Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde
CADTM

FSM Tunis

La dette, point nodal des débats du Forum

31 mars 2013 par Fabien Perrier

Alors que, d’un côté de la Méditerranée comme de l’autre, on est soumis au chantage à l’austérité, la question révèle l’existence de convergences d’intérêts des peuples.

Tunis, envoyé spécial.

S’il est une thématique qui remplit les ateliers du Forum social mondial sur le campus de l’université El Manar de Tunis, depuis le 26 mars, c’est bien celle de la dette. Pour écouter les intervenants, mieux vaut arriver en avance  : les salles sont combles, les débats passionnés.

Abdullah, syndicaliste sénégalais, est bien placé pour parler de la dette. Dans les années 1980, son pays a été soumis aux plans d’ajustement structurel menés, contre des prêts, par le FMI FMI Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 187 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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. Il explique, avec nombre d’exemples, la logique dans laquelle son pays est pris depuis lors  : «  Pour la population, la chose est claire. Tout augmente. Depuis que l’eau a été privatisée, son prix augmente en moyenne de 3 % chaque année. Et que dire de la santé  ! Certains ne peuvent pas se soigner tant les soins coûtent cher.  » Des prix qui explosent, à cause des privatisations quand les recettes de l’État diminuent. «  Nous avons été endettés, mais certains en tirent de forts profits  », poursuit le syndicaliste. Dans la salle, les intervenants, belge, espagnol, tunisien, sénégalais, sont unanimes  : la dette est un instrument de domination.

Ancien économiste en chef au Pnud, et membre du Conseil scientifique d’Attac, Djilali Benamrane dénonce aussi cette logique, un «  moyen de prélever dans les pays à faibles ressources une rente pour les bailleurs de fonds qui ont octroyé cette dette de façon inacceptable. Elle porte le plus souvent sur les activités d’armement et soulève donc des interrogations sur la paix et la sécurité  ». Les multinationales qui vendent des armes et les pays qui les produisent participent, à ses yeux, à maintenir le monde «  dans un état de guerre permanente, ouverte ou en préparation  ». Avec une conséquence, la perversion du Conseil de sécurité de l’ONU, fondé sur des États dépassés par les multinationales. Il revendique donc une réécriture de la charte des Nations unies et une réforme du système mondial tant les institutions issues de Bretton Woods sont illégitimes.

Le syndicaliste sénégalais dénonce, lui aussi, l’action du FMI sur le sol africain. Avant d’enchaîner  : «  En Europe, le mot utilisé est “austérité”, mais d’expérience, je peux vous le dire  : ce sont des plans d’ajustement structurel.  » Renaud Vivien, du CADTM, partage cet avis  : «  La dette est un outil pour mettre les peuples sous la tutelle des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. A côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimum.
.  »

Comment, alors, lutter contre ces mécanismes  ? «  Par la lutte et la résistance, nous avons réussi à ce que l’électricité reste une compagnie nationale  », explique Abdullah. «  Il faut mobiliser les recettes fiscales, faire payer un impôt juste et équitable  », répond Renaud Vivien. Il souligne en même temps qu’il «  n’y a pas de raison que, dans l’UE, la BCE BCE La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes "reconnus". Ses statuts la veulent "indépendante" politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
ne puisse pas prêter aux États alors qu’elle prête à des taux très bas aux banques privées qui, elles, s’enrichissent en prêtant à des taux bien plus élevés aux États  ». Il demande donc un moratoire sur les dettes afin de réaliser un audit et de déterminer la part qui doit être remboursée, et celle déclarée illégitime, et qui tomberait. Dans la salle, un Grec discute avec une Chypriote. Ils sont d’accord  : «  Nous en avons marre de payer pour nos banques.  » De part et d’autre de la Méditerranée, le sujet en débat fait de plus en plus l’unanimité… contre le remboursement.

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