17 avril : Journée internationale des luttes paysannes

Mobilisation mondiale des paysans pour proposer des solutions à la crise des prix des denrées alimentaires

22 avril 2008 par La Via Campesina


Jakarta

Aujourd’hui, les organisations de paysans et paysannes et leurs alliés célébrent la Journée internationale des luttes paysannes en commémoration du massacre de 19 ouvriers et ouvrières agricoles qui, il y a 12 ans, se battaient pour obtenir de la terre au Brésil. Aujourd’hui des douzaines de groupes, communautés et organisations dans plus de 25 pays à travers le monde organisent plus de 50 actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
telles que des marchés de paysans, des conférences, des actions directes, des activités culturelles et des manifestations, etc. en vue de défendre leur droit à se nourrir et le droit à nourrir leurs communautés.

A Djakarta , Le Syndicat Indonésien des Paysans en collaboration avec d’autres syndicats, des groupes de droits humains, des artisans pêcheurs, des organisations de femmes et d’autres groupes se réunissent en assemblée générale contre les entreprises multinationales. Henry Saragih – coordinateur général de Via Campesina, Mouvement international de paysans et petits agriculteurs a déclaré en ouvrant la séance : « Aujourd’hui est le jour où les communautés silencieuses élèvent la voix. Les paysans et les populations rurales représentent près de la moitié de la population mondiale, mais notre voix n’est pas entendue et nos problèmes sont ignorés. Nous sommes trop souvent marginalisés, appauvris et opprimés. C’est pourquoi le 17 avril nous célébrons notre combat pour la vie ! ».

En Argentine, le Mouvement national des paysans et des peuples autochtones organise des rassemblements dans sept provinces et des manifestations contre les gros producteurs de soja qui accaparent les terres et détruisent les sols. Ils organisent également des actions contre Syngenta et Monsanto ; des manifestations pour la vie et contre le pillage de la terre, de l’eau et des semences par les multinationales. En Allemagne, une semaine entière d’actions a été organisée par une coalition de plusieurs groupes de base, des ONGs et des réseaux actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans le domaine de l’agriculture mondiale à Berlin et dans les environs. Ils présentent une exposition de photos, une vitrine sur la biodiversité dans un magasin bio, une sélection spéciale sur l’agriculture mondiale dans une librairie, une manifestation à bicyclette et des actions près d’un champ d’expérimentation OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
de la multinationale de produits chimiques BASF et bien d’autres activités. Au Cameroun , le Conseil rural pour le développement de l’Agriculture et de la Pêche (CORDAP) organise une conférence à Yaoundé avec pour thème des débats “Quelle politique alimentaire voulons-nous développer au Cameroun à une époque où les prix internationaux des denrées alimentaires flambent ?”.

Une liste complète des activités est disponible sur www.viacampesina.org

Cette mobilisation mondiale a lieu alors que le problème de la faim dans le monde est de nouveau à l’ordre du jour. Les prix des denrées alimentaires ont flambé au cours des dernières années et des révoltes ont éclaté dans diverses parties du monde. Pour Via Campesina, la crise actuelle alimentaire est largement causée par la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
et la libéralisation du commerce dans le secteur de l’agriculture. De gros opérateurs spéculent sur des pénuries prévisibles de certaines denrées de base et font monter les prix artificiellement, provoquant la famine et augmentant la pauvreté. D’autre part, le démantèlement continu des mécanismes étatiques (tels que les stocks régulateurs et le contrôle des importations) au cours de ces dernières décennies a fait que de nombreux pays sont devenus extrêmement vulnérables à la volatilité des prix des denrées alimentaires.

Les organisation paysannes membres de La Via Campesina, leurs amis, amis et alliées, qui se mobilisent aujourd’hui, croient qu’une agriculture familiale durable et une production locale des aliments peut résoudre la crise actuelle. Ils sont prêts à relever le défi.

Pour plus d’informations : www.viacampesina.org