L’aide internationale nécessaire au peuple libanais ne peut servir à lui faire avaler la couleuvre des réformes libérales

CADTM international

11 août par CADTM International


Lepetitjournal.com

C’est avec beaucoup d’émotion que nous, militant·e·s du réseau international CADTM, avons appris la nouvelle de l’explosion catastrophique qui a frappé Beyrouth ce mardi 4 août. Par ce communiqué nous tenons à exprimer toute notre solidarité aux Libanaises et Libanais qui subissent depuis tant d’années cet injuste enchaînement de crises meurtrières qui atteint aujourd’hui son paroxysme. Nous pensons qu’il est également important de pointer les responsabilités politiques et ceux qui tentent de profiter de la situation ; et plus encore, de tenter d’identifier les pistes qui permettraient au pays de sortir de ce cercle vicieux.

La vérité sur les causes précises de l’explosion, le 4 août en début de soirée, de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth prendra un certain temps à être établie, si elle l’est jamais un jour. Toutefois, cette catastrophe – qui a causé, à l’heure où nous écrivons ces lignes, la mort de plus de 158 personnes et blessé plus de 6 000 autres – démontre à l’évidence à quel point l’État libanais est dans une forme de déliquescence avancée. Le Premier ministre du pays du cèdre a parlé d’une faute de « négligence ». Or, cette négligence, qui est littéralement criminelle, est avant tout celle du gouvernement et de sa propre haute administration gangrenée par le clientélisme et la corruption. Elle est aussi celle des gouvernements qui se sont succédé à la tête du Liban depuis la fin de la guerre civile (bien que les hommes au pouvoir aujourd’hui l’étaient en fait déjà à l’époque) et bien évidemment dans celle des divers partis et milices à travers le pays. Le Liban va mal, très mal, et les élites politiques locales ont une lourde responsabilité dans cette situation, cela est une évidence pour tout le monde. Mais cette responsabilité est aussi celle des puissances régionales et mondiales, des institutions financières internationales (le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
) et des banques privées.

 Une situation locale entretenue par le jeu des puissances internationales

La catastrophe de ce début août s’inscrit avant tout dans le contexte de crise économique intense que traverse le pays depuis plusieurs mois. Et celle-ci s’inscrit elle-même dans un contexte politique problématique depuis plusieurs dizaines d’années. Le Liban est un pays magnifique, aux frontières millénaires de plusieurs cultures et confessions. Ce mélange culturel et religieux est, comme partout ailleurs, source d’une richesse culturelle et sociale énorme. Ce même mélange et diversité ethniques et religieuses sont, souvent, exploités et amplifiés dans les jeux politiques des pouvoirs en place. En atteste la guerre civile qui a déchiré le pays de 1975 à 1990. La fin de la guerre n’a pas pour autant signifié la fin de l’habitude, pour les puissances internationales, de tenter de tirer profit des tensions inter-confessionnelles. En schématisant un peu grossièrement, historiquement, l’Arabie saoudite et ses alliés (et derrière elle les États-Unis) et dans une moindre mesure la Turquie se font les soutiens des partis sunnites, l’Iran et la Syrie des partis chiites (en tête desquels le célèbre Hezbollah) et la France (et plus discrètement Israël) des partis chrétiens. Chacun les soutient et les utilise pour avancer ses pions dans cette région stratégique au niveau géopolitique et économique.

Au Liban, cette organisation autour des confessions définit toute la politique. Les électeurs/trices ne peuvent voter que pour des candidat·e·s qui partagent leur confession (réelle ou supposée de naissance) et ce, non pas dans la localité où l’électeur/trice réside mais dans celle où il ou elle est né·e. Ce système a favorisé la mise en place d’un clientélisme structurel aux proportions énormes. À tel point qu’il n’est pas exagéré de dire que l’essentiel de la classe politique libanaise travaille quasi exclusivement et ouvertement pour ses propres intérêts sans guère se soucier de ceux de la population qui est livrée à elle-même dans la plupart des domaines de la vie quotidienne : La fourniture d’électricité est chaotique, la gestion des services de bus à Beyrouth est laissée soit aux diverses milices, soit aux particuliers qui disposent de mini-bus, la (non-)gestion des déchets a fait l’objet de grandes manifestations en 2015, les communications sont hors de prix, les projets de construction d’une ligne de train du sud au nord du pays sont sans cesse reportés malgré la congestion permanente des autoroutes et des plans prêts depuis belle lurette. Pour ce qui est des marchés publics et de l’administration, la norme est le copinage politique et le népotisme. Il va sans dire que dans ce contexte, la « bonne gestion des budgets publics » est un concept qui n’existe que dans les discours des politiciens. Ceux-ci servent avant tout à engraisser les mandataires locaux et à enrichir davantage les grosses fortunes privées. Le centre-ville de Beyrouth, autour de la Place de l’Étoile, avec ses immeubles vides construits avec les subventions de l’État et utiles uniquement à la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
immobilière privée, est le symbole par excellence de cette collusion d’intérêts entre les détenteurs des pouvoirs publics et privés. Entre 2005 et 2014, les 1 % les plus aisés ont capté 23 % des revenus et 40 % du total des richesses patrimoniales personnelles au Liban, tandis que les 50 % les plus « pauvres » se partageaient la moitié des revenus du top 1 %. [1]

