Face à la crise économique mondiale, le gouvernement envisage des mesures à prendre. Le conseiller belge a suggéré au président Fernando Lugo d’accélérer la réforme agraire et l’intégration régionale vue sous l’angle d’un bloc protectionniste.
Pour faire face à la crise globale, l’analyste politique et économique, Eric Toussaint, propose au président d’accélérer la réforme agraire de manière à soutenir la petite production et protéger le marché local. Le conseiller belge considère que la crise va s’aggraver et qu’elle affectera la région de diverses manières.
Quel est votre point de vue sur la crise économique mondiale actuelle ?
Nous avons affaire à une crise multi-facettes, c’est-à-dire financière, économique, climatique, énergétique, alimentaire en plus d’une crise de gouvernance mondiale parce qu’il n’y a aucun organisme qui soit capable et qui ait la légitimité de chercher des solutions.
Pas même le G20 ?
Pour moi, le G20 n’est pas une institution démocratique apte à chercher des solutions au niveau de toutes les nations, ce qui serait plutôt le cas des Nations unies.
Comment cette crise va-t-elle affecter le Paraguay ?
C’est clair : par la chute brutale du prix des matières premières. Dans le cas du Paraguay, cela affecte le prix du soja qui est tombé très bas par rapport au pic de 2007 et 2008. La conséquence en est une forte réduction des ressources d’exportation. Cela va affecter les autres pays d’Amérique latine également car ils sont tous exportateurs de matières premières.
Quel impact la crise aura-t-elle au niveau financier ?
Le coût de la dette externe augmentera malgré la réduction des taux d’intérêt aux Etats-Unis et en Europe. Et ce, parce que les banques privées et les marchés financiers du Nord ne veulent pas octroyer de nouveaux prêts au Sud suite à la chute des prix des matières premières et à la crise économique et financière.
Quelle est la mesure la plus urgente que doit prendre l’Amérique latine par rapport à la crise économique globale ?
L’Amérique latine doit accélérer le rythme de l’intégration ; on a déjà perdu beaucoup trop de temps.
Quels sont les points les plus importants à cibler en ce sens ?
Certainement un plan d’urgence, si possible commun, pour protéger les emplois. Il n’y a pas encore eu beaucoup de licenciements mais, dans les mois qui viennent, dans plusieurs pays comme le Brésil et l’Argentine, il va y avoir des pertes d’emploi.
Comment pourrait-on protéger ce secteur ?
Il faudrait un plan concerté et, selon moi, des fonds sont nécessaires pour créer des emplois, maintenir le pouvoir d’achat des citoyens et soutenir leur consommation. Il faut accélérer le lancement de la Banque du Sud qui deviendrait l’organisme multilatéral commun pour financer ces projets.
Au niveau pays, comment le Paraguay doit-il se préparer ?
Selon moi, le Paraguay devrait accélérer les mesures envers le monde rural et envers tous les petits producteurs qui n’ont pas suffisamment de terres ou n’en ont pas du tout. S’ils étaient soutenus, ils pourraient produire et satisfaire la demande interne en aliments de manière à assurer la souveraineté alimentaire du pays.
Quelles politiques faut-il appliquer sur ce plan ?
Créer de l’emploi, produire des richesses, améliorer l’approvisionnement interne à partir des producteurs locaux. Dans un pays comme celui-ci, où la population rurale est fort importante et où la distribution de la terre est totalement inégale, réaliser la reforme agraire est fondamental.
Quel est le panorama pour les producteurs agricoles ?
Le prix des exportations agricoles va rester bas parce que je ne vois pas comment on pourrait revenir à un prix élevé pour le pétrole. La production d’agrocombustible ne sera alors plus rentable et la production agricole va se tourner vers la consommation réelle qui ne va pas augmenter de manière importante.
Quelles sont les vraies possibilités de redessiner le modèle économique mondial ?
La crise est si forte qu’elle oblige à des changements mais les gouvernements actuels ne prennent pas la voie des changements nécessaires. L’équipe économique du nouveau président des Etats-Unis, Barak Obama, est constituée de personnalités qui sont responsables de la crise actuelle, c’est-à-dire Lawrence Summers qui a dérégulé le système bancaire et Robert Rubin, directeur de la Citibank qui est entrée en crise et a reçu 40 milliards de dollars du gouvernement.
Que va-t-il se passer dans le monde alors ?
Peut-être que ce qui va se passer, c’est une crise encore plus profonde aux Etats-Unis, ce qui les obligera à faire un réel tournant, mais pas avec cette équipe-là. La même chose peut se passer en Europe et dans d’autres pays comme le Japon.
Le Sud continuera t-il à payer les pots cassés du Nord ?
Le Sud a le choix de refuser de payer ces pots cassés et d’accélérer sa progre intégration pour que sa croissance ne soit pas subordonnée au Nord. Il faut se mettre dans une perspective historique : dans les années ‘30 du siècle passé, face à la crise internationale, les pays d’Amérique latine ont suspendu le paiement de la dette et entrepris un modèle d’industrialisation par substitution d’importation. Les taux de croissance furent très importants jusqu’aux années ’60 avant que ces pays ne se soumettent dans les années ’70 au modèle néoliberal sous les dictatures.
Phrases clé de l’interview
Le G20 n’est pas une institution démocratique apte à chercher une solution au niveau de toutes les nations, ce qui serait plutôt le cas des Nations unies.
Les banques privées et les marchés financiers ne veulent pas octroyer de nouveaux prêts au Sud suite à la chute du prix des matières premières.
L’Amérique latine doit accélérer le rythme de son intégration (…) et le lancement de la Banque du Sud qui deviendrait un organisme multilatéral commun.
Ici où la campagne a une grande importante et où la distribution de la terre est inégale, réaliser la reforme agraire est fondamental.
Traduit par Denise Comanne
Source : Journal Ultima Hora

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