : les violences physiques faites aux femmes et les pressions qu’elles subissent dans l’espace privée sont accentuées par le confinement qui agit encore une fois comme un révélateur, et peut constituer une source de responsabilisation en dénonçant ces violences comme inacceptables. J’ai été très touchée de recevoir le message d’une amie, qui, profitant du confinement pour se mettre à peindre, m’a envoyé une photo de son dernier tableau : un visage de femme morcelé dont la légende était « à toutes les femmes victimes de violences ». Les affiches et banderoles avec des messages de soutien déroulées aux fenêtres témoignent aussi d’un mouvement de conscientisation collective face aux violences que subissent les femmes dans l’espace privé.

Une arme à double tranchant

Qu’ils soient de l’ordre le la représentation de soi, de la cellule familiale ou du monde professionnel, ces différents signaux montrent que le confinement a permis aux idées féministes de faire leur chemin et de gagner un peu plus de terrain dans la société. Face à la mise en exergue de toutes ces inégalités subies par les femmes, l’opinion publique se mobilise massivement sur les réseaux et dans les médias pour dénoncer ces situations de burn-out familial ou de violences au sein du couple. Les femmes pourraient bien s’emparer de cette période de confinement pour en faire un outil de responsabilisation et l’élargissement de la lutte. Cependant, ce regain d’intérêt médiatique pour la condition féminine est une arme à double tranchant. En effet, si ce discours permet de rendre visible les inégalités de genre, il a aussi pour effet de focaliser l’attention médiatique sur cette unique discrimination, occultant par là le fait qu’il existe des inégalités au sein même de cette grande catégorie d’opprimées que sont les femmes. Autrement dit, le féminisme confiné donne essentiellement la parole aux femmes blanche des classes sociales supérieures et invisibilise davantage les femmes noires, les femmes sans-papier, les musulmanes, les femmes en situation de handicap, ou venant des milieux populaires.

À la mémoire de Madame Ngatare

Pourtant, ce sont ces femmes-là qui souffrent le plus des effets du confinement du fait de leur situation de précarité. La preuve en est avec la mort de Madame Ngatare, une femme sans-papier congolaise, qui venait tout juste de régulariser sa situation mais qui n’a pas eu le temps de trouver un logement pour se confiner avant le début de la crise, comme l’explique le magazine Axelle-Mag : «  Madame Ngatare cumulait toutes les difficultés que peuvent connaître les sans-papiers [...] « Vous imaginez, être au CPAS et noire, impossible de trouver un logement  », répétait-elle, traînant sa maison sur son dos, d’une connaissance à l’autre. Une proie idéale pour l’organisme vorace, le coronavirus Covid-19, de passage dans nos vies, auquel certain·es ne peuvent faute de conditions matérielles, d’un toit, d’une information suffisante, de droits. » [6] Le cas de madame Ngatare vient nous rappeler que ce sont moins les femmes blanches et européennes qui meurent dans la rue… L’oublier en résumant le discours féministe produit par le confinement aux seules préoccupations des femmes privilégiées qui trouvent le temps un peu long dans leurs grandes maisons, c’est consentir à une nouvelle forme d’invisibilation/de domination au sein même de la révolution féministe. C’est perdre l’essence du féminisme qui n’a de sens que dans une lutte systémique contre toutes les formes de domination générées par le système capitaliste. En agissant comme un révélateur de toutes ces inégalités, le confinement nous renvoie brutalement à la nécessité de penser la Révolution Féministe dans un cadre intersectionnel. échapper, faute de conditions matérielles, d’un toit, d’une information suffisante, de droits. »1 Le cas de madame Ngatare vient nous rappeler que ce sont moins les femmes blanches et européennes qui meurent dans la rue … L’oublier en résumant le discours féministe produit par le confinement aux seules préoccupations des femmes privilégiées qui trouvent le temps un peu long dans leurs grandes maisons, c’est consentir à une nouvelle forme d’invisibilation/de domination au sein même de la révolution féministe. C’est perdre l’essence du féminisme qui n’a de sens que dans une lutte systémique contre toutes les formes de domination générées par le système capitaliste. En agissant comme un révélateur de toutes ces inégalités, le confinement nous renvoie brutalement à la nécessité de penser la Révolution Féministe dans un cadre intersectionnel.

Héroïnes malgré elles

De la même manière, il serait bon de déconstruire le discours soi-disant féministe qui héroïse les femmes « en première ligne » dans les professions essentielles, en les présentant comme une seule catégorie uniforme et réunies sous la bannière « femmes », sans voir les spécificités raciales, sociales et économiques de ces professions. Ces dernières expliquent pourtant en grande partie pourquoi ces femmes souvent étrangères, venant des quartiers défavorisés ou confrontées à de grandes difficultés économiques se retrouvent en première ligne, derrière la caisse du proxy ! La semaine dernière, la remarque d’un ami m’a fortement interpellée à ce sujet. Dans un mail, il m’envoyait : « Suis parano ou quoi ? Ce matin, toutes les employés au Delhaize, près de chez moi, sont des Noirs ! PS : ils ont qd même reçu un masque ! ». Cette remarque montre bien l’absurdité du discours médiatique qui véhicule le mythe du sacrifice uniforme des femmes dans l’effort de confinement, sans préciser que ces femmes en première ligne sont majoritairement étrangères, racisées et vivent dans la précarité. Elles n’ont pas eu le choix de faire ce métier-là. Elles n’ont pas eu le choix de continuer à travailler plutôt que de se confiner. Sinon elles auraient probablement préféré être cadres ou ingénieures et passer leur confinement en télétravail. On peut dresser un parallèle avec les tirailleurs sénégalais envoyés au front pendant la première guerre mondiale : on a fait l’éloge de leur courage et de leur bravoure, en omettant simplement le fait qu’ils n’avaient pas le choix. Et c’est ainsi que l’héroïsme est parfois l’autre nom d’une domination coloniale qui ne dit pas son nom, et que le discours féministe universel contribue à faire prospérer en gommant les inégalités raciales, sociales et économiques. D’où la nécessité de penser une révolution féministe enracinée dans le terreau des luttes sociales et décoloniales [7].

