Le Programme Alimentaire Mondial contre la Souveraineté alimentaire : L’exemple dans l’enseignement

9 juin 2009 par Simon Kayembe


Les écoles primaires mécanisées (agrées) par l’Etat Congolais du territoire de Bukama dans la province du Katanga (district de Haut-Lomami) sont assistées par le Programme Alimentaire Mondial (PAM), dans le cadre du programme appelé « Cantine scolaire ». A travers un organisme non gouvernemental local dénommé : « Action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pour le Mieux Etre » (AME), ce programme consiste à fournir des vivres pour que les élèves de l’école primaire commencent à manger à l’école. Ainsi des sacs de farine de maïs, des sacs de haricot (petit pois), des bidons d’huile végétale de soja et quelques sacs de sel sont distribués.
Dans ce territoire, l’éducation connait de nombreuses difficultés, comme par exemple, le manque d’enseignants qualifiés (la majorité des enseignants ont diplômes d’état équivalant au bac), d’infrastructures scolaires (certains élèves étudient en dessous d’un arbre) et de matériels didactiques (manuels scolaires, etc.).

Pendant les vacances, les enseignants et les élèves façonnent des briques-cuites et rassemblent la paille (pour la toiture) afin de se construire une ou deux salles de classe. Au cours de l’année scolaire, ils font de la riziculture pour, après la vente de la récolte du riz, avoir un fond de fonctionnement pour leurs établissements. En effet, les subsides de l’Etat Congolais ne suffisent pas à couvrir les frais de fonctionnement des établissements.

Les vivres du PAM ne répondent pas aux besoins des écoles, les élèves étant en bonne santé et ne souffrant pas de malnutrition. Si le Programme Alimentaire Mondial veut (vraiment) aider ces écoles, il ferait mieux de acheter la récolte de riz,. Cela permettrait à l’école de disposer d’un revenu pour faire face aux frais de fonctionnements et d’entretien, et éventuellement d’embaucher du personnel pour la construction de nouvelles infrastructures. Le rachat des productions permettrait aussi de soutenir les productions locales au lieu de distribuer des produits subventionnés au Nord.


Les dangers de ce programme se situent à deux niveaux :

Tout d’abord, à l’annonce de ce programme, les élèves inscrits dans les écoles non-mécanisées se dirigent vers celles mécanisées. C’est par exemple ce qui s’est passé dans l’école primaire III Kipungwe (groupement Upemba) dont la moyenne d’élèves inscrits ne dépassait pas 200 élèves. Aujourd’hui, elle compte 450 élèves inscrits. L’école primaire de l’église Ceba (groupement Katala) est passé de 500 à 800 élèves inscrits. A première vue, le nombre croissant des élèves inscrits pourrait faire croire à une réussite du programme. Mais, les nouveaux élèves souhaitent surtout bénéficier des repas des cantines scolaires et les infrastructures limitées et surchargées rendent les conditions d’enseignement encore plus difficiles.

Deuxièmement, concernant la qualité des vivres PAM, la plupart des marchandises qui arrivent dans les écoles sont avariées. La farine est de mauvaise qualité, attaquée par les charançons, dégage une mauvaise odeur et a un goût amer. Le haricot (petit pois) qui n’est pas dans les habitude alimentaire de la région présente est moisi, les graines se colmatent en formant des boules qui sont aussi attaquées par les charançons. Lors de la préparation, le haricot est trempé la veille dans l’eau afin de récolter les charançons à la surface. De nombreux parents se plaignent, car leurs enfants souffrent de diarrhée ou de maux de ventre.

Il paraît important d’éviter que ce type de situation ne se diffusent à d’autres centres, le PAM a un nombre de vivres considérable à distribuer, puisque l’aide alimentaire constitue un marché important pour les productions (de mauvaises qualités) du Nord. Dans ces conditions, l’accès à une nourriture ne sera jamais régulier et la mauvaise qualité ne permettra pas d’assurer des conditions de vie satisfaisantes au point de vue physique et intellectuel.


Souveraineté politique et alimentaire en question :

Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, définit le droit à l’alimentation comme « le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit indirectement, soit au moyen d’achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne » [1].

Il est donc intolérable que l’Etat Congolais continue d’honorer les engagements concernant les accords économiques et commerciaux au niveau international, au détriment de son engagement en matière des droits humains. Le PAM, sous couvert d’aide internationale, avec la complicité de l’Etat congolais applique un droit d’ingérence et viole le droit à l’alimentation.. Les écoles bénéficiant d’une telle « aide » sont exclues des processus d’élaboration des projets : l’état de leurs besoins ne sont pas pris en compte et les acteurs locaux (enseignants, représentants de parents d’élèves, élus locaux ...) ne sont pas présents dans les processus décisionnels.

Pour le développement endogène d’une éducation de qualité, d’une vie saine et d’une souveraineté alimentaire, l’Etat congolais doit refuser le remboursement de sa dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, afin de donner la priorité aux besoins humains fondamentaux et d’ avoir la liberté de mener des politiques pertinentes en fonction des besoins de la population. Le service de la dette Service de la dette Remboursements des intérêts et du capital emprunté. pour l’année 2009 s’élève à 142 millions de dollars [2] privant les écoles d’un fonds considérable pour leur fonctionnement, le payement des enseignants et la mise en place de cantines scolaires adaptées et de qualité.

L’Etat Congolais, est signataire de la ratification de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (1981) [3], a l’obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
protéger ses écoles des dégâts causés par le PAM au nom du droit à l’alimentation. Il a aussi le devoir d’aider ses écoles à accéder à un mécanisme de contrôle judiciaire pour pouvoir revendiquer leur droit, réclamer une réparation, une compensation et/ou garantie de non répétition, par le Programme Alimentaire Mondial.

Simon KAYEMBE (Amsel Lubumbashi)




Notes

[1CETIM, Le droit à l’alimentation (un droit humain fondamental stipulé par l’ONU et reconnu par des traités régionaux et de nombreuses constitutions nationales).

[2COMMUNIQUE DE PRESSE DU CADTM, La RD Congo doit suspendre immédiatement le remboursement de la dette pour faire face à la crise économique mondiale.

[3CETIM, Le droit à l’alimentation (un droit humain fondamental stipulé par l’ONU et reconnu par des traités régionaux et de nombreuses constitutions nationales).