Début 2011, Tunis entre dans notre quotidien de manière fracassante. Ben Ali et son clan chassés, le peuple est libre. Mais avec une dette qui atteint les 130 % du PIB, la démocratie tunisienne a du plomb dans l’aile. Héritage de la dictature ou mauvaise gestion de l’économie, la question est posée par plusieurs associations, dont Raid (Rassemblement pour une alternative internationale de développement), basée à Tunis, et le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), basé à Liège. La dette ayant été multipliée par 6,5 depuis 1986, pour atteindre 27 milliards de dinars tunisiens (13,5 milliards d’euros), toutes deux réclament un audit indépendant sur la dette du pays.
Pour Fathi Chamkhi, porte-parole de l’ONG tunisienne et dissident de longue date du régime de Ben Ali, la mise en place d’une campagne d’opinion est primordiale : il faut « informer les Tunisiennes et les Tunisiens sur la nature de la dette, et rompre l’un des liens fondamentaux de la domination impérialiste ».
Au-delà de ce besoin de transparence, l’idée est de porter une réflexion collective et démocratique sur la gestion de la Tunisie post-Ben Ali… mettant également les gouvernements européens face à leurs responsabilités. La mobilisation est alors menée sur les deux rives de la Méditerranée : « Les créanciers doivent suspendre immédiatement le remboursement de cette dette. Il est inacceptable d’exiger son remboursement alors que l’urgence pour la Tunisie est de mobiliser toutes ses ressources pour faire face aux urgences sociales », précise Renaud Vivien, juriste au CADTM.
Le « système dette » embrasse plus que la simple dette publique : il s’agit de prendre la mesure de la façon dont les richesses nationales sont gérées et utilisées. Le service de la dette représente aujourd’hui le premier budget de l’État, soit 5,6 fois celui de la santé. La Tunisie a choisi de se tourner vers un modèle extraverti : privatisations, exportations et soutien aux investisseurs étrangers, entraînant une explosion des inégalités et de la corruption. La question de l’audit, c’est finalement celle de la dépendance aux marchés financiers, qui représentent 31,5 % des prêts à Tunis. La dette agit comme un dissolvant : elle permet de transférer des richesses produites dans le pays vers les créanciers, puis justifie de nouvelles privatisations et mesures de rigueur. Auditer la dette, c’est donc interroger les choix de développement suivis et les moyens de financement futurs à utiliser. Pour F. Chamkhi, des réformes sociales de fond sont à mener.










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