Communiqué de presse

Le CADTM juge grotesque le remplacement de Wolfowitz par Zoellick et exige l’abolition de la Banque mondiale

31 mai 2007


Paul Wolfowitz, contraint de démissionner après avoir violé les règles internes de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, sera très probablement remplacé à la tête de l’institution par le candidat de George.W.Bush, Robert Zoellick. Ce dernier fut successivement chef du cabinet de George Bush père au début des années 1990, secrétaire au commerce extérieur au début des années 2000 et le numéro deux du département d’Etat, au côté de Condolezza Rice, entre janvier 2005 et juin 2006. Depuis cette date, il travaillait à la banque d’affaires Banques d'affaires
Banque d'affaires
Société financière dont l’activité consiste à effectuer trois types d’opérations : du conseil (notamment en fusion-acquisition), de la gestion de haut de bilan pour le compte d’entreprises (augmentations de capital, introductions en bourse, émissions d’emprunts obligataires) et des placements sur les marchés avec des prises de risque souvent excessives et mal contrôlées. Une banque d’affaires ne collecte pas de fonds auprès du public, mais se finance en empruntant aux banques ou sur les marchés financiers.
Goldman Sachs.

Le CADTM s’insurge contre cette nomination pour deux raisons majeures.

La première est que le président de la Banque mondiale sera une fois de plus un ressortissant des Etats-Unis sélectionné selon le bon vouloir du président des Etats-Unis. La règle tacite en vertu de laquelle le président de la Banque mondiale doit être un citoyen états-unien, décriée par tant de mouvements sociaux et de personnalités dans le monde, sera donc appliquée une fois de plus, en totale contradiction avec les règles élémentaires de gouvernance et de démocratie. L’influence des Etats-Unis sur la Banque mondiale ne s’arrête pas là puisque ils disposent d’un droit de veto de fait sur toutes les grandes décisions de l’organisation.

La deuxième raison découle de la première : la Banque mondiale n’est qu’un instrument au service de la politique extérieure des Etats-Unis et des intérêts des multinationales américaines. Il ne faut pas compter sur la présidence de Zoellick pour espérer un changement d’orientation. Fervent défenseur du libre-échange, il a représenté les intérêts du gouvernement américain dans les négociations pour une dérégulation forcenée au sein de l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
, aujourd’hui dans l’impasse, et fut l’un des artisans du traité de libre-échange nord américain (ALENA), signé en 1994 et qui impose l’ouverture totale des frontières pour le commerce entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, ouvrant surtout le marché mexicain aux marchandises états-uniennes fortement subventionnées. Enfin, le dogmatisme de Zoellick est tel qu’il affirmait, au lendemain des attentats de septembre 2001, que la lutte contre le terrorisme passait par la libéralisation du commerce international. Avec un tel président, il ne fait aucun doute que la Banque mondiale poursuivra les politiques néolibérales violemment génératrices de pauvreté qu’elle applique depuis plusieurs décennies.

La nomination de Robert Zoellick à la tête de la Banque mondiale est un argument supplémentaire pour le CADTM de réclamer l’abolition de cette institution incapable de changer sa vision du développement qui repose inlassablement sur l’ouverture des marchés. Le moment est venu de rompre avec cette idéologie néolibérale en remplaçant la Banque mondiale dans le cadre d’une nouvelle architecture institutionnelle internationale. Un Fonds mondial du développement pourrait être créé dans le cadre des Nations-Unies et relié à des banques régionales du développement du Sud. Le projet de Banque du Sud regroupant plusieurs pays d’Amérique latine est une avancée dans ce sens à condition que son fonctionnement se distingue radicalement de celui de la Banque mondiale.


Dépêche AFP - 31/05/2007

Zoellick à la tête de la Banque mondiale : « grotesque », estime le CADTM

Le Comité pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du tiers-monde (CADTM) a qualifié jeudi de « grotesque » la décision de Washington de proposer Robert Zoellick comme successeur de Paul
Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale, institution dont il « exige l’abolition ».

« Le CADTM juge grotesque le remplacement de Wolfowitz par Zoellick et exige l’abolition de la Banque mondiale », indique-t-il dans un communiqué.

Le comité « s’insurge » contre cette nomination « pour deux raisons majeures ».

La première est que le président de la Banque mondiale « sera une fois de plus un ressortissant des Etats-Unis » et la deuxième, « qui découle de la première », est que cette institution
« n’est qu’un instrument au service de la politique extérieure des Etats-Unis et des intérêts des multinationales américaines », affirme le CADTM.

« Il ne faut pas compter sur la présidence de Zoellick pour espérer un changement d’orientation », estime le comité, pour qui "il ne fait aucun doute que la Banque mondiale poursuivra les
politiques néolibérales violemment génératrices de pauvreté qu’elle applique depuis plusieurs décennies
".

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi avoir choisi M. Zoellick, ancien représentant américain au Commerce (USTR) et ex-numéro deux du département d’Etat, pour succéder à Paul
Wolfowitz, qui avait annoncé sa démission le 17 mai à l’issue d’une affaire de népotisme qui l’avait opposé au Conseil d’administration de la BM et à ses employés.