Le mouvement de contestation populaire libanaise a débuté le 17 octobre 2019, remettant en cause tout ce système d’inégalités, revendiquant le départ de toute la classe dirigeante, la condamnation des responsables corrompus et la mise en place d’une économie basée sur la justice sociale. Il essaye toujours de se maintenir dans les rues malgré la situation d’exception sanitaire liée à la Covid-19 et la répression. Le mouvement met en avant des slogans anti -confessionnalistes et dénonce la dictature des banques. Le mouvement de protestation populaire a repris après la catastrophe du 4 août 2020 et a obtenu le 10 août la démission du gouvernement. Le peuple veut des changements réels et plus profonds.

 Une économie ultra-financiarisée basée sur un montage financier bancal

Le pays qui était autrefois qualifié de « Suisse du Moyen-Orient », a basé son économie sur le secteur financier au détriment des secteurs productifs. La balance commerciale Balance commerciale
Balance des biens et services
La balance commerciale d’un pays mesure la différence entre ses ventes de marchandises (exportations) et ses achats (importations). Le résultat est le solde commercial (déficitaire ou excédentaire). Si l’on tient compte également des opérations sur les services, comme les frais de transports, les commissions bancaires, les frais d’assurances, les achats et vente de brevets ou les versements de redevances, on obtient alors la balance des biens et services. Elle inclut aussi les dépenses des touristes, et les paiements de salaires, d’intérêt et de dividendes à des étrangers ou de la part d’étrangers.
du pays est depuis longtemps largement déficitaire (ce qui implique une souveraineté alimentaire très précaire) et l’économie dépend fortement des dollars envoyés par l’immense diaspora libanaise de par le monde (8 milliards de dollars en 2018). Sur base de cet apport, le secteur bancaire a mis en place une véritable pyramide de Ponzi. Les banques privées achètent, grâce aux liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
envoyées par la diaspora, les titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
nationale, libellés en livre libanaise, en bénéficiant de taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
très avantageux octroyés par la Banque du Liban (BDL) qui trouvait dans ce système à financer les budgets publics qui étaient dans l’essentiel dilapidés par les gouvernements tel que décrit ci-dessus.

Ce système de financement de l’État par et pour la finance privée a conduit à l’accumulation d’une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique insoutenable représentant, en 2019, 170 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
(avec près de 40 % de cette dette libellés en dollar). L’édifice s’est petit à petit effrité sous le ralentissement du flux d’import de dollars dû à la guerre en Syrie et à la fracturation du système financier au niveau mondial ainsi qu’à la fuite de capitaux organisée par les grandes fortunes du pays. Il a fini par s’écrouler totalement avec la crise économique et financière qui a accompagné le coronavirus alors que les conséquences socioéconomiques étaient déjà considérables (il y a encore quelques mois, on estimait qu’environ un tiers de la population vivait avec moins de 4$ par jour, que le chômage était de +- 25 %, et atteignait même 37 % si l’on considère la population en dessous de 25 ans). Les Libanai·se·s se sont alors retrouvé·e·s privé·e·s de leur épargne et de leurs pensions et l’État incapable de financer quoique ce soit, pas même le remboursement de sa dette (le pays s’est trouvé en défaut de paiement pour les Eurobonds arrivant à maturité en mars 2020, ce qui a accentué davantage la suffocation du système bancaire).