L’opium du peuple ?

Face à au regain d’intérêt pour la condition féminine dans les médias dominants, une vraie question se pose donc : qu’est-ce qui peut bien justifier que soudainement, la société et les médias se mettent à faire grand cas des inégalités et des violences subies par les femmes depuis le début du confinement ? L’effet « miroir grossissant », n’est sans doute pas la seule justification. C’est aussi un leurre médiatique, un anesthésiant pour ne pas parler de ce qui fait vraiment mal : la gestion pitoyable de la crise sanitaire par les gouvernants. Dans un tel contexte, le féminisme ne doit pas se satisfaire d’un élargissement de l’espace médiatique dédié aux femmes. C’est au contraire le signal d’un risque de désubstancialisation de la lutte féministe. Nous devons rester alertes et faire front pour dénoncer le manque de réactivité des pouvoirs publics, l’incompétence des gouvernements, les mensonges d’État, les conséquences des politiques d’austérité dans le domaine de la santé, la situation des sans-abri et des sans-papiers … Ces luttes font partie de la Révolution Féministe. Le vrai féminisme consiste à dépasser le narcissisme médiatique et à commencer d’affirmer la capacité d’action Action
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des femmes dans l’espace public, et plus seulement dans les médias.

Pour un féminisme déconfiné !

L’erreur est de penser que la Révolution Féministe s’arrête là où les femmes ne sont plus au cœur du sujet, de ne s’attaquer qu’à la partie émergée de l’iceberg. Jusqu’à aujourd’hui, le « confinement » du combat féministe a conduit à un aveuglement ne permettant pas de voir à quel point les inégalités font système. La fin de l’oppression des femmes dépend de leur capacité à mettre à bas le système capitaliste dans sa globalité, et pas seulement à acquérir un passe-droit pour l’Après. A l’heure du confinement, le véritable enjeu pour les femmes n’est pas de se borner à réclamer plus d’égalité dans la répartition du travail domestique mais bien de se saisir de cette occasion pour jeter les bases d’un nouveau monde. Recycler l’ancien monde en acceptant d’y intégrer les femmes pour les récompenser de leur « héroïsme » n’est pas un objectif satisfaisant. Nous ne voulons pas mériter nos droits, comme des récompenses lancées à une armée d’otaries pour mieux les dompter. Nous voulons le monde ou nous ne voulons rien. Gardez votre reconnaissance paternaliste et votre magnanimité, nous voulons un féminisme dé-confiné !

Le colosse aux pieds de marbre

En conclusion, la période du confinement représente donc un double enjeu pour la Révolution Féministe : un premier mouvement consiste à visibiliser les inégalités de genre et les violences auxquelles sont confrontées les femmes dans la vie professionnelle, familiale mais aussi dans le rapport qu’elles entretiennent avec leur propre corps. Ainsi, le confinement aura permis de se rendre compte à quel point l’aliénation des femmes était étroitement liée aux exigences de profit et de rentabilité d’un capitalisme mondialisé qui a tout intérêt à ce que les femmes restent prisonnières de leurs apparences et de leur rôle de femme-objet. La femme-sujet n’est pas une bonne consommatrice, c’est bien connu [8], et d’un certain point de vue, le confinement est une période de sevrage pendant laquelle les femmes ont pu se libérer du joug des apparences et dénoncer publiquement les mécanismes de leur aliénation, de leur asservissement. Cependant, le confinement est aussi l’occasion de repenser le combat féministe et de mettre en œuvre une opération de désinfection (c’est le cas de le dire) des germes du capitalisme qui ont pu le corrompre, faisant du féminisme l’alibi médiatique du pouvoir politique : un simple instrument de communication permettant de masquer les autres inégalités. Ce deuxième mouvement doit permettre d’enrichir la pensée de la Révolution Féministe pour lui donner une amplitude plus grande, et l’ériger en combat systémique contre toutes les formes d’aliénations qui nourrissent le capitalisme. Ces deux mouvements fonctionnent ensemble : le premier est un élan qui vise à élargir l’empowerment féministe, tandis que le second doit servir de mécanisme d’auto-contrôle, comme une remise en cause permanente, pour que le féminisme ne soit pas un combat confiné. Ce double mouvement est nécessaire pour préparer l’Après sur une base solide. Pour mettre à bas le capitalisme, le féminisme doit devenir un véritable colosse, mais ne lui donnons pas des pieds d’argile. Faisons lui un socle de marbre.




Notes

[5Beauté Fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, Mona Chollet, éd. La Découverte, 2012.

[7Un féminisme Décolonial, Françoise Vergès, ed. La Fabrique, 2017

[8Beauté Fatale -Les nouveaux visages d’une aliénation féminine-, Mona Chollet, ed. La Découverte, 2012

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