J’accuse le FMI

19 mai 2013 par Ely Mustapha


Quand le FMI maintient mon pays dans le sous-développement

J’accuse les émissaires du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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de tenir des discours qui participent à maintenir mon pays dans la misère et une dictature au pouvoir opprimant le peuple.

J’accuse le FMI de véhiculer, à travers le discours de ses émissaires dans les mass-médias publics de mon pays, et du monde, des informations qui induisent en erreur les populations et confortent les mauvais droits de leurs gouvernants.

J’accuse les différents émissaires du FMI en Mauritanie de tenir des discours qui ignorent complètement les réalités économiques de mon pays au détriment d’objectifs structurels dictés par leur organisation à nos gouvernants.

J’accuse les mandataires de ces émissaires à Washington et ailleurs de jouer avec la destinée du peuple mauritanien au nom d’engagements pris par des gouvernants qui pillent les ressources publiques et que le FMI conforte dans leur forfait par ses satisfécit publics de leur gestion publique.

J’accuse le FMI de jouer sur les notions d’équilibres économiques pour continuer à maintenir les politiques publiques de mon pays dans un infantilisme qui hypothèque tout développement.

J’accuse les différents émissaires du FMI en Mauritanie de prendre des positions manifestes et publiques hautement médiatisée sur les niveaux de croissance d’agrégats économiques de mon pays, sachant pertinemment qu’ils ne reflètent nullement l’état réel de l’économie ni son niveau de développement.

J’accuse le FMI de continuer à ignorer ce qui advient réellement de ses prêts à facettes multiples quand ils tombent dans l’escarcelle de nos dirigeants et à continuer à les soutenir dans des plans structurels toujours autrement composés et chèrement reconduits.

J’accuse le FMI de continuer à publier dans les travaux de ses experts sur la Mauritanie ce que ses émissaires ne disent pas, maintenant par ses satisfécits annuels nos populations de la misère.

J’accuse le FMI de continuer à multiplier ses mécanismes de prêts, à les diversifier pour soutenir contre toute raison humaine des équilibres macro-économiques qui satisfont sa philosophie économique mais détruisent tout espoir de développement social et humain en Mauritanie.

J’accuse le FMI de continuer à proposer à des pays pauvres et démunies, comme la Mauritanie, des prêts concessionnels, des facilités de crédit, des crédits rapides en misant sur des croissances fictives et des chiffres officiels douteux contribuant à maintenir ces pays dans un endettement structurel sans fin.

J’accuse le FMI, d’avoir démarré depuis plus d’un quart de siècle, des programmes d’ajustement structurel et autres mécanismes subséquents, imposant restrictions et suggestions macro-économiques à mon pays, la Mauritanie, qui est encore, aujourd’hui, pauvre parmi les pauvres.

J’accuse le FMI de continuer d’accompagner par ses satisfécits et prêts concessionnels, les stratégies d’autorités publiques irresponsables et budgétivores spécialisées dans l’utilisation des mécanismes de l’endettement pour « pomper » les moyens du FMI et ceux de la nation.

J’accuse le FMI d’avoir appuyé la Mauritanie dans des programmes d’ajustement structurels, depuis 1985 à nos jours (Plan de redressement économique et financier –PREF-, le Plan de consolidation et de relance- PCR- Plans d’investissements publics (PIP), cadres de lutte contre la pauvreté – CSLP- , des Cadres des dépenses budgétaires à moyen termes –CDMT et autres Budget consolidés d’investissement –BCI- etc. ) avec les résultats qui se reflètent catastrophiquement dans les Indices du développement humain (IDH Indicateur de développement humain
IDH
Cet outil de mesure, utilisé par les Nations unies pour estimer le degré de développement d’un pays, prend en compte le revenu par habitant, le degré d’éducation et l’espérance de vie moyenne de sa population.
-PNUD PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
) du pays.

J’accuse le FMI de continuer à féliciter les dirigeants de mon pays pour la « performance » de leur gestion alors que de 1980 et 2012 l’IDH de la Mauritanie n’a augmenté que de 0.5% par an, passant de 0.340 à 0.467 aujourd’hui, ce qui place mon pays au 155e rang sur 187 pays.

J’accuse le FMI de continuer à féliciter nos dirigeants pour leur gestion publique à travers l’exhibition de taux de « croissance » erronés puisqu’exprimant une exploitation géologique (revenus d’extractions minéralières) constitutive d’une rente financière pour des dirigeants corrompus.

J’accuse le FMI, de continuer à applaudir la « croissance » d’un PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
mauritanien qui n’exprime rien sinon le revenu d’une surexploitation de ressources naturelles non renouvelables et en voie d’épuisement.

J’accuse le FMI de se féliciter, pour mieux appuyer nos gouvernants, d’une croissance dont on sait pertinemment qu’il s’agit d’un « revenu national », détourné par avance, jamais équitablement distribué et qui n’exprime nullement la somme des valeurs ajoutées des unités économiques du pays (s’exprimant par des variations du Produit Intérieur Brut (PIB) réel (corrigé de l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. ) ou nominal (exprimant la valeur marchande des biens et des services produits par un pays.)).

J’accuse le FMI de continuer à bâtir ses déclarations de satisfaction à l’intention des gouvernants de mon pays sur la variation quantitative d’un agrégat économique (croissance du PIB), alors qu’il n’est pas, loin de là, synonyme de développement.

J’accuse le FMI de justifier ses interventions d’appui et d’endettement de mon pays sur l’appréciation d’une croissance sans développement.