Alors que la crise économique et humanitaire atteignait des niveaux jamais vus dans le pays, pas même pendant la guerre civile et les bombardements israéliens, ce sont à nouveau les jeux politiques internationaux qui ont freiné l’apport d’aide de l’étranger. La plupart des partis politiques se sont affaiblis suite aux protestations populaires et seul le Hezbollah, usant de sa position dominante en tant que milice la plus armée du pays pour harceler les manifestant·e·s, parvenait à maintenir son pouvoir. Dès lors, il était hors de question pour les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Turquie, Israël mais aussi la France et le reste de l’UE, d’apporter son aide au pays dans ce contexte. Au contraire, les États-Unis tentaient plutôt de tirer profit de cette crise pour appliquer un maximum de pression sur le Hezbollah en le privant (et avec lui le reste du pays) de l’arrivée de liquidités et ce dans l’objectif d’handicaper l’Iran dans sa stratégie régionale. Quant à l’Iran, il était lui-même dans une position difficile à cause des répercussions économiques d’une part du renforcement du blocus états-unien et d’autre part du coronavirus qui frappe très durement le pays, n’était pas non plus en mesure d’apporter une aide adéquate. Alors que pendant des dizaines d’années les puissances internationales s’étaient servies du Liban pour leur propres intérêts, elles le laissaient livré à lui-même au pire moment possible.

C’est dans ce contexte que la Banque mondiale a accordé, en avril un premier prêt de 120 millions de dollars à l’État libanais pour financer ses dépenses de santé. Le FMI, toujours prompt à réagir dans ce genre de situation, s’est également posé en sauveur des Libanai·se·s en proposant un prêt de 10 milliards de dollars au gouvernement. Bien entendu, comme de coutume pour l’institution de Brettons Woods, cette offre de versement de liquidité s’accompagnait d’un plan d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
(P.A.S.), autrement dit, d’un package de réformes pour libéraliser davantage une économie déjà extrêmement financiarisée.

 Pour une véritable aide internationale et pour des réformes qui servent réellement les intérêts des Libanai·se·s

Depuis mardi dernier, face au véritable cataclysme qui a frappé les Beyrouthin·e·s et qui a logiquement ému les peuples du reste du monde, les gouvernements de par le monde multiplient les promesses d’offres d’aide humanitaire. Le Président français s’est même rendu sur place pour livrer un discours ouvertement néocolonialiste à la population de l’ancien protectorat français qui, de son côté, lui réclamait de mettre hors-jeu les élites politiques soutenues par la France. Si l’explosion de ce 4 août a bien entendu affecté en premier lieu les habitant·e·s de Beyrouth, tou·te·s les Libanai·se·s s’apprêtent à en subir également les conséquences. En effet, le port a été détruit alors qu’il était la porte d’entrée commerciale principale du pays (60 % des importations passaient par ce port, dont 85 % des céréales importées) qui a toutes ses frontières terrestres coupées par la guerre en Syrie et le conflit avec Israël, tout comme une grande partie du quartier des finances. C’est donc toute l’économie libanaise qui est à terre. Alors que les gens avaient déjà perdu leur épargne et leur pension et que le prix de la vie avait explosé, 250 000 personnes se retrouvent aujourd’hui sans logement et des millions vont se retrouver sans revenu. Et nous ne devons pas oublier que le Liban est un pays où 1 habitant sur 4 est un réfugié. Bien que les données ne soient pas très précises, on estime que sur une population totale d’environ 6,8 millions d’habitants, 4,5 millions sont des Libanais-ses auxquels s’ajoutent plus de 1,5 million de réfugiés syriens et plus de 500 000 réfugiés palestiniens, pour ne parler que des groupes les plus importants. Nous devons également tenir compte du nombre important de migrant-e-s qui vivent dans le pays et travaillent dans des conditions épouvantables, en particulier les travailleurs domestiques. Tous ces gens seront encore plus touchés par la crise actuelle.

Il est dès lors évident qu’une aide internationale est indispensable, tant au niveau de l’aide humanitaire d’urgence que pour la reconstruction à moyen et long terme. Il est aussi très clair que le pouvoir local ne peut plus être détenu par ceux qui sont responsables de ce désastre mais rendu à la « société civile » , autrement dit à la population, qui doit pouvoir gérer les institutions du pays dans l’intérêt de tou·te·s. Cette aide doit être une aide réelle et pour ce faire, elle doit prendre la forme de dons, d’appui médical et alimentaire et d’offre d’expertise logistique (notamment pour la reconstruction du port, des hôpitaux et des infrastructures essentielles) et non sous forme de prêts. Et les grandes réformes (réclamées par le mouvement populaire), indispensables au pays sont celles qui permettront une gestion démocratique et efficiente du pays, pas celles qui sont offertes (avec une nouvelle insistance) par le FMI et qui vont conduire à un accroissement encore plus grand des inégalités économiques et à une économie non moins dépendante de la finance, comme c’est systématiquement le cas dans tous les pays qui suivent ses P.A.S.

Nous appelons dès lors à une véritable aide internationale sous forme de dons et d’une annulation de la totalité de la dette libanaise et non sous la forme de nouveaux prêts qui ne feront qu’empêcher la reconstruction du pays sur le long terme.