Communiqué

Non à l’utilisation de la pandémie de Coronavirus, pour plus de dette et d’austérité

Pour la suspension du paiement de la dette publique et l’allocation de des ressources à la santé publique

12 avril par ATTAC/CADTM Maroc


Le gouvernement des riches du Maroc s’emploie à accélérer l’adoption d’un projet de loi autorisant le ministre des Finances à dépasser le plafond d’emprunt extérieur qui était précédemment fixé par la loi de finances pour 2020 à 31 milliards de dirhams. Ce projet autorise également le ministère à prendre des mesures d’austérité pour absorber les effets négatifs de la pandémie de Coronavirus.

Dans un communiqué conjoint, le ministère des finances et Bank Al-Maghrib (banque centrale Banque centrale La banque centrale d’un pays gère la politique monétaire et détient le monopole de l’émission de la monnaie nationale. C’est auprès d’elle que les banques commerciales sont contraintes de s’approvisionner en monnaie, selon un prix d’approvisionnement déterminé par les taux directeurs de la banque centrale. ) annoncent, le 08 avril 2020, la décision d’utiliser l’accord sur la ligne de précaution et de liquidité Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
signé avec le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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pour retirer 3 milliards de dollars (environ 30,8 milliards de dirhams), pour contrer les effets de la récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. économique mondiale exacerbée par la pandémie de Coronavirus, qui devrait être plus profonde que la récession de 2009. La Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
avait précédemment annoncé, au début de ce mois, qu’elle avait accordé au Maroc un prêt de 275 millions de dollars (2,82 milliards de dirhams) pour le même but.

Ainsi, les gouvernants au Maroc décident à nouveau de recourir à la solution de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et faire dépendre notre avenir et l’avenir des générations futures des intérêts des institutions financières internationales qui ont une grande responsabilité dans la destruction de nos services publics, en particulier le service de la santé, à travers les conditions qui accompagnent leurs prêts. En plus de la réduction des budgets des secteurs sociaux, ces institutions internationales, avec la complicité des classes dominantes locales, ont imposé un retrait progressif de l’État de ces secteurs, et imposé leur privatisation au profit des entreprises étrangères et locales à travers ce qu’on appelle gestion déléguée et partenariat public-privé.

Ils recourent à cette solution qui aggrave l’endettement de notre pays à un moment où de nombreuses voix s’élèvent dans le monde demandant la suspension du paiement de la dette publique comme moyen pour fournir la liquidité immédiate nécessaire pour gérer l’état d’urgence liée au coronavirus. Les ministres africains des finances ont appelé à une exonération des paiements d’intérêts sur la dette publique et les obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
souveraines pour l’année 2020. Le président du Sénégal a également appelé à l’annulation de la dette publique du continent africain. Au niveau latino-américain, dix anciens chefs d’État ont lancé un appel identique. En Équateur, l’Assemblée nationale a adopté une résolution appelant le gouvernement du pays à suspendre le paiement de la dette extérieure et à utiliser cet argent pour lutter contre la pandémie du virus Corona. À cela s’ajoutent les appels de centaines d’organisations et de réseaux internationaux qui demandent l’annulation de la dette publique, la promulgation de politiques publiques qui répondent aux besoins de la population, l’augmentation des budgets de santé et le maintien de la protection sociale, etc [1].

Ces politiques imposées par les dirigeants du Maroc il y a des décennies, en particulier la politique d’emprunt, sont responsables de l’approfondissement de notre dépendance économique, sapant notre souveraineté alimentaire (aujourd’hui, nous importons environ la moitié de nos besoins en blé !) et du maintien de toutes les formes de colonialisme et de la domination étrangère sur notre pays.

Ils persistent à imposer des politiques économiques dont l’histoire a prouvé les effets catastrophiques pour le peuple marocain, ce qui dément leurs prétentions à rechercher une alternative de développement. Cela est principalement dû au fait qu’ils bénéficient directement de ces politiques.

Nous, à ATTAC CADTM Maroc, nous confirmons notre opposition à ces orientations économiques, qui ont eu des conséquences désastreuses sur les plans social et environnemental, et sur la vie quotidienne de la grande majorité de notre population. Le budget moyen alloué à la santé dans les lois de finances au cours des six dernières années n’a pas dépassé 14 milliards de dirhams par an, alors que le total des dépenses de la dette publique (service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. ) a atteint plus de 140 milliards de dirhams par an, soit plus de 10 fois le budget de la santé.

Par conséquent, nous demandons à l’État, compte tenu des circonstances exceptionnelles imposées par la pandémie de Coronavirus, d’annoncer la suspension du paiement de la dette publique, constituée pour les deux tiers de la dette intérieure, et d’allouer directement ces ressources financières :

  • aux secteurs sociaux, en particulier la santé publique, en fournissant des infrastructures, du matériel et des médicaments, ainsi que des incitations matérielles et morales aux salarié.e.s du secteur et en leur fournissant les moyens appropriés de protection et d’emploi.
  • Verser des compensations exceptionnelles et urgentes aux travailleurs-euses qui ont perdu leur emploi et à toutes les familles marocaines, en particulier les pauvres, pour couvrir les dépenses de leurs besoins de base pendant toute la période du confinement. En l’absence de cette aide, la décision de généraliser le confinement reste injuste pour de larges couches de notre population.
  • Mettre immédiatement à la disposition du secteur public les cliniques privées, avec leurs dispositifs médicaux, leurs bâtiments et leur personnel, pour en faire des centres d’accueil et d’examen des patients.
  • Mettre les hôtels et les logements vides à disposition afin de réaliser les opérations d’isolement médical.
  • Suspendre immédiatement tout remboursement de tous les prêts bancaires des ménages marocains (prêts au logement et à la consommation) ainsi que les microcrédits avec exonération de touts intérêts.

Nous demandons également :

Enfin, ATTAC CADTM Maroc lance un appel à toutes les organisations de lutte pour se mobiliser contre les tentatives de l’État à exploiter la pandémie de Coronavirus pour généraliser la répression, approfondir les orientations libérales au niveau économique, et faire assumer les coûts de la crise aux pauvres.


Le Secrétariat National
Rabat, le 09 avril 2020




ATTAC/CADTM Maroc

membre du réseau CADTM, l’Association pour la Taxation des Transactions en Aide aux Citoyens au Maroc (ATTAC Maroc) a été créée en 2000. ATTAC Maroc est membre du réseau international du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) depuis 2006 (devenu Comité pour l’abolition des dettes illégitimes depuis juin 2016). Nous comptons 11 groupes locaux au Maroc. ATTAC veut être un réseau aidant à l’appropriation par les acteurs engagés dans l’activité sociale, associative, syndicale et plus largement militante des enjeux de la mondialisation sur les problématiques de résistance sociale et citoyenne.
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