La construction du Forum social méditerranéen : un processus ouvert dans le temps

10 mars 2005 par Secr.Técnica de Barcelona del FSMed


Nombreuses sont les mobilisations qui se sont élevées durant ces dernières années contre la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
capitaliste. Un des mouvements qui a déjà marqué l’agenda international est le Forum Social Mondial. Un espace créé pour réunir les mouvements sociaux provenant de toutes les parties du monde, dans le but de discuter, d’élaborer des alternatives et de coordonner des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pour s’opposer à la politique des institutions comme le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. , l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
, la BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
ou le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et les gouvernements qui les soutiennent, lesquels sont les principaux responsables des effets que cette mondialisation entraîne dans beaucoup de pays.

Entre les années 2001 et 2002, le Conseil international du FSM a considéré opportun de lancer un groupe de forums régionaux et thématiques, ayant pour objectif de transporter les luttes et les alternatives altermondialistes jusque dans les territoires où l’action des mouvements sociaux n’était peut-être pas très forte. C’est alors que nous autres, diverses personnes et collectifs de Barcelone, avons proposé de nous mettre au travail pour amorcer une dynamique permettant la tenue du Forum Social de la Méditerranée.

Ce Forum s’inspire des méthodes de travail du FSM de Porto Alegre et de sa Déclaration de principes, dont les axes essentiels sont la participation de la société civile, la pluralité de ses composantes, le travail transversal et l’ouverture aux diverses sensibilités, capacités, cultures, confessions et peuples, ainsi que l’articulation et le renforcement d’un processus d’ouverture dans le temps, au niveau national et international, qui permette de créer une force de résistance au néolibéralisme capitaliste et patriarcal. Cependant, le Forum Social de la Méditerranée ne prétend pas être l’instance représentative des mouvements sociaux, mais un point de rencontre pour stimuler les discussions et les propositions de ses participants.

Quelle est l’importance de ce processus ?

La Méditerranée est devenue ces dernières années, un des points les plus “chauds” de la planète, celui où se rencontrent les réalités les plus variées, réparties entre trois continents (Est, sud et nord). Diversité de peuples, diversité de cultures, diversité de religions et de modèles sociaux. Mais aussi des conflits ouverts qui commandent la paix dans la région, modèles peu clairs par rapport aux mouvements migratoires, persistance de modèles patriarcaux, modèles qui affectent l’environnement et gaspillent les ressources naturelles en portant atteinte à l’écosystème...

En définitive, une région où les effets de la mondialisation néolibérale se font sentir avec force et génèrent des inégalités importantes entre les citoyens et les peuples de la région.

Nous avons proposé la tenue de ce forum pour pouvoir réfléchir sur la réalité méditerranéenne, sur ses potentiels, ses conflits et ses problèmes, dans la conviction que l’on peut leur apporter une solution en réduisant les inégalités profondes entre les personnes et les peuples qui la composent. En impliquant au maximum la société civile, pour tenter de remédier à l’inertie des choses, en agissant sur les politiques des Etats et des organismes internationaux, pour parvenir à un développement économique social et politique durable qui respecte l’environnement et tous les droits de la personne, avec un véritable dialogue entre les cultures.

Quel a été le chemin parcouru jusqu’à présent ?

Bien que le processus ait été proposé par un groupe personnes et un collectif de Barcelone, très rapidement l’idée a été reprise dans le cadre du Conseil International du Forum Social Mondial pour pouvoir inscrire le Forum Social de la Méditerranée dans le calendrier du FSM et obtenir la collaboration de ce Conseil dans le processus.

Jusqu’à présent, quatre assemblées internationales ont eu lieu. Dès le début, les mouvements sociaux concernés se sont trouvés d’accord : Il fallait chercher une ville au sud pour la première assemblée du FSMed. Et c’est ce qui fut fait. En mai 2003, cette première réunion internationale a pu avoir lieu à Rabat (Maroc). Il faut souligner quelques uns des conclusions importantesde cette réunion : organisation du Ier FSMed à Barcelone, les 7 axes thématiques, le structure organisatrice du forum (assemblée et commissions de travail) et la décision d’organiser le IIe FSMed au sud.

Peu de temps après, au début du mois de juillet 2003, une seconde assemblée internationale a été organisée à Naples (Italie). Cette assemblée a connu une participation plus forte de différentes régions de la Méditerranée. Elle a montré à tous les participants que le processus prévu était probablement plus compliqué que nous ne l’avions imaginé.

Il a fallu beaucoup de temps pour que puisse se tenir la troisième assemblée internationale. Entre juillet 2003 et mars 2004, seule une réunion de travail de la commission d’élargissement et du secrétariat technique de Barcelone a pu avoir lieu pour redonner un élan au processus et préparer la troisième réunion internationale qui a finalement eu lieu à Pervolia (Chypre) à la fin du mois de mars 2004. Chypre signifiait une nouvelle avancée dans l’extension du processus, un accord pour la création du groupe de coordination international et une nouvelle étape dans le travail des différentes commissions.

Il y a quelques jours, nous avons organisé la quatrième assemblée internationale à Malaga. Malaga a montré clairement qu’il fallait redonner une impulsion au travail du groupe de coordination international et continuer à travailler très sérieusement à l’extension du processus aux régions et collectifs qui ne sont toujours pas impliqués dans le forum. C’est l’un des grands défis que nous devons relever. Cela nous a également permis de progresser dans l’élaboration du programme et dans l’organisation pratique du forum. Nous avons décidé que la prochaine assemblée internationale aurait lieu à Marseille entre le 14 et le 16 janvier et qu’auparavant, le groupe de coordination internationale se réunirait dans cette même ville les 18 et 19 décembre 2004. Entre Marseille et Barcelone, une VIe assemblée internationale devra encore avoir lieu.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour arriver au 16 juin 2005, jour de l’ouverture du 1er FSMed à Barcelone. Et nous savons pertinemment que la construction de ce processus ne pourra se faire qu’avec la participation de la base sociale qui n’est pas compromise dans l’ordre mondial établi et qui a la volonté réelle de rassembler ses efforts et ses capacités pour bouleverser et transformer l’ordre actuel. Nous savons également que la construction de la confiance et de la complicité nécessaires prendra du temps, mais nous sommes conscients que le Forum Social de la Méditerranée est nécessaire pour ouvrir un espace aux mouvements sociaux et aux collectifs de la région engagés dans la lutte contre la mondialisation néolibérale. C’est seulement par la confiance, le travail en commun, l’idéal, l’engagement et la conviction de l’importance du processus que nous rendrons possible l’existence d’une autre Méditerranée.