Communiqué de presse

Le CADTM dénonce le double jeu de la Banque mondiale à l’égard du peuple palestinien

7 mai 2008


Selon Le Monde du 27 avril 2008, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
semble dénoncer le fait que la politique israélienne entrave la croissance palestinienne et la situation dans les territoires palestiniens ne cesse de s’aggraver. Un tiers des Palestiniens dans la bande de Gaza (zone la plus touchée) et en Cisjordanie sont en situation d’ « insécurité alimentaire », selon le rapport 2007 du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La responsabilité d’Israël est sans nul doute écrasante, mais le CADTM dénonce l’hypocrisie de la Banque mondiale puisque la logique qu’elle défend est responsable, en Palestine comme ailleurs dans le tiers-monde, d’une grave détérioration des conditions de vie.

De plus, loin de centrer son analyse sur le fait que les droits humains fondamentaux sont bafoués dans les territoires palestiniens, la Banque mondiale se contente d’expliquer cette insécurité et cette pauvreté accrues par le blocus sur la circulation des marchandises et par les restrictions à la mobilité des personnes, notamment des travailleurs palestiniens pour, officiellement, « des raisons de sécurité ».

La responsabilité d’Israël est d’autant plus écrasante que l’aide humanitaire fait également l‘objet de fortes restrictions alors que la population en dépend fortement. En effet, 80% des habitants de la bande de Gaza reçoivent l’aide de la part du PAM ou de l’UNRWA [1]. En novembre 2007, le service des affaires humanitaires et des secours d’urgence de l’ONU annonçait une grave crise humanitaire et appelait Israël à « alléger les restrictions sur l’aide humanitaire et à lever le blocus économique sur Gaza comme la meilleure façon d’y promouvoir la paix. » Effectivement, les camions d’assistance humanitaire sont passés de 3 000 en septembre 2007 à 1 508 en octobre. Les différents bouclages des territoires palestiniens ont entraîné la fermeture d’une grande partie de l’industrie. La conséquence directe est que « près de 70 000 travailleurs palestiniens ont été licenciés des secteurs de l’industrie et des services et de l’agriculture », selon John Holmes, coordonnateur humanitaire [2]. Israël a ainsi recours à une main d’œuvre étrangère originaire de Roumanie, de Thaïlande ou des Philippines.

Mais la Banque mondiale s’applique surtout à cacher sa propre responsabilité vis-à-vis du peuple palestinien. Le texte de la Déclaration commune de la Conférence internationale des donateurs pour l’Etat palestinien de décembre 2007 prévoyait plus de 7,4 milliards de dollars de promesse de dons internationaux « pour soutenir la construction institutionnelle et la reprise économique des trois années à venir ». Cependant, ce texte en profitait pour réaffirmer le cadre macro-économique dominant et la volonté des institutions financières internationales de poursuivre sur la voie catastrophique des réformes néolibérales (réduction des dépenses publiques, diminution du nombre de fonctionnaires dans des secteurs aussi importants que l’éducation et la santé, privatisations, suppression des subsides pour les services de base tels que l’électricité [3]).

En plus de l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, le CADTM exige l’abandon des politiques d’ajustement structurel, l’abolition du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et de la Banque mondiale et leur remplacement par des institutions réellement démocratiques, soucieuses de l’intérêt des populations du Sud et centrées sur la garantie des droits humains fondamentaux. Il s’agit là de la seule manière de permettre aux Palestiniens comme aux autres peuples du Sud de décider enfin de leur propre avenir.




Notes

[1T. HOCINE « Palestine : menace d’un désastre humanitaire » bulletin trimestriel n°33 de l’Association belgo-palestinienne, mai 2007, page 14.

[2Service d’information des Nations unies, http://www.un.org/

Traduction(s)