J’accuse le FMI, d’avoir expérimenté avec la Mauritanie, en tant que PVD, PMA Pays moins avancés
PMA
Notion définie par l’ONU en fonction des critères suivants : faible revenu par habitant, faiblesse des ressources humaines et économie peu diversifiée. En 2020, la liste comprenait 47 pays, les derniers pays admis étant le Timor oriental et le Soudan du Sud. Elle n’en comptait que 26 il y a 40 ans.
et PPTE PPTE
Pays pauvres très endettés
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en plusieurs étapes particulièrement exigeantes et complexes.

Tout d’abord, le pays doit mener pendant trois ans des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement structurel. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire. À la fin de ces trois années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %. Si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allégements de son service de la dette et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période varie entre un et trois ans, selon la vitesse de mise en œuvre des réformes clés convenues au point de décision. À l’issue, arrive le point d’achèvement. L’allégement de la dette devient alors acquis pour le pays.

Le coût de cette initiative est estimé par le FMI en 2019 à 76,2 milliards de dollars, soit environ 2,54 % de la dette extérieure publique du Tiers Monde actuelle. Les PPTE sont au nombre de 39 seulement, dont 33 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter l’Afghanistan, la Bolivie, le Guyana, Haïti, le Honduras et le Nicaragua. Au 31 mars 2006, 29 pays avaient atteint le point de décision, et seulement 18 étaient parvenus au point d’achèvement. Au 30 juin 2020, 36 pays ont atteint le point d’achèvement. La Somalie a atteint le point de décision en 2020. L’Érythrée et le Soudan n’ont pas encore atteint le point de décision.

Alors qu’elle devait régler définitivement le problème de la dette de ces 39 pays, cette initiative a tourné au fiasco : leur dette extérieure publique est passée de 126 à 133 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,5 % entre 1996 et 2003.

Devant ce constat, le sommet du G8 de 2005 a décidé un allégement supplémentaire, appelée IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale), concernant une partie de la dette multilatérale des pays parvenus au point de décision, c’est-à-dire des pays ayant soumis leur économie aux volontés des créanciers. Les 43,3 milliards de dollars annulés via l’IADM pèsent bien peu au regard de la dette extérieure publique de 209,8 milliards de dollars ces 39 pays au 31 décembre 2018.
, tous les circuits de son assistance et que mon pays est aujourd’hui, pauvre, endetté et gouverné dans l’illégalité et l’illégitimité.

Au nom de tous les mendiants qui peuplent les rues de mon pays, de son infrastructure tant industrielle, économique et sociale inexistante, de ses quatre-cinquièmes de la population qui vivent dans la misère et le dénuement complets, de son chômage, lot de toute une jeunesse, de sa capitale qui croule sous l’indigence de ses responsables et le poids de ses quartiers malfamés ; au nom du pays profond qui vit sous le seuil de pauvreté sans les moindres infrastructures de base, son enseignement, faire-valoir de la misère de l’élève, de l’étudiant et de l’enseignant, sa corruption qui gangrène le pays au vu et au su de tout le monde, ses détournements de biens public, commun de la gestion publique, son taux de mortalité (enfant et adultes), l’un des plus élevés du monde, j’accuse le FMI dont les responsables et émissaires en Mauritanie osent déclarer :

« J’ai félicité les autorités pour leur gestion macroéconomique avisée qui a contribué à nourrir le rebond de l’activité économique en 2012, à maîtriser l’inflation et à conforter les marges de manœuvre budgétaire et extérieure. » (Christine Lagarde- Nouakchott- Le 9 janvier 2013)

« Mon séjour m’a permis d’évoquer les excellentes conditions économiques en Mauritanie et les énormes efforts déployés pour le renforcement du niveau de la croissance qui a atteint 7% environ au cours de l’année 2012 ». (Mme Mercedes Vera Martin conduisant une mission du Fonds Monétaire International (FMI)- Nouakchott- jeudi 2 mai 2013)

J’appelle le FMI à revoir à l’égard de mon pays, et certainement de tous les pays dans une situation similaire, ses méthodes et son approche médiatique, celle de ses émissaires afin de ne pas continuer à induire en erreur l’opinion publique dans nos pays.

J’appelle le FMI, à demander à ses émissaires dans mon pays de ne pas conforter par leurs déclarations publiques nos gouvernants dans leur gestion économico-sociale et financière catastrophique.

J’appelle le FMI à remplacer son appréciation publique de la croissance liée au niveau d’un agrégat économique (PIB) non expressif du niveau de développement, par une appréciation de la croissance réelle, celle la somme des valeurs ajoutées des unités économiques du pays à travers leurs exportations de biens (industriels, manufacturés) et de services (issus d’un savoir-faire, de la recherche et développement) et de leur maîtrise technologique et scientifique.

J’appelle le FMI à lier ses appréciations de la Croissance à l’évolution effective de l’indicateur de développement humain (IDH) en Mauritanie pour juger de l’efficacité de son intervention et de l’inefficacité de nos gouvernants.

J’appelle le FMI a ne pas se conforter dans l’appréciation d’équilibres macro-économiques dont il veut forcer la réalisation dans la sphère financière de mon pays à coup de missions d’experts et de prêts concessionnels et de satisfécits, mais de comprendre que depuis plus d’un quart de siècle qu’il intervient en Mauritanie, des générations entières en ont souffert et qu’il aura probablement à rendre compte aux générations futures.

Pr ELY Mustapha